Paramount avale Warner Bros. le 6 octobre : Hollywood s'appellera Skydance
Une juge fédérale a validé l'accord avec douze États, dernier obstacle au rachat le plus cher de l'histoire d'Hollywood. Harry Potter, DC, Game of Thrones, Mission: Impossible et Top Gun passent sous un seul toit, avec 6 milliards de dollars d'économies annoncées. Tony Gilroy, lui, parle d'une tragédie.
Par Fred Ferrer, le 3 octobre 2026. Catégorie : Cinéma.
Regarde ton étagère de Blu-ray, ou ta liste « à voir plus tard » sur ton appli de streaming. Harry Potter. The Dark Knight. Top Gun: Maverick. Game of Thrones. Mission: Impossible. Le Seigneur des anneaux. Et, pour les souvenirs d'enfance, Bob l'éponge sur Nickelodeon. Jusqu'ici, ces films et ces séries appartenaient à des groupes concurrents qui se battaient pour ton attention et ton abonnement. Mardi 6 octobre, ils auront le même patron. Et ce patron a choisi un nom qui dit tout de son ambition : Skydance.
Le dernier verrou a sauté le mercredi 30 septembre. La juge fédérale Araceli Martínez-Olguín a approuvé l'accord passé entre Paramount et les douze procureurs généraux démocrates qui contestaient le rachat de Warner Bros. Discovery devant la justice, emmenés par celui de Californie, Rob Bonta. Le deal, évalué à 111 milliards de dollars et largement financé par la dette, avait déjà été validé par les régulateurs de 68 juridictions dans le monde, dont le ministère américain de la Justice. Le soir même, les deux groupes ont confirmé la date de clôture au 6 octobre. Le 2 octobre, David Ellison a annoncé sur X le nom de l'ensemble : Skydance Corp., du nom de la société de production qu'il avait fondée. Il la présente comme « une maison où la création passe en premier », dans une vidéo qui s'ouvrait sur un extrait de Titanic, un choix que Variety a jugé pour le moins malheureux vu la fin du voyage. Au-delà des deux studios, le groupe réunit HBO Max, Paramount+, CBS, CNN, MTV, TBS, Comedy Central ou encore Food Network. L'action passera du Nasdaq à la Bourse de New York, et son code de PSKY à SKYD.
Comment David Ellison a gagné
Il y a trois ans, David Ellison était surtout connu comme le fils de Larry Ellison, fondateur d'Oracle et l'une des plus grandes fortunes du monde, et comme le producteur de Top Gun: Maverick et de son milliard et demi de recettes. En quatorze mois, sa société a avalé deux studios historiques. La conquête de Warner a été une guerre d'usure : le conseil d'administration de WBD a rejeté ses offres huit fois, et David Zaslav lui a préféré Netflix en décembre 2025, quand la plateforme a signé pour racheter les studios et le streaming de Warner. Ellison a fini par surenchérir en février, avec une offre à 31 dollars par action, près de deux fois et demie le cours d'avant la bataille. Le ministère de la Justice a validé l'opération en juin sans aucune condition. Restait le procès des États, prévu pour mars 2027. En août, des fuites dans la presse ont laissé entendre qu'Ellison pourrait sortir Paramount de Californie si les procureurs ne le laissaient pas conclure. Un accord a été annoncé le 21 septembre.
L'argent vient de loin. Larry Ellison garantit personnellement 46,7 milliards de dollars de fonds propres, et environ 24 milliards ont été promis par les fonds souverains d'Arabie saoudite, du Qatar et des Émirats arabes unis, qui détiendront ensemble une part importante du capital du nouveau groupe, sans aucun droit de vote. À la tête de l'ensemble, Ellison partagera la direction avec Ynon Kreiz, ancien patron de Mattel et artisan du film Barbie, recruté comme co-PDG avec une prime d'arrivée de 31,5 millions de dollars en actions. Pendant ses huit ans chez Mattel, il a remis l'entreprise à flot, en passant notamment par des licenciements. Le reste de l'organigramme se dessine déjà : Casey Bloys, patron de HBO, doit superviser l'ensemble du streaming après le départ surprise de Cindy Holland, qui pilotait Paramount+. Côté cinéma, Michael De Luca et Pamela Abdy, qui dirigeaient les films Warner, quitteront le groupe, selon Variety, et Dana Goldberg et Josh Greenstein, à la tête des films Paramount, doivent superviser les deux studios.
