Anthropic en Bourse : 16,3 milliards de revenus, le ticker « ANT » et une IPO en novembre
Le créateur de Claude a rendu public son dossier S-1 le 26 octobre. On y découvre ses comptes pour la première fois, une perte comptable spectaculaire et des fondateurs qui gardent 50,1 % des voix. La cotation pourrait arriver dès la mi-novembre.
Par Tom Valois, le 6 novembre 2026. Catégorie : Tech & IA.
Tu poses une question à un assistant d'IA le matin, tu lui fais relire un mail à midi, et le soir, ton ou ta collègue développeuse lui confie un morceau de code. Derrière ces gestes devenus banals, il y a des entreprises qui, jusqu'ici, gardaient leurs comptes pour elles. C'est en train de changer. Le 26 octobre, Anthropic, la société qui développe Claude, a rendu public son formulaire S-1 auprès du gendarme boursier américain, la SEC. Pour la première fois, n'importe qui peut lire ce que gagne, ce que dépense et ce que craint l'un des grands laboratoires d'IA de la planète.
Un S-1, c'est le dossier qu'une entreprise doit déposer avant de vendre ses actions au public. Anthropic en avait transmis une version confidentielle le 1er juin, comme on te l'expliquait à l'époque, alors que la société venait d'être valorisée 965 milliards de dollars lors d'une levée de fonds privée. La version publique précise désormais le cadre : une cotation sur le Nasdaq Global Select, sous le symbole « ANT », avec Goldman Sachs et Morgan Stanley à la tête du syndicat bancaire. Le prix des actions et leur nombre restent en blanc. Ils seront fixés dans une version amendée du dossier.
Des revenus qui explosent, une perte qui impressionne
Les chiffres donnent le vertige. Sur les six premiers mois de 2026, Anthropic déclare 16,3 milliards de dollars de revenus, contre 4,6 milliards sur toute l'année 2025 et 386 millions en 2024. Le deuxième trimestre pèse à lui seul 11,6 milliards. Mieux, ce même trimestre affiche le premier bénéfice d'exploitation de l'histoire de l'entreprise, à 974 millions de dollars, après une perte de 1,7 milliard au premier trimestre. Et pourtant, le dossier fait apparaître une perte nette de 80,7 milliards de dollars sur le semestre. Comment est-ce possible ? La réponse tient dans la comptabilité : 72,4 milliards de cette perte viennent de la variation de valeur d'obligations convertibles et d'instruments financiers émis lors des levées de fonds. Quand la valeur d'Anthropic grimpe, ces engagements envers ses investisseurs gonflent sur le papier. C'est une écriture, pas de l'argent qui sort des caisses. Fin juin, l'entreprise disposait d'ailleurs de 131,7 milliards de dollars de trésorerie et de placements à court terme. Les coûts de calcul, eux, grimpent vite : 5,6 milliards de dollars au deuxième trimestre, contre 3,4 milliards au premier. Le tout pour environ 5 300 salariés au 30 septembre.
Une gouvernance verrouillée par les fondateurs
L'autre point qui fait parler, c'est le pouvoir. Juste avant l'introduction, une action spéciale de classe F sera émise au profit d'une société détenue par les cofondateurs, dont Dario et Daniela Amodei. Cette action unique, sans droit économique, portera 50,1 % des voix sur la plupart des décisions des actionnaires. Une autre action unique, de classe T, revient au Long-Term Benefit Trust, une structure indépendante chargée de veiller à la mission de l'entreprise, qui désignera quatre administrateurs. Anthropic est en effet une « public benefit corporation », une société à mission dont l'objet légal est le développement responsable d'une IA avancée au bénéfice de l'humanité sur le long terme. Concrètement, les futurs actionnaires achèteront une part des profits, mais pas le contrôle. Pour les défenseurs de ce modèle, c'est une protection contre la pression des marchés. Pour ses critiques, c'est beaucoup de pouvoir concentré entre quelques mains, sur une technologie qui touche déjà des centaines de millions de personnes.
Le dossier ne cache pas non plus ses angoisses. Parmi les facteurs de risque, Anthropic écrit noir sur blanc que le secteur de l'assurance pourrait ne pas couvrir sa responsabilité en cas d'incident catastrophique lié à l'IA, s'inquiète d'une réglementation de plus en plus restrictive, et mentionne la possibilité d'un risque catastrophique, voire existentiel, pour l'humanité. Peu d'entreprises cotées ont jamais écrit ce genre de phrase dans un document officiel. Le contexte, lui, est celui d'une course : en août, on racontait comment OpenAI préparait à son tour ce qui pourrait devenir la plus grosse introduction en Bourse de l'histoire, et en septembre, la sortie de Claude Fable 5.1 rappelait le coût faramineux de chaque nouveau modèle. Par souci de transparence, précisons que la rédaction utilise elle aussi Claude parmi ses outils de travail. Et cet article, factuel, ne constitue en rien un conseil d'investissement.
La suite se joue en deux temps. La réglementation impose d'attendre au moins quinze jours après la publication du S-1 avant de lancer la tournée de présentation aux investisseurs, ce qui place le début de ce « roadshow » autour du 10 novembre. Plusieurs médias évoquent ensuite une cotation dans la semaine du 16 novembre, un calendrier présenté comme susceptible d'évoluer. Le signal à guetter, c'est la publication du S-1 amendé : le jour où la fourchette de prix apparaîtra, on saura combien Wall Street est prête à payer pour un morceau de l'IA, et si la Bourse croit vraiment à ces chiffres.
Le formulaire S-1 d'Anthropic sur le site de la SEC : Lire le dossier
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