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Resident Evil : le film de Zach Cregger, meilleure adaptation de jeu vidéo jamais notée

Sorti en France le 16 septembre, le reboot de Zach Cregger tourne entre 96 et 98 % sur Rotten Tomatoes, loin devant Sonic 3. Un film d'horreur drôle, gore et fidèle à l'esprit des jeux, qui n'a presque rien à voir avec l'ère Milla Jovovich.

Par Fred Ferrer, le 17 septembre 2026. Catégorie : Cinéma.

Resident Evil : le film de Zach Cregger, meilleure adaptation de jeu vidéo jamais notée

Mercredi soir, 22 h 40, tu ressors d'une salle en te demandant ce qui vient de t'arriver. Tu étais entré pour un Resident Evil, c'est-à-dire, dans ta tête, pour un film qu'on regarde par fidélité à la licence et qu'on oublie le lendemain. Tu as sursauté, oui, tu as détourné les yeux deux fois, mais surtout tu as ri. Pas du film. Avec lui. Et autour de toi, une salle de mercredi de rentrée, pas très remplie, faisait exactement la même chose. Ce sentiment étrange, des dizaines de critiques américains l'ont ressenti au même moment : l'embargo est tombé le 16 septembre, jour de la sortie française, et le film de Zach Cregger a immédiatement pris la tête d'un classement que personne n'imaginait le voir dominer.

Un record que la licence n'avait jamais approché

Les chiffres bougent d'heure en heure à mesure que les critiques s'ajoutent, mais l'ordre de grandeur est clair : entre 96 et 98 % de critiques positives sur Rotten Tomatoes, sur près d'une centaine d'avis au moment où on écrit. C'est le meilleur score jamais obtenu par une adaptation de jeu vidéo en prises de vues réelles, devant Sonic 3 et Werewolves Within, tous deux à 86 %. Et dans la licence elle-même, la comparaison fait mal : le premier Resident Evil de Paul W. S. Anderson, en 2002, plafonnait à 36 %, et Welcome to Raccoon City, la tentative de reboot de 2021, s'était écrasée à 30 %. La saga Anderson avec Milla Jovovich, six films entre 2002 et 2016, a rapporté beaucoup d'argent et n'a jamais convaincu la critique. Cregger vient de faire l'inverse en un seul film, et il l'a fait en 90 minutes montre en main.

Pour mesurer d'où on vient, il faut se rappeler que l'expression « malédiction des adaptations de jeux vidéo » n'était pas une blague de fan. Super Mario Bros. en 1993, Street Fighter en 1994, les films d'Uwe Boll dans les années 2000, Assassin's Creed en 2016 : pendant vingt-cinq ans, Hollywood a traité le jeu vidéo comme un réservoir de logos, et le public a répondu en restant chez lui. Le retournement date de 2019 avec Détective Pikachu, puis Sonic, qui a fait de la licence une trilogie rentable, et surtout de 2023, l'année où The Last of Us a raflé les Emmy sur HBO et où Super Mario Bros. le film a dépassé 1,3 milliard de dollars au box-office mondial. Depuis, on adapte les jeux comme on adaptait les comics dix ans plus tôt : avec des réalisateurs qui connaissent la matière. Cregger est le dernier exemple de cette bascule, et son score fait de lui, pour l'instant, le mieux noté de tous.

Cette durée n'est pas un détail. Frank Scheck, dans The Hollywood Reporter, salue un thrill ride propulsif, à la fois terrifiant et hilarant, qui ne s'arrête jamais. À l'heure où le moindre blockbuster dépasse les deux heures et demie, Cregger a fait le choix d'un film d'horreur à l'ancienne, celui qui te lâche avant que tu aies eu le temps de regarder ta montre. Tom Jorgensen, chez IGN, note que le film est souvent très drôle, mais jamais aux dépens de la licence. Et David Ehrlich, dans IndieWire, y voit un doigt d'honneur mutant à l'idée, très Comic-Con, qu'une adaptation doit cocher des cases pour plaire aux fans.

Oui, Resident Evil est souvent très drôle, mais jamais aux dépens de la licence.

Tom Jorgensen, IGN

Un coursier plutôt que Leon ou Jill

On l'avait pressenti fin juillet en décortiquant le trailer : pas de Leon Kennedy, pas de Jill Valentine, pas de manoir Spencer. Cregger a écrit une histoire originale dans l'univers des jeux de Capcom, avec pour héros Bryan, un coursier médical joué par Austin Abrams, embarqué dans une nuit qui tourne au cauchemar. Autour de lui, Paul Walter Hauser en Paul, l'acteur récompensé d'un Emmy pour Black Bird, Zach Cherry, le collègue de bureau de Severance, Kali Reis, la boxeuse devenue actrice dans True Detective: Night Country, et Johnno Wilson. Des visages qu'on reconnaît sans pouvoir les nommer, ce qui est exactement ce qu'un film d'horreur demande. Le trailer de juillet annonçait déjà la structure : une seule nuit d'hiver, la neige qui tombe sur une ville qui se ferme, et un personnage que rien ne prédestine à survivre. Aucune star, aucun personnage iconique à protéger, et c'est précisément ce qui libère le film. Quand le héros n'est pas un membre du S.T.A.R.S. entraîné, chaque zombie redevient dangereux, et chaque décision idiote redevient humaine. Julian Roman, chez MovieWeb, parle d'un rôle qui fait naître une star, et plusieurs critiques insistent sur le côté maladroit, presque bête, de ce Bryan qui court dans la neige en serrant sa glacière de transport d'organes.

