Oasis : Don't Look Back in Anger, le doc de la réunion des Gallagher conquiert Venise
Première mondiale hors compétition le 5 septembre, huit minutes d'applaudissements, Liam et Noel main dans la main sur le balcon. Le film de Will Lovelace et Dylan Southern, écrit par Steven Knight, offre la première interview commune des deux frères depuis plus de quinze ans. Quatre étoiles au Guardian et au Telegraph, et une sortie en salles IMAX dès mercredi, quatre jours après le festival.
Par Fred Ferrer, le 7 septembre 2026. Catégorie : Cinéma.
Deux frères face caméra, dans la même pièce, pour la première fois depuis 2009. Pas sur une scène, pas devant 80 000 personnes : sur des chaises, avec des micros, à répondre aux mêmes questions. C'est ce que promettait Oasis : Don't Look Back in Anger, et c'est ce que le public de la Mostra a découvert samedi 5 septembre, en séance hors compétition. À la fin de la projection, Liam et Noel Gallagher se sont levés, se sont pris la main et l'ont levée ensemble, sous huit minutes d'applaudissements. NME raconte que Noel semblait essuyer une larme, et que Liam, lui, a fini par regarder sa montre en articulant une question qu'on te laisse deviner sur l'opportunité de s'éclipser, avant que Steven Knight ne le convainque de rester. Ils sont ensuite descendus signer des autographes dans la salle. Arrivés le matin en petit bateau pour le photocall, ils avaient séché la conférence de presse, laissée au scénariste et aux deux réalisateurs. C'était leur première apparition publique commune hors scène depuis la réunion du groupe.
Ce que le film montre, et ce qu'il choisit de ne pas montrer
Le dispositif est celui d'un film de tournée, mais l'ouverture place la rupture au centre. Un court montage, avec les vraies images de Rock en Seine en août 2009, ce concert parisien où les frères ne sont jamais montés sur scène, puis direct dans la salle de répétition où, à l'été 2025, le groupe reformé s'enferme six semaines avant la tournée Live '25. Vont-ils tenir ? Le montage joue avec cette angoisse. Puis viennent les stades : Cardiff, Manchester, Dublin, le Brésil, la Corée du Sud, l'Argentine, et des inserts de Knebworth 1996 pour rappeler d'où vient cette ferveur. Will Lovelace et Dylan Southern, à qui l'on doit Shut Up and Play the Hits sur LCD Soundsystem et Meet Me in the Bathroom, filment surtout le public : des gens qui hurlent les paroles, s'accrochent les uns aux autres, pleurent, prient presque. Le film dure deux heures et le scénario porte la signature de Steven Knight, le créateur de Peaky Blinders, ce qui explique sans doute la construction en récit plutôt qu'en simple captation. Sony Music Vision présente, Disney distribue.
Ce que tu n'y trouveras pas, en revanche, c'est le règlement de comptes. Variety, dans l'une des critiques les plus tièdes, décrit deux frères en mode « meilleur comportement », presque tenus à distance par une communication bien rodée, et un Liam qu'un membre du groupe qualifie de très « business » en répétition. The Hollywood Reporter prévient aussi : ceux qui espèrent des détails croustillants sur la brouille ou sur la mécanique de la réconciliation resteront sur leur faim, c'est un film de célébration, où l'on passe l'éponge. Richard Lawson, qui signe cette critique, avoue pourtant avoir pleuré presque sans interruption à partir du premier quart d'heure. C'est le paradoxe du film : il ne dit rien de neuf sur les Gallagher, et il fait pleurer des critiques qui redoutaient de s'ennuyer. Sur Rotten Tomatoes, 92 % des douze premières critiques sont positives, Metacritic affiche 78 sur 100.

« Oasis saves » : le mot de la fin est pour Liam
Le film touche une seule fois à ce que la tournée a pu vouloir dire en 2025, et c'est Liam qui s'en charge, sur un montage rapide de Donald Trump, d'Elon Musk, de Keir Starmer et de robots qui tombent : quand Oasis s'est séparé, dit-il en substance, tout est parti en vrille, et les gens, plus que jamais, veulent s'échapper. Variety regrette que le documentaire ne creuse pas davantage cette idée d'une nostalgie britannique des années 1990 nourrie par le Brexit, le Covid et les Premiers ministres qui défilent. Il faut aller chercher les émotions dans les détails. Noel qui qualifie son frère de « délicieux », un mot qu'il concède n'avoir jamais imaginé prononcer à son sujet. Et la dernière réplique du film, que NME cite dans sa critique à quatre étoiles et demie : « Oasis saves ». Peter Bradshaw, dans le Guardian, met quatre étoiles à ce « film de tournée mammouth » et note à quel point les deux frères fonctionnent comme un duo comique. Robbie Collin, dans le Telegraph, met la même note, tout en regrettant le manque de potins.
Le film rappelle à quel point les frères Gallagher sont drôles sans effort, comme un grand duo comique.
Peter Bradshaw, The Guardian, critique du 5 septembre 2026
Quatre jours entre le Lido et l'IMAX
Le calendrier de sortie est le vrai pari. Avant-première britannique ce lundi 7 septembre au Cineworld de Leicester Square, à Londres, puis sortie mondiale en salles IMAX dès le mercredi 9 septembre, quatre jours après Venise, pour une exploitation limitée. En France, les salles IMAX ouvrent le 9 et le reste du circuit, UGC compris, suit le vendredi 11. Le film arrivera ensuite sur Disney+ plus tard dans l'année, et sur Hulu en plus aux États-Unis. Un documentaire musical qui passe du festival à l'IMAX en moins d'une semaine, c'est le signe que Disney le traite comme un événement de concert plus que comme un film d'auteur : le son, disent toutes les critiques, justifie à lui seul la grande salle. Et si tu as raté Live '25, la question que le film laisse ouverte concerne la suite. NME rapporte que le promoteur de la tournée a obtenu une licence pour organiser des concerts à Knebworth, que la rumeur d'une résidence à l'Etihad de Manchester enfle, et que Noel a glissé qu'il faudra bien faire quelque chose l'été prochain, faute de tournoi de football pour occuper les stades. Rien d'officiel. Mais un groupe qui se filme en train de se réconcilier ne le fait pas, en général, pour s'arrêter là.
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