© 2026 CTRL-POP (ctrlpop.fr) · Créé par Neva Vidal · Tous droits réservés · NEVA-7A0DCD1A761E1FF7-CTP
Accueil › Médias › Reviews

Resident Evil : Zach Cregger brise enfin la malédiction de Raccoon City

Un coursier médical, une nuit de neige, une glacière à livrer et une ville qui tourne à l'abattoir. Cregger signe de loin le meilleur Resident Evil du cinéma, drôle, gore et fidèle aux sensations du jeu, même si le rire finit parfois par manger la peur.

Testé par Fred Ferrer, le 27 septembre 2026. Note : 8/10.

Verdict : Pour la première fois, un Resident Evil au cinéma fait ressentir ce qu'on vit manette en main : la pénurie, les portes qu'on n'ose pas pousser, la panique qui fait tout rater. Austin Abrams est formidable et Cregger déborde d'idées. Mais l'humour désamorce trop souvent la tension et les seconds rôles sont sacrifiés. Un très bon film d'horreur, pas encore un grand.

Resident Evil : Zach Cregger brise enfin la malédiction de Raccoon City

Une nuit de blizzard, une route de campagne, une glacière médicale à livrer. Bryan est coursier, on lui a promis le double de son tarif pour apporter des organes à l'hôpital de Raccoon City, et il n'a aucune idée de ce qui l'attend. Nous, si. Pas de Leon Kennedy, pas de Jill Valentine, pas de manoir Spencer : Zach Cregger a écrit une histoire originale qui se glisse dans la nuit de Resident Evil 2, et il a confié le premier rôle à un type qui n'a rien d'un héros. On l'a vu en salle le jour de sa sortie française, le 16 septembre, et on est ressortis avec une certitude : c'est de très loin le meilleur Resident Evil que le cinéma nous ait donné.

Il faut dire que la barre était basse. Six films avec Milla Jovovich entre 2002 et 2016, beaucoup d'argent et jamais la critique : 36 % sur Rotten Tomatoes pour le premier. Puis Welcome to Raccoon City en 2021, reboot fidèle sur le papier, raté à l'écran, 30 %. Cregger, lui, arrive avec Barbarian et Weapons (Évanouis chez nous) dans ses bagages, deux films qui ont fait de lui le cinéaste d'horreur le plus attendu du moment. Il a confié n'avoir jamais vu les anciens films et s'être nourri des jeux, Resident Evil 2, 3 et 4 en tête. Ça se voit à chaque plan.

Jouer à Resident Evil, mais mal

L'idée la plus maligne du film tient en une phrase : Bryan joue à Resident Evil comme toi à ta première partie, c'est-à-dire très mal. Il panique, il gaspille ses balles, il ramasse des objets sans savoir à quoi ils servent et il pousse chaque porte en retenant son souffle, comme devant les écrans de chargement de la première PlayStation. Cregger découpe sa nuit en niveaux, la route enneigée, une ferme isolée, une course dans les bois, une maternité dont on ne dira rien sinon qu'on y a détourné les yeux, et sa caméra reste souvent vissée à l'épaule de son héros, comme dans Resident Evil 4. Dariusz Wolski, le chef opérateur de Ridley Scott sur Seul sur Mars, peint tout ça en orange sodium sur fond de neige, et les créatures, bricolées en effets pratiques pour l'essentiel, ont le goût poisseux du cinéma d'horreur des années 80. Dès l'ouverture, on pense à The Thing de John Carpenter, et la comparaison n'écrase pas le film.

Bryan retient une porte battante pendant que des mains d'infectés se plaquent contre les vitres, sa glacière médicale au premier plan
Bryan retient une porte battante pendant que des mains d'infectés se plaquent contre les vitres, sa glacière médicale au premier plan (© Sony Pictures (TMDB))

Austin Abrams, héros de rien du tout

Tout repose sur Austin Abrams, déjà croisé dans Weapons, et il tient la baraque. Son Bryan n'est ni courageux ni doué, il jure à chaque couloir, trébuche, se relève, et son sens du burlesque physique doit plus à Buster Keaton qu'aux héros de la saga. On rit beaucoup, avec lui et jamais contre la licence. C'est la vraie révélation du film, et une bonne partie de la critique américaine parle déjà d'un rôle qui lance une carrière. Le revers, c'est que tout le monde autour de lui fait de la figuration. Paul Walter Hauser et Zach Cherry, en blouses blanches qui en savent plus qu'ils ne le disent, servent surtout à livrer des informations, comme les personnages non jouables d'un jeu. Et Kali Reis, présentée comme une dure à cuire, quitte le récit si vite qu'on se demande pourquoi on l'a fait venir.

On avait fini par croire Resident Evil inadaptable.

Première

Quand le rire mange la peur

Soyons honnêtes : ce Resident Evil fait plus rire qu'il ne fait peur, et c'est son principal défaut. Les jurons de Bryan, drôles pendant la première heure, finissent par devenir un tic, et plusieurs scènes construites pour glacer le sang se désamorcent sur une vanne. Les créatures sont dégoûtantes à souhait, rarement terrifiantes. Dans la maternité, une créature en images de synthèse jure avec tout le bricolage artisanal qui l'entoure. Un message vocal confessionnel, censé donner de l'épaisseur au personnage, casse le rythme au lieu d'émouvoir. Et la fin tombe si brutalement qu'on a mis quelques secondes à comprendre que c'était terminé. On est loin de l'angoisse sourde de Barbarian ou de la mécanique implacable de Weapons. Cregger s'est amusé, ça se sent, et parfois au détriment de la terreur.

Pourquoi 8, et pourquoi tu devrais y aller

La critique et le public ont tranché avant nous : 96 % sur Rotten Tomatoes et 79 sur Metacritic, deux records pour une adaptation de jeu vidéo, 3,8/5 pour la presse française sur AlloCiné. Aux États-Unis, 103,4 millions de dollars en dix jours, dont 60 au premier week-end, plus que n'importe quel Resident Evil avant lui, et environ 197 millions dans le monde pour un budget de 75. En France, 372 816 entrées en première semaine, moins que le film de 2002, comme si la licence traînait encore sa réputation chez nous. Notre 8 récompense un film qui a enfin compris ce qu'est Resident Evil : pas une franchise d'action avec des zombies en figurants, mais une expérience de survie où l'on a peur de manquer de tout. Les deux points manquants, ce sont cet humour qui déborde et ces seconds rôles sacrifiés. Si tu as grandi manette en main, tu reconnaîtras chaque sueur froide. Si tu n'as jamais joué, tu verras un film d'horreur nerveux qui se regarde d'une traite. Pas de scène après le générique : inutile de traîner dans la salle.

Nos autres tests

  • Les Ensorceleuses 2 : Bullock et Kidman ont encore la magie, pas le film
  • Avengers : Endgame Extended, le sommet du MCU revient et prépare Doomsday
  • Mac mini M6 : l'IA locale tient dans la paume, la facture beaucoup moins
  • Heart of the Beast : le chien de Brad Pitt vaut le ticket, le reste moins

Toutes les reviews · Tous les articles