Xbox supprime 268 postes et confie Halo à Activision
Nouvelle vague de licenciements chez Microsoft. Halo Studios est vidé, le prochain Halo sera développé chez l'éditeur de Call of Duty. Ninja Theory et Arkane sont menacés de fermeture.
Par Sarah L., le 24 septembre 2026. Catégorie : Gaming.
Tu te souviens peut-être de ta première partie de Halo. Un canapé trop petit, un écran partagé en quatre, une Xbox première du nom qui chauffe sous la télé et un pote qui râle parce que tu campes le lance-roquettes. Le Master Chief, c'est une armure verte, un casque doré et plus de vingt ans de souvenirs pour toute une génération. Alors quand on apprend que la série va quitter le studio qui la porte depuis plus d'une décennie, ça pique. C'est pourtant ce que Microsoft a acté le 22 septembre, dans un billet publié sur Xbox Wire sous le titre « Continuing Our Reset ». Signé Matt Booty, le directeur du contenu de Xbox, il annonce 268 nouvelles suppressions de postes, réparties entre plusieurs studios first-party, la direction de Xbox Game Studios et des fonctions centrales. Et surtout, il redessine la carte de la maison verte comme jamais depuis le rachat d'Activision Blizzard.
Halo quitte la maison qui l'a vu grandir
Le coup le plus symbolique concerne Halo Studios, l'ancien 343 Industries rebaptisé en 2024, qui gère la licence depuis que Bungie l'a laissée derrière lui. Le studio est lourdement touché par les coupes. Seule une petite équipe reste en place pour faire vivre les jeux existants et accompagner la communauté. Le prochain Halo, lui, sera développé chez Activision, par une équipe montée spécialement pour l'occasion et distincte de celles qui font Call of Duty. L'ironie est cruelle : il y a deux mois à peine, Halo: Campaign Evolved, le remake du premier épisode, sortait sur Xbox, PC et, pour la première fois de l'histoire, sur PS5. On te racontait alors qu'il décrochait un 81 sur Metacritic, une note solide pour un projet fidèle, peut-être un peu trop sage. La même équipe voit aujourd'hui la suite lui échapper. Microsoft ne dit pas combien de personnes quittent précisément Halo Studios, ni quand le futur jeu pourrait être présenté.
Pour mesurer ce que ce transfert représente, il faut dérouler l'histoire de la licence. Halo naît chez Bungie en 2001 et accompagne le lancement de la toute première Xbox. Bungie signe cinq épisodes : le studio prend son indépendance en 2007, juste après Halo 3, puis livre encore Halo 3: ODST en 2009 et Halo: Reach en 2010 avant de passer à autre chose. Microsoft confie alors la série à un studio créé pour l'occasion, 343 Industries, qui sort Halo 4 en 2012, Halo 5 en 2015 et Halo Infinite en 2021. En octobre 2024, le studio change de nom pour devenir Halo Studios et annonce son passage à l'Unreal Engine 5, un virage censé tourner la page d'années compliquées. Deux ans plus tard, c'est une troisième maison qui récupère le Master Chief. À chaque passage de relais, une partie de la mémoire de la série part avec les équipes, et il faut des années pour la reconstruire.
Activision ne récupère pas que Halo. L'éditeur prend aussi sous son aile World's Edge, qui pilote la série Age of Empires, et Rare, le studio britannique de Sea of Thieves. Ailleurs, les murs bougent aussi. Playground Games et Turn 10 fusionnent en un seul studio, qui aura la charge de Forza et de Fable. Obsidian passe sous la bannière Bethesda et poursuit ses projets en cours, dont Grounded. King, la maison de Candy Crush, intègre Microsoft Casual Games, l'équipe du Solitaire et du Démineur. Undead Labs change d'éditeur et garde la main sur State of Decay 3, toujours prévu en 2027 et dans le Game Pass dès sa sortie. Double Fine et Compulsion Games, eux, étaient déjà redevenus indépendants cet été. Sur le papier, c'est un organigramme plus lisible, avec trois grands pôles autour d'Activision, de Bethesda et d'Xbox Game Studios. Dans les couloirs, c'est surtout une liste de gens qui changent de patron, de méthodes et parfois de ville. Côté joueurs, rien ne disparaît du jour au lendemain : Halo Infinite et Campaign Evolved restent suivis par l'équipe réduite de Halo Studios, Sea of Thieves et Age of Empires continuent sous la houlette d'Activision, et Grounded poursuit sa route chez Obsidian. Ce qui change, c'est qui tiendra la plume dans trois ou quatre ans, quand sortiront les jeux mis en chantier aujourd'hui.
Je sais à quel point cette journée sera difficile pour celles et ceux qui partent.
