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Les Ensorceleuses 2 : Bullock et Kidman ont encore la magie, pas le film

Vingt-huit ans après le film culte, les sœurs Owens repartent en guerre contre la malédiction familiale. Le duo fonctionne toujours, les tantes aussi. Le reste ressemble à un téléfilm de luxe de 2 h 10.

Testé par Fred Ferrer, le 29 septembre 2026. Note : 4.5/10.

Verdict : Une suite qui vit sur les souvenirs de 1998 sans jamais s'en fabriquer de nouveaux. Bullock et Kidman restent irrésistibles ensemble et les tantes volent chaque scène, mais l'intrigue avance comme un mode d'emploi, la mise en scène est plate et le final en images de synthèse pique les yeux. D'où ce 4,5.

Les Ensorceleuses 2 : Bullock et Kidman ont encore la magie, pas le film

Tu te souviens de la margarita de minuit ? Deux sœurs, deux tantes, un blender, « Coconut » de Harry Nilsson à fond dans la cuisine, et toute une génération qui a appris Les Ensorceleuses par cœur à force de rediffusions. Étrillé par la critique en 1998, le film de Griffin Dunne est devenu culte avec le temps. Vingt-huit ans plus tard, Sandra Bullock et Nicole Kidman reprennent leurs rôles de sœurs Owens, et produisent le film avec Denise Di Novi. Les Ensorceleuses 2 est sorti le 9 septembre en France. On l'a vu en salle, la nostalgie en bandoulière, prêts à tout pardonner. On n'a pas tout pardonné.

Le point de départ reprend le cœur du mythe Owens : une malédiction lancée par l'ancêtre Maria Owens, qui condamne tout homme qui aime une femme de la famille. Sally croyait l'avoir brisée. Son second mari, Gary, meurt pourtant, et elle efface la mémoire magique de ses deux filles, Kylie et Antonia, pour les protéger. Des années plus tard, Kylie (Joey King) avoue son amour à Gideon (Xolo Maridueña), qui tombe aussitôt dans le coma. La jeune femme file en Angleterre avec un vieux grimoire familial, sur les traces de Maria Owens. Sally et Gillian la suivent, épaulées par un universitaire joué par Lee Pace. Sur le papier, c'est une chasse au trésor de sorcières. À l'écran, c'est surtout une liste d'étapes à cocher.

Le duo tient, les tantes volent le film

Commençons par ce qui marche, parce que ça marche vraiment. Bullock et Kidman n'ont rien perdu de leur complicité : un regard, une vanne, une main sur l'épaule, et on retrouve deux sœurs qui se connaissent par cœur. Quand la margarita de minuit revient, avec son blender et ses verres alignés, la salle sourit enfin pour de bon. Dianne Wiest et Stockard Channing, les tantes Jet et Franny, volent chaque scène où elles passent avec une ironie pince-sans-rire. La bande-son sait aussi sur quelles cordes tirer : Stevie Nicks, déjà présente en 1998, revient, tout comme « This Kiss » de Faith Hill. Joey King tient son rang en héritière de la malédiction. Le magazine Première reproche au film de ne jamais vraiment jouer sur la complicité du duo. On est moins sévères : dès que le scénario lui laisse un peu de place, elle fonctionne encore.

Les femmes Owens, parapluies ouverts, sur le toit de la maison familiale, clin d'œil direct au final du film de 1998
Les femmes Owens, parapluies ouverts, sur le toit de la maison familiale, clin d'œil direct au final du film de 1998 (© Warner Bros. Pictures (TMDB))

Un téléfilm de luxe à 75 millions

Le problème, c'est tout le reste. Susanne Bier, la réalisatrice danoise de Bird Box et de la série The Night Manager, filme cette histoire sans la moindre personnalité : des plans d'ensemble plats, des séquences qui s'enchaînent sans respiration, une lumière qu'on croirait sortie d'une plateforme de streaming. L'escapade anglaise, censée ouvrir le film sur les origines de la famille, a la saveur d'un dépliant touristique. Le scénario d'Akiva Goldsman et Georgia Pritchett rend aussi la malédiction terriblement littérale, là où le premier film en faisait une belle métaphore des chagrins d'amour. Maisie Williams passe l'essentiel du film en retrait, et Lee Pace hérite du rôle de beau professeur de service. Deux acteurs de ce calibre méritaient mieux.

Pour ce deuxième opus, la magie n'opère pas.

Télérama

Le dernier acte achève de faire retomber le soufflé. Après une première heure qui traîne, le film expédie son affrontement final en quelques minutes, à coups d'images de synthèse qui semblent tout droit sorties d'un blockbuster du début des années 2000. L'antagoniste, qu'on ne te dévoilera pas, ne fait jamais peur. Et la résolution de la malédiction, censée bouleverser, tombe sans avoir été préparée. Sur 2 h 10, on a regardé notre montre plus d'une fois. Pour un film qui parle de magie, c'est un comble.

Pourquoi 4,5

La critique est encore plus dure que nous : 36 % d'avis positifs sur Rotten Tomatoes, 44/100 sur Metacritic, 1,8/5 pour la presse sur AlloCiné. Le public américain s'est montré plus indulgent, avec un B+ au CinemaScore, et le film a démarré en tête du box-office nord-américain avec environ 30 millions de dollars, assez pour déloger Spider-Man : Brand New Day après six semaines de règne. Mais il plafonne à 92,4 millions dans le monde au 27 septembre, pour un budget de 75 millions. En France, c'est la douche froide : 75 257 entrées en première semaine, une 8e place au classement, puis 130 315 spectateurs au bout de deux semaines selon AlloCiné. Même le public français ne suit pas, avec 2,4/5 côté spectateurs.

Notre 4,5 récompense ce que le film fait bien, c'est-à-dire presque uniquement ses actrices. Il sanctionne tout le reste : une suite qui vit sur les souvenirs de 1998 sans jamais s'en fabriquer de nouveaux. Si tu es fan de l'original, attends sa sortie en streaming et prépare les margaritas, tu passeras une meilleure soirée qu'en salle. Si tu ne l'as jamais vu, commence par le premier. Il n'était pas parfait, mais lui avait de la magie.

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