Gears of War: E-Day : un retour aux sources somptueux, freiné par sa ville semi-ouverte
Retour au Jour de l'Émergence pour Marcus et Dom. The Coalition livre une campagne techniquement bluffante et un combat rajeuni, avec saut, glissade et escalade. La ville semi-ouverte de Kalona, elle, freine tout le reste.
Testé par Sarah L., le 6 octobre 2026. Note : 8.5/10.
Verdict : The Coalition signe son meilleur Gears : une Kalona sublime qui s'effondre sous tes yeux, un combat enfin agile sans perdre son poids, et une coop toujours reine. Mais la ville semi-ouverte casse le rythme, les gros ennemis encaissent sans réagir et l'histoire reste sage. Un excellent jeu de tir, à lancer dès ce soir si tu as le Game Pass.
Mardi 6 octobre, Kalona tombe pour tout le monde. Gears of War: E-Day sort sur Xbox Series X|S et PC, Steam compris, et débarque le jour même dans le Game Pass. Les joueurs de l'édition Premium y sont depuis le 1er octobre, comme nous. Le pari de The Coalition, épaulé par le studio polonais People Can Fly : revenir au Jour de l'Émergence, quatorze ans avant le Gears de 2006, six semaines après la fin des Guerres Pendulaires. Marcus Fenix et Dom Santiago ne sont pas encore des légendes. Juste deux soldats en deuil de Carlos, une bière à la main, qui se demandent quoi faire de leur vie civile. Puis le sol se fend. Samedi, on te racontait l'accueil de la presse. Depuis, on a bouclé la campagne en une quinzaine d'heures en difficulté normale, en fouillant une bonne partie des annexes. Voilà notre avis, manette en main : enthousiaste, avec de vraies réserves.
Kalona tombe, et c'est une claque
Premier choc : la technique. E-Day tourne sous Unreal Engine 5 et c'est, de loin, le jeu le plus impressionnant qu'on ait vu sur Xbox Series X. En mode Performance, en 4K à 60 images par seconde, l'éclairage MegaLights projette l'ombre de chaque soldat, les visages réagissent au moindre tressaillement, et chaque balle arrache du béton, du carrelage, du bois et de la chair. Surtout, The Coalition a eu la bonne idée : pour la première fois, Gears ne te lâche pas dans un monde déjà en ruines, mais dans une ville qui tombe sous tes yeux. Kalona, cité industrielle connue pour son équipe de Thrashball, a encore ses boutiques à peine désertées, ses trains, ses civils qui fuient. Sur trois jours de récit et cinq actes, elle se dégrade à chaque passage. Le ton suit : plus sombre, franchement horrifique par moments. L'acte 3, qui plonge sous terre dans une ambiance claustrophobe, est le sommet de la campagne et rappelle que Gears n'est jamais aussi fort qu'entre deux murs. Seule ombre au tableau : la Series X perd quelques images dans les scènes les plus chargées, et le mode Qualité à 30 images par seconde ne vaut pas le sacrifice.
Un Gears enfin souple sur ses appuis
Le combat, c'est l'autre grande réussite. La base n'a pas bougé : on se plaque derrière un muret, on sort la tête, on tire, et le rechargement actif récompense toujours le bon timing. Mais Marcus saute, grimpe, glisse sous le feu et se colle à des abris très bas. Le sprint répond enfin comme dans un shooter moderne. Les Gears perdent leur côté pataud sans perdre leur poids, et les Locustes profitent des mêmes libertés : un Boomer n'hésite plus à passer par une fenêtre pour te déloger. L'arsenal mélange classiques et nouveautés, du Gnasher au Breechshot, de l'Incinérateur qui crache de l'Imulsion en feu au lance-grenades. Chaque arme accepte jusqu'à quatre modules (lunette, chargeur, baïonnette, balles incendiaires), à dénicher dans des caisses ou à gagner en annexe, et un équipement tactique comme le Stim soigne toute l'escouade. Les démembrements sont d'une précision gore, et le son des armes est le meilleur de la série. Deux regrets quand même. Les puristes perdent les duels à la tronçonneuse, le bouclier de chair et cette caméra qui tangue pendant la course, signature de la licence. Et les gros ennemis, Reavers et Brumaks en tête, encaissent des chargeurs entiers sans broncher : on finit par fixer leur barre de vie plutôt que le spectacle.

