Elsinore : Andrew Scott devient Ian Charleson dans un premier trailer taillé pour les Oscars
Simon Stone raconte l'acteur des Chariots de feu, qui a joué Hamlet au National Theatre alors qu'il était mourant du sida. Olivia Colman l'accompagne, sortie américaine le 20 novembre.
Par Fred Ferrer, le 29 septembre 2026. Catégorie : Cinéma.
Londres, fin 1989. Chaque soir, un acteur de 40 ans entre en scène au National Theatre pour jouer Hamlet. Le public voit un prince du Danemark amaigri, fiévreux, habité. Presque personne ne sait que ce n'est pas du jeu. Ian Charleson a le sida, la maladie est à un stade avancé, et il a décidé de monter sur scène quand même. Il mourra en janvier 1990, huit semaines après sa dernière représentation. Trente-six ans plus tard, son histoire devient un film, Elsinore, et le premier trailer, publié par Focus Features le 28 septembre, suffit à comprendre pourquoi on en parle déjà pour les Oscars.
Le nom de Charleson ne te dit peut-être rien, mais son visage oui. C'est lui qui jouait Eric Liddell, le coureur écossais qui refuse de courir le dimanche, dans Les Chariots de feu, Oscar du meilleur film en 1982. Au théâtre, il était une star respectée. En 1989, le Hamlet mis en scène par Richard Eyre traverse une crise : Daniel Day-Lewis, qui tient le rôle, quitte la scène en pleine représentation et ne revient jamais. Charleson, diagnostiqué séropositif en 1986, accepte de reprendre le rôle. Seuls ses proches, dont Eyre, savent à quel point il est malade. Sa performance est restée une légende du théâtre britannique, au point qu'un prix porte aujourd'hui son nom pour récompenser de jeunes acteurs du répertoire classique.
Il faut aussi replacer cette histoire dans son époque. À la fin des années 1980, au Royaume-Uni comme en France, le sida tue par milliers, les traitements efficaces n'existent pas encore et la maladie est entourée de peur et de préjugés. Beaucoup d'acteurs malades cachaient leur diagnostic pour continuer à travailler. Charleson a choisi de jouer quand même, en sachant que chaque représentation pouvait être la dernière. Elsinore ne raconte donc pas seulement un rôle, mais une manière de rester debout.
Andrew Scott, un choix qui a du sens
Pour incarner Charleson, le réalisateur australien Simon Stone, déjà remarqué avec The Dig sur Netflix, a choisi Andrew Scott, qui produit aussi le film. Le choix a une portée qui dépasse le talent. Acteur irlandais ouvertement gay, révélé au grand public par Sherlock puis par Fleabag, Scott a déjà exploré le deuil et la mémoire queer dans Sans jamais nous connaître d'Andrew Haigh. Jouer un homme gay mort du sida à une époque où la maladie faisait honte, c'est remettre au centre une génération d'artistes que l'industrie a longtemps préféré ne pas regarder en face. Le scénario est signé Stephen Beresford, l'auteur de Pride, qui racontait déjà l'alliance entre militants gays et mineurs en grève dans l'Angleterre de Thatcher.
Autour de lui, une distribution de luxe. Olivia Colman joue Margaret Johnson, la médecin qui suit Charleson au service sida du Royal Free Hospital. Johnny Flynn incarne Richard Eyre, Billie Piper tient le rôle de Patsy Pollock, et on croise aussi Joe Locke, Luke Thompson, David Dawson, Monica Dolan, Juliet Stevenson ou Peter Mullan. Le titre, lui, fait référence à Elseneur, le château où se déroule Hamlet. Autrement dit, le film ne s'appelle pas Charleson : il porte le nom du lieu où son héros a joué son dernier grand rôle, comme si la scène comptait autant que l'homme. Une façon de rappeler que, pour Charleson, jouer n'était pas un métier parmi d'autres, mais ce qui le tenait en vie jusqu'au bout.
Le choix de Simon Stone n'est pas non plus un hasard. Avant le cinéma, il s'est fait un nom au théâtre, notamment avec sa version de Yerma à Londres, portée par Billie Piper, qui avait valu à l'actrice un Olivier Award en 2017. Un metteur en scène de théâtre pour raconter un comédien qui joue Hamlet en luttant contre la maladie : le film parle de ce que la scène exige des corps, et de ce qu'elle leur rend. Le personnage d'Olivia Colman s'inspire d'une vraie médecin, spécialiste du VIH au Royal Free Hospital de Londres, à une époque où les services sida accueillaient des patients jeunes, souvent rejetés par leurs proches.
Le premier trailer officiel d'Elsinore, en version originale. (source : Focus Features)
Déjà dans la course aux prix
Le film a été présenté en première mondiale au festival de Telluride, le 4 septembre, et les premières critiques sont très favorables : 89 % d'avis positifs sur Rotten Tomatoes et une moyenne de 75 sur Metacritic à la fin septembre, avec une performance de Scott décrite comme le rôle d'une vie. Focus Features le sortira aux États-Unis le 20 novembre, en pleine saison des prix. Il suivra en Italie le 24 décembre, puis au Royaume-Uni le 29 janvier 2027 avec StudioCanal. Aucune date n'a encore été annoncée pour la France. D'ici là, revois Les Chariots de feu : la scène de course sur la plage de St Andrews prend un tout autre poids quand on sait ce que l'homme qui y court traversera huit ans plus tard.
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