Godzilla Minus Zero : la suite de Takashi Yamazaki débarque et affole déjà le box-office
Sorti le 3 novembre au Japon et le 4 en France dans plus de 300 salles, le film replonge dans l'après-guerre, en 1949. La critique est bonne sans être unanime, et les avant-premières américaines laissent espérer un démarrage bien au-dessus de Minus One.
Par Fred Ferrer, le 6 novembre 2026. Catégorie : Cinéma.
Mercredi soir, salle IMAX, rangée du milieu. Les lumières baissent, le logo Toho apparaît, et pendant quelques secondes, il ne se passe rien. Puis le sol se met à vibrer. Pas l'écran, le sol, sous tes chaussures, comme si un camion passait dans la rue d'à côté. Le premier rugissement arrive, et toute la salle se tasse dans ses fauteuils en même temps. Ce réflexe collectif, des centaines de milliers de spectateurs l'avaient connu fin 2023 avec Godzilla Minus One. Depuis le 4 novembre, il revient en France avec la suite, Godzilla Minus Zero, et le film arrive avec une pression énorme sur ses épaules écailleuses.
Il faut se rappeler d'où vient cette saga. En mars 2024, Minus One remportait l'Oscar des meilleurs effets visuels, une première pour un film japonais, avec un budget qu'on estimait à moins de 15 millions de dollars, une somme minuscule face aux blockbusters hollywoodiens qu'il battait ce soir-là. Takashi Yamazaki, qui en signait à la fois la réalisation, le scénario et les effets spéciaux, était devenu du jour au lendemain le cinéaste dont tout le monde voulait la suite. Il a tenu parole : il reprend les trois casquettes pour Minus Zero, et ramène avec lui le cœur du casting.
Retour en 1949, deux ans après Ginza
L'histoire reprend en 1949, deux ans après la tragédie de Ginza qui concluait le premier film. Kōichi Shikishima et Noriko élèvent désormais la petite Akiko, et les survivants du premier volet travaillent pour le bureau chargé de répondre aux catastrophes. On retrouve donc Ryūnosuke Kamiki et Minami Hamabe dans les rôles principaux, entourés de Sakura Andō, Hidetaka Yoshioka, Yūki Yamada, Masami Nagasawa et Min Tanaka. Le principe reste le même que dans Minus One, et c'est ce qui faisait sa force : Godzilla n'est pas un super-héros de la destruction, c'est une catastrophe qui tombe sur un pays encore à genoux, qui panse ses blessures de guerre et qui doit, une fois de plus, se relever avec ses propres moyens. Le film fait 2 h 15, dix minutes de plus que son prédécesseur, ce qui en fait le plus long Godzilla japonais de l'histoire de la franchise.
Au Japon, Toho a choisi une date symbolique : le 3 novembre, jour férié de la Culture, que les fans célèbrent aussi comme le « Godzilla Day », en mémoire de la sortie du tout premier Gojira le 3 novembre 1954. En France, le film est sorti dès le lendemain, le mercredi 4 novembre, dans plus de 300 salles, distribué par All The Anime, Apollo Films et CGR Events. Il est proposé en version originale sous-titrée et en version française, avec des séances IMAX et 4DX dans les cinémas équipés. Pour un film japonais, une telle combinaison de salles reste rare, et elle dit à quel point le succès de Minus One a changé le regard des distributeurs sur le kaiju eiga.
Une critique emballée, mais moins unanime
Les premiers avis étaient tombés fin septembre, après une présentation au Festival du film de New York, et le ton était euphorique. Depuis, la moyenne s'est stabilisée autour de 90 % d'avis positifs sur Rotten Tomatoes, entre 91 et 95 % selon les relevés, et 74 sur Metacritic. C'est très bon, mais en dessous de Minus One, qui affiche 99 % et 81. Certains critiques sont allés très loin dans l'éloge. D'autres ont été plus mesurés : TheWrap, par exemple, juge le film réussi et prenant, mais nettement plus extravagant que son prédécesseur, qui tirait une partie de sa puissance de sa retenue. C'est le débat qui attend chaque spectateur à la sortie de la salle : faut-il aller plus grand, ou rester intime ?
Meilleur que Godzilla Minus One à presque tous les égards.
David Ehrlich, IndieWire
Le chiffre de Rotten Tomatoes ne dit d'ailleurs pas tout. Un pourcentage mesure la part de critiques qui recommandent un film, pas l'intensité de leur enthousiasme. Minus One avait réussi un exploit rare en mettant presque tout le monde d'accord. Minus Zero, plus ambitieux et plus spectaculaire, divise davantage sur l'équilibre entre le drame humain et le grand spectacle. Pour un deuxième film, c'est presque logique : la surprise ne peut pas se reproduire, alors Yamazaki a choisi de monter d'un cran.

Le pari du box-office américain
C'est là que l'histoire devient vraiment intéressante. En Amérique du Nord, où le film sort ce vendredi 6 novembre, les avant-premières ont rapporté autour de 6 millions de dollars, en comptant les séances spéciales du Godzilla Day plus tôt dans la semaine. À titre de comparaison, Minus One avait encaissé 2,1 millions en avant-premières avant de démarrer à 11,4 millions de dollars sur son premier week-end. Les projections donnaient déjà plus de 30 millions pour Minus Zero, et le site World of Reel estime désormais qu'un démarrage à 40 millions n'est plus hors de portée. Pour situer, Godzilla II : Roi des Monstres, superproduction hollywoodienne de 2019, avait réalisé 6,3 millions en avant-premières pour un démarrage à 47 millions. Un film japonais qui jouerait dans la même cour qu'un blockbuster américain, ce serait du jamais vu pour la franchise.
Ce succès possible raconte quelque chose de plus large sur le cinéma d'aujourd'hui. Le public américain, longtemps réputé allergique aux sous-titres, va voir en masse un film tourné en japonais, porté par des acteurs qu'il ne connaissait pas il y a trois ans. Les animés ont ouvert la voie, de Demon Slayer à Jujutsu Kaisen, et Minus One a prouvé qu'un film live action non anglophone pouvait suivre. Pour les studios hollywoodiens, qui dépensent dix fois plus pour des résultats parfois moins bons, la leçon est cruelle : une vision d'auteur claire et des effets maîtrisés valent mieux qu'un budget infini.
Si tu hésites entre les versions, l'IMAX vaut vraiment le détour pour un film pensé autour de l'échelle et du son, et la VOSTF permet de garder les voix originales du casting, qui portent une bonne partie de l'émotion. Les estimations du week-end américain tomberont dimanche soir, heure de Paris, et les chiffres définitifs lundi. D'ici là, la meilleure façon de savoir dans quel camp tu te ranges, celui d'Ehrlich ou celui de TheWrap, reste de t'asseoir dans le noir et de sentir le sol trembler.
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