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Digger : Tom Cruise chez Iñárritu divise déjà la critique avant sa sortie

Présentée en première mondiale à Londres le 22 septembre, la comédie apocalyptique d'Alejandro G. Iñárritu est qualifiée tour à tour de chef-d'œuvre et de naufrage. Elle sort en France le 30 septembre.

Par Fred Ferrer, le 27 septembre 2026. Catégorie : Cinéma.

Digger : Tom Cruise chez Iñárritu divise déjà la critique avant sa sortie

Mardi 22 septembre, Londres. Les lumières se rallument dans la salle de la première mondiale, et avant même que le générique ne se termine, les conversations se séparent en deux camps. D'un côté, des gens qui sortent sonnés, persuadés d'avoir vu le film le plus culotté de l'année. De l'autre, des critiques qui échangent des regards gênés et cherchent déjà leurs mots pour dire poliment qu'ils n'ont pas aimé. Quelques heures plus tard, quand l'embargo sur les réseaux sociaux tombe, le partage se confirme en direct. Digger, le nouveau film d'Alejandro G. Iñárritu avec Tom Cruise, ne laisse personne tiède.

Le film sort en France dès le mercredi 30 septembre, distribué par Warner Bros., soit deux jours avant les États-Unis, prévus le 2 octobre. Il dure 129 minutes, a coûté environ 125 millions de dollars et a fait l'impasse sur les grands festivals de la rentrée, Venise, Toronto ou New York, pour une première londonienne aux allures de soirée royale. Un choix qui en dit long sur la façon dont Warner veut vendre le film : comme un événement grand public, pas comme un objet de cinéphiles.

Un milliardaire qui provoque la catastrophe, puis veut en être le héros

Tom Cruise y joue Digger Rockwell, présenté comme l'homme le plus puissant du monde. Le pitch officiel tient en une phrase : Rockwell se lance dans une mission frénétique pour prouver qu'il est le sauveur de l'humanité, avant que le désastre qu'il a lui-même déclenché ne détruise tout. Iñárritu signe le scénario avec Alexander Dinelaris Jr. et Nicolás Giacobone, ses coauteurs de Birdman, rejoints par la dramaturge mexicaine Sabina Berman. Plusieurs critiques rapprochent l'ambition du film de Docteur Folamour, la satire nucléaire de Stanley Kubrick : une comédie noire sur des puissants qui jouent avec la fin du monde. Le ton est volontairement outré, avec un jeu d'acteurs très appuyé, et c'est précisément ce qui fait fuir une partie de la presse.

On ne va pas te raconter ce que révèle la fin, dont tout le monde parle depuis mardi. Retiens simplement que le récit bascule dans son dernier acte, et que ce retournement est au cœur du débat : génial pour certains, gratuit pour d'autres. Ce qui est sûr, c'est que le sujet résonne fort en 2026. Un homme richissime qui crée le problème, puis se met en scène comme la seule solution, ce n'est pas une figure abstraite. C'est une question très concrète, qui traverse autant les crises climatiques que les grandes plateformes numériques : quand les plus puissants se sauvent eux-mêmes, qui paie réellement la facture des dégâts ?

La satire des puissants face à la catastrophe a déjà ses références récentes. En 2021, Don't Look Up, d'Adam McKay, racontait sur Netflix deux scientifiques incapables d'alerter le monde face à une comète, avec Leonardo DiCaprio et Jennifer Lawrence. Le film avait cartonné en streaming, tout en se faisant reprocher par une partie de la critique d'enfoncer des portes ouvertes. Digger semble prendre le chemin inverse : moins de clins d'œil au public, plus d'inconfort, quitte à perdre une partie des spectateurs en route. C'est d'ailleurs ce que lui reprochent ses détracteurs, qui parlent d'un film pénible à regarder, et ce que saluent ses défenseurs, pour qui ce malaise est justement le propos.

Un casting de rêve et Lubezki à l'image

Autour de Cruise, Iñárritu a réuni une distribution qui ferait pâlir n'importe quel festival. Riz Ahmed joue Ganesh, John Goodman incarne le président Compson, Sandra Hüller, révélée au grand public par Anatomie d'une chute, joue Emma Rockwell, et Michael Stuhlbarg prend le rôle du vice-président. Jesse Plemons, Emma D'Arcy, Sophie Wilde et Burn Gorman complètent le tableau. Derrière la caméra, on retrouve Emmanuel Lubezki, le chef opérateur qui a remporté trois Oscars d'affilée, dont deux pour Birdman et The Revenant avec Iñárritu. Le film a été tourné à Pinewood, en Angleterre, entre novembre 2024 et avril 2025, en pellicule 35 mm au format VistaVision, et la musique est signée Cosmo Sheldrake. Sur le papier, tout crie grand cinéma d'auteur à gros budget, un genre devenu rare à Hollywood.

