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Bloc Party revient avec Trevor Horn et raconte une rupture de bout en bout

Anatomy of a Brief Romance est sorti le 11 septembre. Septième album, production Trevor Horn, synthés froids et rythmiques dance. La presse le range parmi leurs meilleurs depuis Silent Alarm, avec des réserves sur le trop-plein d'intime.

Par Myriam Aït, le 16 septembre 2026. Catégorie : Musique.

Bloc Party revient avec Trevor Horn et raconte une rupture de bout en bout

Il y a un piège dans lequel tombe chaque article consacré à Bloc Party depuis vingt ans, celui-ci compris : parler de Silent Alarm. Le groupe a sorti cinq albums après celui de 2005 et on le mesure encore à cette aune-là, comme si le reste n'était qu'une longue tentative de revenir en arrière. Anatomy of a Brief Romance, arrivé le 11 septembre, règle la question d'une façon inattendue. Il ne cherche pas du tout à refaire Silent Alarm. C'est probablement pour ça qu'il fonctionne.

Trevor Horn aux manettes

Le septième album du groupe est produit par Trevor Horn, nom lourd s'il en est. C'est l'homme derrière Frankie Goes to Hollywood, derrière Seal, derrière une partie de la pop synthétique des années quatre-vingt, et son empreinte s'entend immédiatement. Les guitares saccadées et la sécheresse industrielle des débuts ont disparu. À la place, la six-cordes de Russell Lissack partage l'espace avec des synthés froids et des rythmiques qui lorgnent vers le dancefloor, entre punk funk à la LCD Soundsystem et ballades électro dans la veine des Pet Shop Boys. C'est brillant au sens propre : la production polit tout, met en avant, ne laisse aucune aspérité au hasard. Pour un groupe dont la première identité était l'urgence rêche, c'est un virage assumé.

Un album qui raconte une histoire, dans l'ordre

Ce qui rend le disque singulier tient surtout à sa construction. C'est un album-concept qui suit une romance du premier regard jusqu'à l'après, dans l'ordre chronologique. Le morceau d'ouverture s'appelle 22.01.22 et désigne une date précise, celle où Kele Okereke a aperçu pour la première fois celui qui allait devenir son compagnon, environ un an avant qu'ils ne s'adressent la parole. Le récit enchaîne ensuite la fin d'une relation de onze ans, puis une histoire de douze mois, de l'attirance initiale au cœur brisé. Okereke, 44 ans, y adresse ses textes à un autre homme sans détour ni euphémisme, alors que son écriture reposait auparavant sur l'oblique et la métaphore. Que ce soit encore remarquable en 2026 d'entendre un chanteur indé parler d'une histoire d'amour entre deux hommes en dit long, et le disque le sait.

La critique n'est pas d'accord, et c'est plus intéressant que si elle l'était. Dans l'Irish Times, Ed Power parle d'un disque contagieux, chargé d'émotion et bourré de refrains, parmi les plus prenants du groupe depuis ses débuts. Slant Magazine, à l'inverse, titre son papier « Too Much Information » : le reproche porte sur l'accumulation de détails intimes, comme sur Coming on Strong où Okereke décrit la démarche de son amant, ses vêtements, des photos prises en douce avant même de lui parler. Le disque, écrit le magazine, commence à s'alourdir quand la volonté de tout documenter prend le pas sur celle d'écrire des chansons finies. Les deux ont raison sur des choses différentes, et c'est exactement ce qui arrive quand un artiste décide d'ouvrir son journal en grand.

Une recommandation d'écoute, du coup, plutôt qu'une note. Ne mets pas ce disque en fond sonore pendant que tu travailles : la production de Horn est assez séduisante pour que tu l'entendes sans l'écouter, et tu passeras à côté de l'essentiel. Prends-le dans l'ordre, du premier au dernier morceau, une seule fois, avec le texte sous les yeux. C'est un album qui a été construit comme un récit ; le traiter en playlist, c'est lire un roman en piochant des pages au hasard.

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