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Heart of the Beast : le chien de Brad Pitt vaut le ticket, le reste moins

David Ayer reforme le duo de Fury avec Brad Pitt pour un survival en Alaska : un ancien commando, son chien de guerre et plus de 90 kilomètres de nature hostile. Le chien bouleverse, Pitt assure, la mise en scène en rajoute.

Testé par Camille D., le 28 septembre 2026. Note : 6.5/10.

Verdict : Un survival sincère et beau à regarder, porté par un Brad Pitt sobre et surtout par Uber, berger allemand bouleversant. Mais David Ayer ne fait pas confiance au silence : musique envahissante, flashbacks appuyés, épisodes qui se répètent. On sort ému par le chien, un peu agacé par le film. D'où ce 6,5.

Heart of the Beast : le chien de Brad Pitt vaut le ticket, le reste moins

Un hydravion posé sur un lac d'Alaska. À bord, un type barbu qui ne parle presque pas et un berger allemand en harnais militaire qui ne le quitte pas des yeux. Quelques minutes plus tard, l'appareil est au fond de l'eau, et les deux survivants se retrouvent à plus de 90 kilomètres de toute civilisation. L'homme, c'est James Belmont, ancien sergent-major des forces spéciales américaines. Le chien, c'est Odin, son chien de combat, revenu de la guerre avec les mêmes cauchemars que son maître. Voilà tout le programme de Heart of the Beast, qu'on a vu en salle le 23 septembre, jour de sa sortie en France, deux jours avant les États-Unis.

Derrière la caméra, on retrouve David Ayer, le scénariste de Training Day, qui reforme avec Brad Pitt le duo de Fury (2014) pour une tout autre guerre. Le scénario est signé Cameron Alexander, Paramount distribue, et l'Alaska du film a en réalité été tourné en Nouvelle-Zélande, autour de Queenstown, entre mars et mai 2025. Un peu plus d'un an après le carton de F1, Pitt change complètement de registre : pas de monoplace, pas de dialogues à rallonge, presque pas de partenaire humain. Un homme, un chien, des montagnes. Sur le papier, c'est un pari culotté.

Odin, la star qu'on n'attendait pas

Parlons tout de suite de ce qui nous a le plus touchés : le chien. Odin est joué par Uber, un berger allemand épaulé par trois doublures et dressé par Andrew Simpson, déjà passé par Belle et Sébastien. Ici, pas de créature numérique comme le Buck de L'Appel de la forêt avec Harrison Ford : un vrai animal, de vrais regards, de vraies hésitations. La meilleure idée du film tient là. Odin est un chien de guerre traumatisé, il sursaute, il se fige, il cherche son maître comme on cherche une prise. Belmont, lui, ne dit rien de ce qu'il a vécu. Les deux blessures se répondent sans un mot, et les plus belles scènes sont celles où il ne se passe presque rien : un regard échangé, une main dans le pelage, un soin maladroit après une blessure.

Face à lui, Brad Pitt fait exactement ce qu'il faut : s'effacer. Épaissi, cheveux ras, visage buriné, il joue avec son corps plus qu'avec des répliques, et il accepte de partager l'affiche à égalité avec un chien, ce que peu de stars de son rang oseraient. Une scène de pêche à la mouche renvoie tout droit à Et au milieu coule une rivière, le film de Robert Redford qui lui offrait son premier grand rôle en 1992, et le clin d'œil fait sourire. J.K. Simmons, en vieux baroudeur bavard, et Anna Lambe ne font en revanche que passer. On aurait aimé les voir plus longtemps, ne serait-ce que pour donner un peu d'air à ce huis clos à ciel ouvert.

Brad Pitt traverse une rivière à gué, un bâton à la main, suivi de son berger allemand Odin qui nage à ses côtés
Brad Pitt traverse une rivière à gué, un bâton à la main, suivi de son berger allemand Odin qui nage à ses côtés (© Paramount Pictures (TMDB))

L'Alaska en grand, la survie en concret

Visuellement, le film tient ses promesses. Mauro Fiore, oscarisé pour la photo d'Avatar, filme la Nouvelle-Zélande comme un Alaska de carte postale qui peut te tuer à chaque instant : lacs d'un bleu glacé, forêts détrempées, rivières qui cognent. La survie reste concrète, et c'est une vraie qualité : le crash dans le lac, la traversée des rapides, une gorge franchie sur un tronc couché, chaque obstacle se règle avec les mains, une corde et le chien. Le film dure 1 h 41 et ne s'étale pas. Seul accroc à l'image : l'ours et les loups, en images de synthèse, filmés dans la pénombre pour masquer le truc. Ça se voit quand même, et ça casse net l'illusion que le chien, lui, avait si bien construite.

Ce qui coince : trop de violons, pas assez de silence

Le problème, c'est que David Ayer ne fait pas confiance à ce qu'il a entre les mains. La musique de Jared Michael Fry recouvre presque chaque scène et te dit quand pleurer, là où le regard du chien suffisait. Au milieu du film, les épisodes s'enchaînent sur le même schéma, un danger, un sauvetage, un répit, et la tension retombe. Les flashbacks militaires, en tons sépia et flou appuyé, surlignent ce qu'on avait déjà compris. Et il y a un angle mort : le film raconte très bien ce que la guerre laisse dans un corps, celui d'un homme comme celui d'un animal, mais il ne se demande jamais ce qu'on est allé faire là-bas, ni qui a décidé d'envoyer un chien au combat. Pour un film sur le traumatisme, c'est un drôle de silence.

Un survival pataud et politiquement douteux.

Écran Large

Pourquoi 6,5, et pour qui

On est moins sévères qu'Écran Large, qui ne sauve guère que le chien. Le public, lui, a tranché : Heart of the Beast a pris la tête du box-office français avec 424 000 entrées en cinq jours, avant-premières comprises, et environ 515 000 attendues sur sa première semaine selon les estimations de cine-directors. Il passe devant le Resident Evil de Zach Cregger, sorti une semaine plus tôt, et fait bien mieux que Fury et ses 339 000 entrées en première semaine. Aux États-Unis, il démarre à 20 millions de dollars, deuxième derrière la ressortie d'Avengers : Endgame, et totalise 50,1 millions dans le monde sur son premier week-end, pour un budget de 82 millions. La critique, elle, est coupée en deux : 86 % sur Rotten Tomatoes, 66 sur Metacritic et un A- au CinemaScore côté américain, mais 2,9/5 pour la presse française sur AlloCiné, quand les spectateurs mettent 3,8.

Notre 6,5 dit exactement ça : un film sincère, beau, porté par deux acteurs dont un à quatre pattes, mais qui force l'émotion au lieu de la laisser venir. Si tu as un chien, ou si tu en as perdu un, prévois des mouchoirs : ça marche, même quand ça appuie trop. Va le voir en salle pour les grands espaces, qui méritent un grand écran. Et si tu veux ensuite le survival qui ose vraiment le silence, ressors The Revenant : c'est la barre que Heart of the Beast vise sans jamais l'atteindre.

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