Le choix du VistaVision mérite qu'on s'y arrête. Ce procédé, né dans les années 50 chez Paramount, fait défiler la pellicule 35 mm à l'horizontale pour utiliser une surface d'image deux fois plus grande, avec une netteté et une profondeur impossibles à imiter en numérique. Il a longtemps dormi, avant d'être ressorti récemment par des cinéastes comme Brady Corbet pour The Brutalist ou Paul Thomas Anderson pour Une bataille après l'autre. Iñárritu et Lubezki, qui avaient tourné The Revenant en lumière naturelle, s'inscrivent dans ce retour d'une pellicule exigeante et coûteuse. Dans les premiers avis, les reproches visent surtout le ton et le récit, bien plus que la mise en scène, qui reste la carte maîtresse du réalisateur. Si tu hésites, c'est typiquement le genre de film à voir sur le plus grand écran possible, plutôt que d'attendre sa sortie en streaming.

Tom Cruise, vieilli et cheveux gris, dans le rôle de Digger Rockwell
Tom Cruise, vieilli et cheveux gris, dans le rôle de Digger Rockwell (© Warner Bros. / SlashFilm)

Chef-d'œuvre ou désastre : le grand écart

Les réactions publiées après la première donnent le vertige. Jake Hamilton, de Good Day Chicago, en fait carrément son film préféré de 2026 et range la performance de Tom Cruise parmi les meilleures de sa carrière. Jeff Ewing, pour Looper, salue un tour de force ambitieux, souvent surréaliste. À l'autre bout, Joey Magidson, d'Awards Radar, parle d'un gâchis qu'il n'a pas pris plaisir à regarder, et Matt Neglia, de Next Best Picture, d'un raté creux. Mike Ryan trouve l'ensemble globalement désagréable. Entre les deux, Kristen Lopez, du Los Angeles Times, juge le film très inégal, et Clayton Davis, pour Variety, salue l'ambition mais estime que tout ne se tient pas à la fin, et aurait aimé que le film pousse plus loin l'absurde et la satire. Écran Large résume la situation en une formule : désastre pour les uns, brillant pour les autres.

Un film qui divise à ce point n'a pas raté son coup : il a au moins réussi à ne ressembler à rien d'autre.

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Pour Tom Cruise, c'est un vrai pas de côté. Depuis plus de dix ans, sa carrière tourne surtout autour de Mission: Impossible et Top Gun, des films pensés autour de ses cascades et de son image de héros infatigable. En mai, on revenait sur ses adieux émus à Ethan Hunt, un an plus tôt à Cannes, avec The Final Reckoning. Digger le montre vieilli, grimé, grotesque parfois, au service d'un cinéaste qui ne fait aucun cadeau à ses acteurs. Ce n'est pas la première fois qu'il s'y risque, souviens-toi de Magnolia chez Paul Thomas Anderson ou d'Eyes Wide Shut chez Kubrick, mais c'est la première fois depuis longtemps. Pour Iñárritu, c'est aussi un retour à Hollywood après Bardo, son film très personnel tourné au Mexique en 2022.

Pour mesurer le pari, il faut rappeler qui est Iñárritu. Le cinéaste mexicain s'est révélé en 2000 avec Amores perros, récompensé à la Semaine de la critique à Cannes, avant 21 Grammes et Babel, qui lui a valu le prix de la mise en scène sur la Croisette en 2006. Puis vient le doublé historique : l'Oscar du meilleur film et celui du meilleur réalisateur pour Birdman en 2015, et de nouveau l'Oscar du meilleur réalisateur l'année suivante pour The Revenant, le film qui a enfin offert sa statuette à Leonardo DiCaprio. Entre-temps, il a présidé le jury du Festival de Cannes en 2019. Son cinéma a toujours aimé les longs plans virtuoses, les acteurs poussés dans leurs retranchements et les récits qui refusent de choisir entre le grotesque et le tragique. Associer ce tempérament à la plus grande star de cinéma d'action de sa génération, c'était forcément prendre le risque de l'étincelle ou du court-circuit.

La bande-annonce officielle de Digger, en version française. (source : Warner Bros. France)

Tu y vas mercredi ?

Au-delà du cas Cruise, Digger pose une question que toute l'industrie regarde de près : un film d'auteur à 125 millions de dollars, sans franchise ni super-héros, peut-il encore exister en salles ? La concurrence de la rentrée ne va pas l'aider. Resident Evil, le film de Zach Cregger dont on te racontait le démarrage record à 60 millions de dollars, occupe toujours les écrans, et les spectateurs qui vont au cinéma pour se faire peur ou se détendre ont déjà leur programme. Un démarrage timide ferait dire à Hollywood que ce genre de pari ne paie plus. Un succès, même modeste, prouverait qu'il reste un public pour les films qui prennent des risques, y compris quand ils se plantent en partie.

Notre conseil, pour une fois, n'est pas de te fier aux notes. Avec un film aussi clivant, les avis servent surtout à savoir dans quel camp tu risques de tomber. Si tu as aimé Birdman, si les satires excessives ne te font pas peur et si tu es curieux de voir Tom Cruise se mettre en danger autrement qu'accroché à un avion, Digger mérite ton mercredi soir. Évite simplement les réseaux sociaux avant la séance : la fin circule déjà, et elle se découvre mieux sans prévenir.

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