Lizzo revient avec « Bitch », premier album en quatre ans qui réclame son énergie
Sorti le 5 juin, le cinquième album de Lizzo transforme une insulte sexiste en cri de ralliement. Douze titres entre grunge 2000s, hip-hop 90s, synthés 80s et go-go de Washington. La critique salue.
Par Myriam Aït, le 6 juin 2026. Catégorie : Musique.
Le 27 avril, jour de son anniversaire, Lizzo poste une story toute simple : la pochette d'un album, un majeur dressé dont le doigt est remplacé par une photo d'elle, bras levés, sourire éclatant. Le titre : « Bitch ». Quatre ans après son dernier disque, après les critiques, les procédures et un algorithme qui l'avait rangée au second plan, elle revient frapper fort. L'album est sorti le 5 juin, et il porte un message qui dépasse la musique.
Reprendre le mot pour reprendre le pouvoir
Le choix du titre n'est pas une provocation gratuite. Lizzo en a expliqué le sens : prendre un mot longtemps utilisé pour rabaisser les femmes et le retourner en déclaration de confiance. La démarche pose une question qui traverse toute l'industrie. Qu'est-ce que ça veut dire, pour une femme noire et grosse, de devoir reconquérir sa propre place après avoir été poussée dehors ? Le disque n'assène pas de leçon, il raconte une reconstruction, et c'est ce qui le rend touchant plutôt que militant.
Pour comprendre le poids de ce retour, il faut se souvenir d'où elle part. En 2022, Lizzo était partout : Special en juillet, un Grammy de l'enregistrement de l'année pour About Damn Time l'année suivante, une émission de télé à son nom, une marque de sous-vêtements. Puis les poursuites engagées en 2023 par d'anciennes danseuses, qu'elle a contestées, ont tout figé. Le silence médiatique a suivi. Quatre ans, dans une industrie qui renouvelle ses stars tous les dix-huit mois, ça équivaut à une éternité.
Un patchwork de décennies
Musicalement, « Bitch » brasse large sur ses douze titres. Du grunge hérité des années 2000, du hip-hop 90s, des synthés très 80s et même du go-go, ce groove né à Washington. Des morceaux comme « Sexy Ladies », « She Stole My Man » ou « Don't Make Me Love U » mêlent pop, soul et rap avec la personnalité débordante qui a fait son succès. La critique salue largement ce retour, même si certains trouvent l'album éparpillé, à l'image d'une artiste qui cherche encore son nouveau centre de gravité.
Cet éparpillement se défend, d'ailleurs. Lizzo est flûtiste de formation, passée par le classique avant le rap, et elle a toujours refusé de tenir dans une case. Un album qui saute du grunge au go-go, c'est cohérent avec quelqu'un qui a construit sa carrière sur le refus de choisir. Le vrai risque, c'est le streaming : les playlists algorithmiques adorent les artistes lisibles en une phrase.
Lizzo n'est pas la seule à revenir cette semaine, Ariana Grande remonte sur scène au même moment, signe que la pop féminine reprend de l'espace. Pour la suite, garde un œil sur les premières dates live : c'est devant un public qui scande ses textes qu'on verra si la reconquête prend vraiment. Et si tu hésites encore, lance « Bitch » en entier une fois, fort. C'est un disque qui se vit autant qu'il s'écoute.
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