Marcus, Dom, et deux visages qu'on n'attendait pas
Côté récit, E-Day affronte le piège de tous les préquels : on connaît la fin. Marcus et Dom s'en sortent, forcément. Le jeu compense en donnant de la place à deux nouveaux visages, Mags Carter, ancienne Gear, et Lucas Reyes, jeune recrue, qui forment avec eux l'escouade Bravo. On s'y attache plus qu'on ne le pensait, même si la relation entre Marcus et Dom, celle que les fans attendaient depuis vingt ans, reste survolée. Les amateurs de lore apprécieront le soin apporté à la mythologie, avec Tai Kaliso à la tête de l'escouade Theta et des clins d'œil aux romans de Karen Traviss. D'autres choix agacent. La naissance du Lanzor à tronçonneuse, qui aurait pu être un moment légendaire, se règle hors champ dès l'acte 2. Les dialogues enfilent les banalités, et le final ouvre plus de pistes qu'il n'en ferme, comme si E-Day préparait une trilogie. Le cliffhanger de Gears 5, lui, attendra encore. Petit bémol sur la version française : elle est intégrale, mais avec de nouvelles voix après les disparitions de José Luccioni et Thierry Mercier, et un mixage qui étouffe trop souvent les dialogues.
Une ville semi-ouverte qui casse le rythme
Le vrai point faible, c'est la structure. Comme Gears 5, E-Day alterne missions linéaires et zones plus ouvertes, ici les quartiers de Kalona, du centre historique à la raffinerie d'Imulsion. Plus dense et plus verticale que le désert de Gears 5, la ville reste un décor de passage. Les annexes se résument à repousser des vagues de Locustes pour sauver des survivants et ouvrir des caches, et une notification te signale à intervalles réguliers un étui rigide à ramasser. Beaucoup de ces modules concernent des armes que tu n'utilises jamais. On repasse trois fois sur le même pont, le jeu te ramène parfois de force vers l'objectif alors qu'un objet traîne à deux pas, et l'abondance de munitions gomme la tension de survie censée habiter le premier jour de l'invasion. Les missions principales, elles, sont excellentes, rythmées, pleines de boss qui remplissent l'écran. On aurait juste aimé une campagne plus resserrée, débarrassée de ce faux monde ouvert.
Classique sans être rouillé, le gameplay se focalise sur l'essentiel.
jeuxvideo.com
Coop, Horde Siège et PC : ce qu'il faut savoir
Bonne nouvelle pour les canapés : la campagne se joue à quatre en ligne ou à deux en écran partagé, en 30 images par seconde dans ce cas. Le multijoueur, lui, est ce qui fera vivre E-Day pendant des années. La grande nouveauté s'appelle Horde Siège : trois escouades de quatre, soit douze joueurs, partagent une grande carte, chacune avec ses objectifs, avant d'évacuer en hélicoptère. Quatre classes au choix : Assaut, Briseur, Tireur d'élite et Médecin. La Horde classique en dix vagues et le Versus en 4 contre 4 sont aussi de la partie, mais le classé n'ouvre que le 13 octobre. La plupart des tests n'ont couvert que la campagne, faute d'accès au multi avant la sortie : on y reviendra une fois les serveurs bien remplis. Sur PC, vérifie ta machine avant d'acheter. Le ray tracing matériel est obligatoire, avec au minimum une RTX 2060 ou une RX 6600, 12 Go de mémoire vive et 115 Go libres sur un SSD. Plusieurs tests signalent des saccades, et la version PC plafonne à 83 sur Metacritic.
Pourquoi 8,5
Les chiffres confirment le retour en grâce. À la levée de l'embargo, on te parlait de 88 sur Metacritic. Le jour de la sortie, la moyenne s'est stabilisée à 87 sur Xbox Series X et 83 sur PC, tandis qu'OpenCritic affiche 88 et 91 % de critiques qui recommandent le jeu. Les écarts restent parlants : 9 chez IGN, 17/20 chez jeuxvideo.com, 7 chez GameSpot, et un 5 sévère chez Gamekult, qui reproche au jeu de recycler sa formule au lieu d'oser. On se range du côté des enthousiastes, tout en partageant les réserves des plus durs sur la structure. Notre 8,5, c'est la note d'un jeu de tir à couverture au sommet de sa forme, porté par une ville sublime et un combat rajeuni, freiné par une semi-ouverture inutile et des gros ennemis sacs à PV. À 69,99 € en édition Standard, 99,99 € en Premium pour cinq jours d'avance et des bonus de personnalisation, le prix se défend pour une quinzaine d'heures de campagne et un multi aussi riche. Et si tu as le Game Pass, la question ne se pose même pas : lance-le ce soir, de préférence à deux sur le canapé.