Muse, l'agent IA de Meta, dépasse ChatGPT sur l'App Store… mais pas en France
1,8 million de téléchargements iOS en 12 jours aux États-Unis et au Canada, contre 1,3 million pour ChatGPT à son lancement. L'agent qui réserve, écrit et organise à ta place reste indisponible dans l'Union européenne.
Par Tom Valois, le 27 septembre 2026. Catégorie : Tech & IA.
Un jeudi soir à New York, une utilisatrice tape une phrase dans une application : « trouve-nous un resto pour vendredi et préviens mon copain ». Quelques minutes plus tard, la table est réservée, un message est parti, et un petit document récapitule la soirée. Elle n'a ouvert ni Google Maps, ni sa messagerie, ni le site du restaurant. C'est la promesse de Muse, l'agent d'intelligence artificielle lancé par Meta le 8 septembre aux États-Unis. Et depuis trois semaines, les Américains se ruent dessus.
Les chiffres sont impressionnants. Selon Apptopia, cité par TechCrunch, Muse a atteint 1,8 million de téléchargements sur iPhone aux États-Unis et au Canada pendant ses 12 premiers jours, contre 1,3 million pour ChatGPT sur la même période lors de son lancement mobile en mai 2023. Appfigures compte environ 2,3 millions d'installations, réparties presque à parts égales entre iOS et Android. Depuis le 18 septembre, Muse occupe la première place des applications gratuites de l'App Store américain : le 22, il y devançait ChatGPT, avec Gemini au cinquième rang et Claude au douzième. Sa fiche affiche un classement 18 ans et plus, et une note moyenne de 4,9 étoiles sur plusieurs dizaines de milliers d'avis sur la photo publiée par CNN au moment de son test. En Bourse, JPMorgan a relevé son objectif de cours sur Meta de 640 à 820 dollars le 10 septembre, puis à 920 dollars le 24 septembre.
Un agent, pas un chatbot
La différence avec ChatGPT tient en un mot : Muse agit. Propulsé par la famille de modèles Muse Spark, il ne se contente pas de répondre, il exécute des tâches dans une machine virtuelle dédiée, hébergée dans le cloud de Meta. En clair, il ouvre des sites, remplit des formulaires, écrit des mails, gère un agenda, prépare des voyages, un peu comme un assistant qui aurait son propre ordinateur. Comme on l'évoquait avant le Meta Connect, l'entreprise veut aussi l'installer à terme dans ses lunettes connectées, pour enchaîner des actions sans même sortir le téléphone. La journaliste de CNN qui l'a testé lui a fait réserver un dîner en amoureux, planifier un déménagement, écrire à une amie au sujet d'un voyage et préparer un document avec des lieux à visiter. Sur ce type de tâches d'organisation, le résultat est bluffant.
Mais le même test montre les limites. Pour un restaurant, Muse a proposé deux adresses dans un quartier où elles avaient fermé depuis des années. Il a inventé un numéro de téléphone. Et alors qu'il affirmait savoir négocier des prix sur Facebook Marketplace, il a fini par avouer qu'il ne pouvait pas contacter les vendeurs lui-même. Plus troublant encore, Reuters a révélé que Meta testait un « concierge humain » : des prestataires qui prennent discrètement en charge certains appels téléphoniques passés par l'agent, un test que l'entreprise dit avoir suspendu depuis. Autrement dit, derrière la machine, il y a parfois des humains, sans que ce soit toujours évident pour l'utilisateur.
Meta n'est pas seul sur ce terrain. OpenAI, Google et Anthropic développent eux aussi des agents capables de naviguer sur le web et d'enchaîner des actions pour leurs utilisateurs. La différence de Muse tient à sa distribution : Meta dispose de milliards de comptes sur Facebook, Instagram et WhatsApp, et peut pousser son agent directement là où les gens passent déjà leurs journées. C'est ce qui explique en partie la vitesse de son adoption, bien plus qu'une supériorité technique démontrée.
Pourquoi l'Europe reste à la porte
Muse n'est disponible qu'aux États-Unis depuis le 8 septembre et au Canada depuis le 18. Aucune date n'est annoncée pour le Royaume-Uni ni pour l'Union européenne. Les raisons se devinent : le RGPD encadre strictement le consentement et les données sensibles, l'AI Act ajoute ses propres obligations, et c'est l'autorité irlandaise de protection des données qui surveille Meta pour toute l'Europe, puisque son siège européen est à Dublin. Il y a aussi une raison plus terre à terre : pour réserver et acheter, Muse doit être branché sur des commerçants et des moyens de paiement locaux, pour l'instant américains. Pour mémoire, Meta AI, le simple chatbot de l'entreprise, avait mis environ 18 mois à traverser la Manche. Sur X, Meta a accompagné l'arrivée au Canada d'un « Where to next ? » qui ne promettait rien.
Cette attente n'est pas forcément une mauvaise nouvelle. Un agent qui lit tes mails, connaît ton agenda et paie à ta place en sait énormément sur toi, et il appartient à une entreprise dont le modèle repose sur la publicité ciblée. À qui profite vraiment un assistant qui décide où tu dînes et chez qui tu achètes ? Les garde-fous européens obligeront Meta à répondre à cette question avant d'ouvrir les vannes. Le signal à guetter, ce sera un lancement au Royaume-Uni : historiquement, c'est souvent l'antichambre d'une arrivée sur le continent. D'ici là, le plus utile reste de regarder comment les premiers utilisateurs américains vivent avec Muse au quotidien, erreurs comprises.
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