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Ray Gunn : le polar SF de Brad Bird se dévoile enfin, 30 ans après

Le réalisateur des Indestructibles et du Géant de fer montre son film d'animation rêvé depuis les années 90. Sam Rockwell et Scarlett Johansson prêtent leur voix, sortie en salles en 70 mm le 4 décembre puis sur Netflix le 18.

Par Fred Ferrer, le 24 septembre 2026. Catégorie : Cinéma.

Ray Gunn : le polar SF de Brad Bird se dévoile enfin, 30 ans après

La pluie coule sur les enseignes au néon. Une voiture volante glisse entre deux gratte-ciel Art déco, un détective remonte le col de son imperméable et, dans un studio d'enregistrement feutré, une star blonde serre la main d'un homme qui n'a pas l'air de lui faire confiance. On pourrait être chez Raymond Chandler, sauf que la ville s'appelle Metropia et que des extraterrestres y vivent. Ce monde-là, Brad Bird le porte depuis les années 90. Le 23 septembre, Netflix a enfin publié la première bande-annonce de Ray Gunn, son film d'animation le plus personnel, et elle donne furieusement envie.

Le pitch tient du film noir le plus pur. Dans un futur alternatif imaginé depuis 1939, Raymond « Ray » Gunn, détective privé, est chargé d'enquêter sur Venus Nova, une star de la chanson et des médias prise dans un scandale qui pourrait briser sa carrière, ou pire. Meurtre, extraterrestres et coups tordus sont au programme. Sam Rockwell prête sa voix au détective, Scarlett Johansson à Venus Nova, et la distribution réunit aussi Tom Waits, Matt Berry, Alan Tudyk, Bobby Cannavale et Michael Chernus. Bird a coécrit le scénario avec Matthew Robbins, et la musique est signée Michael Giacchino, son complice depuis Les Indestructibles.

La première bande-annonce officielle de Ray Gunn, en version française. (source : Netflix France)

Trente ans à chercher qui paierait

Brad Bird n'a pas besoin de présentation pour les amateurs d'animation, ni pour ceux qui ont grandi devant ses films. Le Géant de fer en 1999, Les Indestructibles en 2004, Ratatouille en 2007 : trois films qui ont prouvé qu'un dessin animé peut toucher les adultes autant que les enfants. Ray Gunn, pourtant, est plus ancien que tous ceux-là. Bird l'a imaginé dans les années 90, et il lui a fallu des décennies pour trouver quelqu'un prêt à le financer. Le problème, selon lui, venait du regard des investisseurs et des studios, qui voyaient une bizarrerie là où lui voyait un film tout public. Il assume aussi que l'histoire ne pouvait exister qu'en animation : en prises de vues réelles, ce ne serait tout simplement plus Ray Gunn. On le comprend en regardant les images, qui empruntent autant aux films de détective avec Humphrey Bogart qu'aux affiches de science-fiction des années 40.

Moi, je le vois comme un film grand public.

Brad Bird

De l'animation adulte au cinéma, en 70 mm

Le choix de sortie en dit long sur la confiance de Netflix. Avant d'arriver sur Netflix le 18 décembre, Ray Gunn sortira dans une sélection de salles le 4 décembre, avec des séances en copies 70 mm. Netflix a déjà tenté l'expérience avec d'autres films de prestige, pour les rendre éligibles aux récompenses et leur offrir une vraie vie en salle, mais le faire avec un film d'animation reste beaucoup plus rare. Pour un film d'animation pensé pour les adultes, sans gore ni grossièretés mais avec des dialogues qui claquent et un humour plein de sous-entendus, c'est un geste fort. L'animation occidentale destinée aux grands reste rare au cinéma, souvent reléguée au streaming dès le départ. Voir un réalisateur de ce calibre défendre la salle, avec le format de pellicule le plus prestigieux qui soit, rappelle que le dessin animé n'est pas un genre réservé aux vacances scolaires. La bande-annonce a d'ailleurs trouvé le ton juste en s'appuyant sur une version ralentie de « 6 Underground » des Sneaker Pimps, un choix qui installe tout de suite l'atmosphère enfumée du film.

Ray Gunn arrive aussi à un moment particulier de la carrière de Bird. Après Ratatouille, le réalisateur était passé aux prises de vues réelles avec Mission: Impossible, Protocole Fantôme en 2011 puis À la poursuite de demain en 2015, avant de revenir à l'animation avec Les Indestructibles 2 en 2018. Depuis, plus rien. Huit ans de silence, que ce projet explique en grande partie. Ses références, il les a données lui-même : les films de détective avec Bogart qui ont bercé son enfance, le film noir La Griffe du passé, et les univers de Philip Marlowe et de Sam Spade. On retrouve dans la bande-annonce ce goût des dialogues rapides, des répliques à double sens et des personnages qui mentent tous un peu. Ajoute à ça une ville rétrofuturiste pleine de jetpacks, de monstres et de pistolets laser, et tu obtiens un mélange qu'aucun studio n'avait osé financer pendant trente ans.

Reste à savoir si la France aura droit à ses copies 70 mm. Netflix n'a pas encore détaillé la liste des salles, et les cinémas équipés pour projeter ce format se comptent sur les doigts des mains chez nous. Si une séance est annoncée près de chez toi, elle vaudra sans doute le déplacement. Sinon, rendez-vous le 18 décembre sur Netflix, où un polar enfumé de deux heures pourrait bien devenir le programme idéal d'une soirée d'hiver, entre les fêtes et la fin d'année.

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