Ce que contient l'accord avec les États
Aucune cession n'est imposée : ni CNN, ni CBS News, ni aucun studio ne sera vendu, alors que la Californie avait longtemps réclamé des remèdes structurels. En échange, le groupe s'engage à ne pas vendre les terrains des studios Paramount et Warner Bros. en Californie pendant au moins cinq ans, à dépenser au moins 300 millions de dollars de plus par an en production aux États-Unis, et à sortir au moins 30 films en salles sur les deux premières années, puis 32 par an les trois suivantes, avec une fenêtre de 45 jours avant le streaming pour les grosses sorties. Un comité de surveillance de l'indépendance éditoriale doit encadrer CNN et CBS News. S'il ne tient pas ses quotas de films, le groupe devra vendre Miramax et verser 30 millions de dollars par film manquant aux caisses de santé et de retraite des syndicats. La juge, qui avait prévenu en audience que son tribunal n'était pas une chambre d'enregistrement, a finalement estimé que l'accord répondait de façon juste, raisonnable et de bonne foi aux atteintes à la concurrence dénoncées.
Tout le monde n'a pas applaudi. Le procureur général du Connecticut, William Tong, réclamait la vente complète de CNN et de CBS News, et s'est dit « profondément déçu » que l'accord n'aille pas plus loin. Le sénateur Cory Booker, qui avait demandé à la juge un examen indépendant, a réagi le jour même : il s'inquiète pour les salariés, les artistes et les spectateurs qui paient toujours le prix des concentrations, et rappelle que les fusions passées ont apporté licenciements, projets abandonnés et hausses de prix. Côté finances, le défi est immense. Chez S&P Global, Jawad Hussain résume la priorité du groupe en une idée, faire baisser la dette le plus vite possible, et prévient que tout se jouera sur l'intégration. Il y a deux ans, Skydance produisait quelques films par an. La société pilote désormais l'un des plus gros groupes de médias de la planète.
Qui paie l'addition
Paramount a annoncé chercher environ 6 milliards de dollars d'économies, notamment en supprimant des postes dans les « opérations en doublon ». Traduction : deux services marketing, deux services juridiques, deux équipes de distribution, deux plateformes de streaming, et une seule qu'on garde. Variety rapporte que les équipes des deux groupes se préparent à des licenciements massifs. Pour les salariés qui perdront leur emploi, l'accord prévoit un fonds de 47,5 millions de dollars destiné à la formation et à la reconversion. Au même moment, David Zaslav quitte Warner Bros. Discovery avec au moins 550 millions de dollars en actions et en cash, dont 34,2 millions d'indemnités de départ. Fais le calcul : le parachute d'un seul dirigeant pèse plus de dix fois l'enveloppe prévue pour tous les salariés licenciés. Ce n'est pas un détail comptable, c'est un choix sur qui compte.

Le vendredi 2 octobre, à l'Alice Tully Hall de New York, Tony Gilroy a dit tout haut ce que beaucoup pensent. Le créateur d'Andor présentait Behemoth!, son nouveau film avec Pedro Pascal, en Centrepiece du New York Film Festival : un drame pour adultes à 36 millions de dollars, exactement le genre de film de budget moyen qui a longtemps fait vivre les salles et permis à des cinéastes comme lui de se faire un nom. Interrogé par Variety, il a rappelé que le public parle sans arrêt de films et de séries, que le business est sain, et que le démanteler relevait selon lui du gâchis.
Détruire l'architecture qui l'a rendu solide au nom du capital-risque, c'est tragique.
Tony Gilroy
Gilroy n'est pas seul. La coalition #BlockTheMerger a réuni plus de 5 700 signataires, acteurs, cinéastes et techniciens. La Ligue des citoyens latino-américains unis a alerté la juge sur un risque concret : un groupe unique pourrait investir moins dans les histoires des communautés noires et latinos que deux studios concurrents. Et on a déjà vu ce que la logique comptable fait aux films : Coyote vs. Acme, que Warner avait mis au placard pour une déduction fiscale, a fini par démarrer à 15,5 millions de dollars fin août chez un petit distributeur indépendant. Avec un studio de moins dans la course, combien de projets fragiles, originaux ou portés par des voix peu représentées trouveront encore preneur ? Ellison promet que Paramount et Warner Bros. garderont leur identité, et le patron français de Mediawan, Pierre-Antoine Capton, dit croire à son attachement au cinéma. Les quotas de l'accord forceront au moins le volume. Ils ne garantissent ni la diversité, ni l'audace.
Mardi 6 octobre, Ellison doit réunir les salariés en assemblée, puis tenir avec Kreiz une conférence de presse virtuelle à 19 h, heure de New York, soit 1 h du matin le 7 octobre à Paris. C'est là qu'on saura si HBO Max et Paramount+ fusionnent, ce que devient le DC Universe de James Gunn, et combien de postes sont visés. Si tu es abonné à l'une des deux plateformes, garde un œil sur ta boîte mail les prochaines semaines : les grandes fusions finissent rarement sans nouvelle grille tarifaire. Et pose-toi la question que les actionnaires ne poseront pas : quand cinq grands studios deviennent quatre, qui décide de ce que tu regarderas dans dix ans ?
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