Coyote vs. Acme : le film que Warner avait jeté à la poubelle démarre à 15,5 millions
Trois ans après l'annulation fiscale par Warner Bros., le Looney Tunes ressuscité par Ketchup Entertainment signe le plus gros démarrage de l'histoire de son distributeur indépendant, un CinemaScore A et 95 % de critiques positives. Deuxième derrière Spider-Man: Brand New Day, qui reste numéro un pour son cinquième week-end et dépasse Titanic.
Par Fred Ferrer, le 1 septembre 2026. Catégorie : Cinéma.
Samedi soir, une salle de quartier, des familles avec des enfants qui n'étaient pas nés quand le dessin animé passait à la télé. Les lumières s'éteignent, et sur l'écran, Vil Coyote lève une pancarte : « WHY ? ». La salle rit. Ce que la plupart des spectateurs ignorent, c'est qu'ils regardent un film qui, officiellement, n'existait plus. Pendant deux ans, Coyote vs. Acme a été un fantôme : terminé, testé, apprécié, puis rayé des comptes de Warner Bros. pour économiser des impôts. Ce week-end, le fantôme a rempli des salles.
Les chiffres du week-end du 28 au 30 août sont nets. Coyote vs. Acme encaisse 15,5 millions de dollars en Amérique du Nord, deuxième du classement, et 8,4 millions à l'international, soit 23,9 millions dans le monde d'après Cartoon Brew. C'est, de loin, le plus gros démarrage de l'histoire de Ketchup Entertainment, dont le précédent sauvetage de Warner Bros. Animation, The Day the Earth Blew Up, avait ouvert à 3,1 millions. Le public lui donne un CinemaScore « A », la presse 95 % de critiques positives sur Rotten Tomatoes. Devant lui, seul Spider-Man: Brand New Day tient encore la première place pour son cinquième week-end, avec 2,33 milliards de dollars dans le monde, quatrième plus gros succès de l'histoire, et le dépassement de Titanic au box-office américain que signale The Hollywood Reporter. Derrière, The Odyssey de Christopher Nolan à 14,3 millions, Insidious: Out of the Further à 10,1 millions, et The Dog Stars de Ridley Scott, dont on suivait la sortie, qui plafonne à 8 millions.
Pourquoi ça marche
Il y a d'abord le film lui-même. Réalisé par Dave Green, adapté d'une chronique d'Ian Frazier parue dans le New Yorker, Coyote vs. Acme raconte comment Vil Coyote, après des décennies de fusées ratées et d'enclumes tombées du ciel, attaque en justice la société Acme avec l'aide d'un avocat de seconde zone joué par Will Forte, face à un John Cena en avocat d'entreprise. Un mélange prise de vues réelles et animation à la Roger Rabbit, avec Lana Condor et Tone Bell. Il y a ensuite le bouche-à-oreille : quand on avait décortiqué son trailer final au Comic-Con, on sentait déjà que la nostalgie Looney Tunes touchait deux générations à la fois, les parents et leurs enfants. Et il y a l'histoire autour du film, ce David contre Goliath qui a transformé une sortie estivale en cause à défendre. Aller voir Coyote vs. Acme, ce week-end, c'était aussi voter.

Ce que Warner avait décidé d'effacer
Retour en 2023. Le film est terminé, budget d'environ 70 millions de dollars, produit à l'origine pour HBO Max. Les projections test sont bonnes. Warner Bros. Discovery décide pourtant de ne pas le sortir, du tout, nulle part, pour l'inscrire en perte et récupérer un crédit d'impôt, comme le studio l'avait déjà fait avec Batgirl et Scoob! Holiday Haunt. Le tollé est immédiat, des cinéastes aux fans en passant par des acteurs du film. Warner accepte finalement de le mettre en vente, et début 2025, Ketchup Entertainment, distributeur indépendant, décroche les droits mondiaux pour environ 50 millions de dollars. Le réalisateur Dave Green a résumé le week-end en trois mots sur ses réseaux : « WE WON ». L'analyste David A. Gross, cité par l'AP, est plus mesuré sur les recettes, mais souligne un accueil qui prépare une belle carrière en vidéo et en streaming familial.
« Les chiffres du box-office sont corrects, mais l'accueil est excellent. »
David A. Gross, analyste, pour Associated Press
Le trailer officiel de Coyote vs. Acme, publié par la chaîne du film au printemps. (source : Coyote vs. Acme)
Et les autres films qui dorment dans un tiroir fiscal ?
Soyons honnêtes sur l'échelle : 23,9 millions dans le monde ne remboursent pas encore les 50 millions payés par Ketchup, et encore moins les 70 millions de production. Ce n'est pas un raz-de-marée financier, c'est un succès d'estime devenu succès public modeste, avec une longue vie devant lui. Mais ce démarrage envoie un message aux studios qui préfèrent effacer un film fini plutôt que de le sortir : des spectateurs existaient, et ils sont venus. Batgirl, tourné, monté, jamais montré, reste enfermé. Combien d'autres longs-métrages, avec des équipes entières qui y ont mis deux ou trois ans de leur vie, dorment dans une ligne comptable ? Quand un studio « supprime » un film, il ne supprime pas seulement un actif : il efface le travail de centaines de personnes et le choix de millions de spectateurs. Coyote vs. Acme ne répond pas à cette question. Il la pose, bruyamment, et avec un bip-bip.
À surveiller : le deuxième week-end, qui dira si le bouche-à-oreille tient face à la rentrée, et la sortie française, que Ketchup n'a pas encore datée pour l'Hexagone. Si tu as un enfant qui découvre les Looney Tunes, ou si tu es cet enfant devenu adulte, c'est le film à aller voir en salle plutôt qu'à attendre en streaming. C'est précisément en salle qu'il a gagné son droit d'exister.