Matt Booty
Un reset qui n'en finit pas
Cette annonce n'arrive pas de nulle part. Le 6 juillet, Asha Sharma, nommée à la tête de Xbox en février après le départ de Phil Spencer, publiait son mémo « Resetting Xbox ». On l'avait décortiqué à l'époque : environ 3 200 postes supprimés sur l'exercice fiscal 2027, soit près de 20 % des effectifs de la division, dont 1 600 dès le jour de l'annonce. Le constat était brutal, avec un business qualifié de « pas sain » par sa propre patronne. Deux mois et demi plus tard, Microsoft explique être arrivé « aux trois quarts » de cette restructuration. Traduction : la suite n'est pas terminée, et l'exercice court jusqu'à fin juin 2027. Pour les équipes, ça veut dire des mois de plus à se demander si le prochain billet sur Xbox Wire les concernera. Ce flou permanent use autant qu'une annonce franche, parce qu'il empêche de se projeter, de déménager, de signer un bail ou de dire oui à une autre offre.
Le contraste avec l'actualité récente de Xbox est saisissant. La semaine dernière, au Tokyo Game Show, la marque verte présentait fièrement Physint, le jeu d'espionnage de Hideo Kojima récupéré après le retrait de Sony, avec Bill Skarsgård en tête d'affiche. D'un côté, Xbox va chercher un auteur star et son projet à gros budget. De l'autre, elle se sépare des équipes maison qui faisaient, elles aussi, des jeux d'auteur, à commencer par Ninja Theory. Les deux décisions ne se contredisent pas sur un tableur : l'une achète du prestige clé en main, l'autre coupe dans des coûts fixes. Mais pour les développeurs qui regardent la scène depuis Cambridge ou Lyon, le message est difficile à avaler. On peut financer la vision d'un créateur venu d'ailleurs et, dans la même semaine, dire à ses propres créateurs que la leur coûte trop cher.
Côté stratégie, la logique se devine. Activision sait produire de gros jeux d'action à un rythme industriel, avec des équipes rodées aux sorties annuelles. Confier Halo à cette machine, c'est parier sur la régularité plutôt que sur l'identité d'un studio. C'est aussi aligner Halo sur un modèle multiplateforme déjà assumé depuis que le Master Chief a posé le pied sur PS5. Reste une question que les communiqués ne posent jamais : que devient une licence quand on l'arrache aux gens qui la connaissent par cœur ? Un univers comme Halo, c'est un lore, des habitudes de level design, une sensation de tir, un son. Tout ça vit dans la tête de développeurs qui, pour une partie d'entre eux, viennent de perdre leur poste.

Ninja Theory et Arkane, l'attente la plus dure
Le passage le plus douloureux du billet concerne deux studios à forte identité. En juin, des rapports annonçaient déjà la fermeture de Ninja Theory, puis le mémo de juillet avait laissé espérer une sortie par le haut, avec un nouvel actionnaire et un financement pour terminer Senua, le jeu dévoilé au Xbox Games Showcase. Cet espoir s'est envolé : deux accords de reprise ont échoué, et Xbox engage désormais des consultations en vue de fermer le studio de Cambridge. Ninja Theory, c'est l'équipe de Hellblade: Senua's Sacrifice en 2017 et de sa suite en 2024, deux jeux salués pour leur représentation de la psychose, construite avec des professionnels de santé mentale et des personnes concernées. Pour Arkane, les consultations doivent se poursuivre jusqu'à la fin de l'année, avec une fermeture possible à la clé. Depuis la fermeture d'Arkane Austin en 2024, c'est le studio lyonnais, celui de Dishonored et de Deathloop, qui porte seul ce nom, et il travaillait sur Marvel's Blade, annoncé en 2023.
Derrière le chiffre de 268, il y a 268 personnes qui ont reçu un mail, une convocation ou un appel cette semaine. Il y a aussi celles de Cambridge et de Lyon, qui continuent de venir travailler sans savoir si leur studio existera encore à Noël. En France, une consultation passe par le comité social et économique, avec des étapes et des délais encadrés, ce qui laisse un peu de temps pour négocier des reclassements ou un repreneur. Sharma avait promis un Xbox plus concentré sur ses forces. On voit mieux, mois après mois, ce que cette concentration coûte aux studios qui faisaient des jeux différents, plus personnels, moins rentables mais souvent plus marquants. Le verdict pour Arkane Lyon est attendu d'ici la fin de l'année. D'ici là, la meilleure chose à faire pour ces équipes reste de jouer à leurs jeux, et de le dire. Hellblade, Dishonored ou Deathloop n'ont jamais été les plus gros succès commerciaux de Microsoft, mais ce sont souvent eux qu'on cite quand on parle de ce que le jeu vidéo sait raconter.
À lire aussi en Gaming
- Silent Hill Townfall : les tests tombent, 81 sur Metacritic
- Control Resonant : 84 sur Metacritic, Remedy signe une suite plus folle et plus clivante
- Physint : lâché par PlayStation, Kojima signe chez Xbox et engage Bill Skarsgård
- Trails in the Sky 2nd Chapter : le remake d'un JRPG culte devient le jeu le mieux noté de 2026
Les derniers articles CTRL-POP
- Mononoke Chapitre III : la fin de la trilogie arrive sur Netflix le 29 septembre
- Ray Gunn : le polar SF de Brad Bird se dévoile enfin, 30 ans après
- Meta Connect 2026 : lunettes VR à 1 300 dollars et Ray-Ban Meta Gen 3
- Taylor Swift annonce The Life of a Showgirl: The Encore et 4 inédits
Tous les articles · Toutes les thématiques · L'équipe CTRL-POP