Erykah Badu et The Alchemist : « Before the World Blows », le retour de Badu après dix ans
Sorti le 28 août, l'album commun sous-titré « The Abi and Alan Experiment » a été enregistré pendant dix-huit mois entre Dallas et Los Angeles. Seize titres, une tournée nord-américaine à deux du 10 au 29 septembre, et une critique conquise. Pas de date française pour l'instant.
Par Myriam Aït, le 1 septembre 2026. Catégorie : Musique.
Vendredi soir, tard, casque sur les oreilles, lumière éteinte. Un sample chaud, un peu poussiéreux, qui tourne en boucle comme un vinyle oublié. Puis cette voix, un peu voilée, qui n'a pas changé : Erykah Badu ne chante pas sur le beat, elle s'y installe. Il y a plus de dix ans qu'on n'avait pas entendu un vrai album studio d'elle. Le voici, et il est signé à deux.
Un producteur culte et une reine de la neo-soul
Before the World Blows: The Abi and Alan Experiment est sorti en numérique le vendredi 28 août chez Control FREAQ Records et Young Recordings. Le sous-titre dit tout du projet : Abi, c'est Badu, Alan, c'est The Alchemist, et l'expérience, c'est dix-huit mois de studio entre Dallas et Los Angeles. L'histoire commence, d'après le communiqué officiel, par une envie de Badu de rapper sur un morceau de Mobb Deep produit par Alchemist. Leur première session accouche de « Next to You », publié comme single il y a plus d'un an, et fixe la méthode : Alchemist apporte les boucles, Badu les déconstruit, y ajoute kalimba, accords, batteries, jusqu'à ce que le beat de rap devienne autre chose. Pour situer les deux, Alchemist est le producteur préféré du rap underground américain, celui de Freddie Gibbs, Earl Sweatshirt ou Boldy James. Badu, elle, a inventé la neo-soul avec Baduizm en 1997 et n'a plus sorti d'album studio depuis New Amerykah Part Two en 2010, hors la mixtape But You Caint Use My Phone en 2015.

Seize titres en quatre mouvements
L'album déroule seize morceaux organisés en quatre mouvements, autour de l'amour, de l'art et de l'identité, et il brasse soul, blues, funk, rock, jazz et rap underground. Le casting d'invités donne le ton : Westside Gunn, Joi, DRAM, Steve Lacy, Thundercat, Earl Sweatshirt et Kamasi Washington. Les titres « Witch Doctor », « Valentine », « Abracadabra », « To The Moon (Plan C) » ou « Black Box » reviennent dans toutes les chroniques, Billboard s'est même amusé à classer les seize. Le duo avait rodé une partie du matériel entre 2024 et 2025 lors de concerts intimistes sans téléphone avec The Cannabinoids, le collectif de Badu, et la campagne de sortie a joué la carte du mystère, affiches cryptiques à Sydney, Melbourne, Londres, Paris et New York, plus un « Badu Burner Phone » qui promet aux fans un appel vidéo de la chanteuse.
La tournée, et le cas de la France
Badu et Alchemist partent ensemble sur les routes nord-américaines : treize dates du 10 septembre au Ravinia Festival de Highland Park, dans la banlieue de Chicago, au 29 septembre au Hollywood Bowl de Los Angeles, avec De La Soul en invités et Smino sur quelques soirs californiens. Aucune date européenne n'est annoncée pour l'instant, et les affiches parisiennes de la campagne ne valent pas promesse de concert. Si tu veux entrer dans l'album, commence par « Next to You » pour comprendre la rencontre, enchaîne sur « Witch Doctor » pour le côté sorcier, puis laisse tourner. C'est un disque qui s'écoute d'une traite, tard, et de préférence sans regarder l'heure. À surveiller : une éventuelle extension européenne de la tournée cet hiver, et l'édition physique, qui n'a pas encore de date.