Austin Abrams en bonnet de laine jaune, le regard inquiet, dans une scène de Resident Evil
Austin Abrams en bonnet de laine jaune, le regard inquiet, dans une scène de Resident Evil (© Sony Pictures / SlashFilm)

Cregger, le réalisateur du moment

Il y a quatre ans, Zach Cregger était un ancien de la troupe comique The Whitest Kids U' Know qui sortait un petit film d'horreur, Barbarian, avec une maison à Detroit et un sous-sol qu'on préfère ne pas décrire ; tourné pour moins de 5 millions de dollars, il en avait rapporté plus de 45 dans le monde. L'an dernier, Weapons a confirmé que le premier n'était pas un accident : une classe entière d'enfants qui disparaît à 2 h 17 du matin, un récit éclaté en chapitres, et un mélange de terreur et d'humour noir devenu sa signature. Resident Evil est son premier film de commande sur une licence qui ne lui appartient pas, avec un budget de studio et des attentes de fans. Le risque était de le voir se plier au cahier des charges. Les critiques disent l'inverse : le film ressemble à un Cregger qui aurait eu accès aux zombies de Capcom, pas à un produit Capcom réalisé par Cregger. Plusieurs y voient aussi son film le plus proche de John Carpenter, dans la mise en scène de l'espace et dans la manière de faire peur avec très peu.

Il faut aussi rappeler ce que représente cette licence pour Sony, qui la produit avec Constantin Film, détenteur des droits depuis le premier film. Les six films de Paul W. S. Anderson ont rapporté plus de 1,2 milliard de dollars dans le monde entre 2002 et 2016, ce qui en faisait la saga tirée d'un jeu la plus rentable de l'histoire jusqu'à l'arrivée de Sonic. Le studio avait donc tout intérêt à refaire de la même chose, du grand spectacle avec une héroïne bondissante, et il a choisi l'inverse : un budget contenu, un réalisateur d'horreur, pas de star, un film de 90 minutes. C'est un pari qui ressemble à ceux de Blumhouse plus qu'à ceux d'un grand studio, et il s'inscrit dans une tendance lourde : l'horreur est devenue, ces trois dernières années, le genre le plus fiable du box-office américain, celui où un film à 40 millions peut en rapporter 250 sans effets numériques hors de prix. Weapons en était déjà la preuve l'an dernier. Resident Evil veut être la suivante.

La bande-annonce VF de Resident Evil, en salles en France depuis le 16 septembre. (source : Metropolitan Films)

Pour les fans, ou pour tout le monde ?

C'est la vraie question, et les réponses des critiques convergent : les deux. Le fan reconnaîtra l'ADN des jeux, la gestion de la pénurie, la ville qui se ferme, le virus et sa société pharmaceutique, sans qu'on lui récite le lore. Le spectateur qui n'a jamais touché une manette verra un film d'horreur nerveux, drôle et gore, qui fonctionne sans notice. Ce double public, c'est exactement ce que la licence n'avait jamais réussi à réunir : les films Anderson parlaient aux abonnés de l'action, pas aux joueurs, et Welcome to Raccoon City parlait aux joueurs en oubliant de faire un film. Pour un média comme le nôtre, qui a un pied dans chaque univers, c'est presque rassurant de voir qu'on peut respecter un jeu sans le recopier. Côté pratique, le film est distribué en France par Metropolitan FilmExport, en salles depuis mercredi, en VF et en VO sous-titrée selon les cinémas, deux jours avant la sortie américaine. Si tu hésites entre VF et VO, la bande-annonce ci-dessus te donne le ton du doublage français, et à 90 minutes, c'est un film qui se voit d'une traite, sans entracte ni scène post-générique à attendre.

Aux États-Unis, le film sort ce vendredi 18 septembre face à Practical Magic 2, et son week-end d'ouverture dira si l'enthousiasme critique se transforme en billets. Sony n'a rien annoncé sur une suite, et Cregger n'a pas signé pour une trilogie. Mon pari personnel : si le film dépasse les 40 millions de dollars sur trois jours, la question d'un deuxième volet sera posée avant Halloween, et elle viendra avec une autre, plus intéressante. Est-ce que Cregger voudra y retourner, ou est-ce qu'il aura déjà prouvé ce qu'il avait à prouver ? Un réalisateur qui n'a pas besoin de la licence, c'est justement ce qui a rendu ce film possible.

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