Fire Emblem : Fortune's Weave, 89 sur Metacritic : le RPG tactique de l'année ?
Premier Fire Emblem pensé pour la Switch 2, sorti le 17 septembre, il égale Three Houses sur Metacritic et récolte 13 notes parfaites. Mais un reproche revient dans presque tous les tests.
Par Léo Martin, le 27 septembre 2026. Catégorie : Gaming.
Il est une heure du matin, ta Switch 2 chauffe un peu sur les genoux et tu fixes la carte depuis dix minutes. Ton archère préférée est à deux cases d'un chevalier ennemi qui peut la tuer d'un coup. Si tu avances, tu gagnes la bataille en trois tours. Si tu te trompes, tu la perds pour toute la partie, parce qu'en mode Classique, un personnage tombé ne revient jamais. Tu recommences le chapitre, évidemment. C'est exactement pour cette sensation, ce mélange de calcul et d'attachement, que des millions de joueurs attendaient le nouveau Fire Emblem. Et depuis le 17 septembre, la question n'est plus de savoir s'il est bon, mais à quel point.
La réponse de la presse tient en un chiffre : 89 sur Metacritic, sur la base de plus de cinquante critiques. Fire Emblem : Fortune's Weave, développé comme toujours par Intelligent Systems et exclusif à la Switch 2, décroche 13 notes parfaites selon le décompte de Vice, dont celles d'IGN, de VGC, d'Eurogamer et de Siliconera. Pour un RPG tactique, un genre souvent jugé exigeant et réservé à un public de niche, c'est un score qui le place parmi les jeux les mieux notés de 2026. Nintendo y croyait visiblement : l'éditeur lui avait consacré une présentation Direct entière le 4 août, un traitement réservé à ses plus grosses sorties.
Un 89 qui pèse lourd dans l'histoire de la série
Ce 89, c'est pile la note de Three Houses, l'épisode Switch de 2019 que beaucoup de fans considèrent comme le sommet moderne de la saga. GamesRadar+ rappelle toutefois que le record reste détenu par Awakening, sorti sur 3DS, avec 92. Le contraste est surtout frappant avec Fire Emblem Engage, le précédent épisode, resté à 80. En clair, Nintendo repasse d'un opus solide mais clivant à un jeu que la critique range de nouveau dans la catégorie des incontournables. Dans le détail, l'éventail des notes reste large : Destructoid met 9, Game Informer 8,75, Nintendo Life et GamesRadar+ 8. Côté français, Gamekult se montre plus réservé avec un 7. Ce n'est donc pas un consensus aveugle, mais une large majorité convaincue, avec une minorité qui aime le jeu tout en butant sur les mêmes points. Pour situer le moment : dans notre récap du Nintendo Direct du 9 septembre, Fortune's Weave tenait en une ligne, la confirmation de sa date de sortie. Dix jours plus tard, il est devenu le sujet de conversation principal de la communauté Switch 2.
Retour sur le continent de Three Houses
Fortune's Weave se déroule dans le même monde que Three Houses, mais déplace la caméra vers Dagda, un empire dont la capitale s'appelle Dagsion et dont le panthéon de dieux s'inspire ouvertement de la mythologie grecque. Au lieu d'un seul héros, le jeu en propose quatre, plus ton avatar personnalisable. Cai est le protagoniste de JRPG classique, qui se bat pour libérer son père emprisonné. Leda est une danseuse autodestructrice qui court après une vengeance. Theodora est la reine de Saramis, au cœur de la deuxième partie. Dietrich, enfin, apporte une profondeur supplémentaire à l'intrigue générale. RPG Site juge ces quatre histoires assez fortes pour mériter chacune leur propre jeu, ce qui n'est pas un petit compliment.
La structure suit trois grands actes. La première partie tourne autour d'un tournoi à Dagsion, dans l'arène, où tu choisis l'un des quatre protagonistes et découvres une conspiration en gagnant la confiance des guerriers que tu croises. La deuxième bascule dans la guerre contre l'Empire dagdan, et elle peut être passée lors d'une nouvelle partie, un vrai cadeau pour ceux qui voudront refaire l'aventure avec un autre héros. La troisième réunit enfin les quatre armées pour le final. C'est cette construction en fils entremêlés qui donne son nom au jeu, et c'est elle que la critique salue en premier.
L'un des RPG de stratégie les plus audacieux auxquels j'ai joué.
Dave Aubrey, VGC
Ce que la critique adore
Sur la grille, la formule reste celle qu'on connaît : des tours alternés, des armes, des montures et de la magie, avec des unités qui tissent des liens au fil des combats et débloquent des conversations de soutien. Intelligent Systems ajoute plusieurs couches. Les Trésors du Dragon sont des objets maudits qui donnent accès à des techniques appelées Blaze Arts, des attaques ou des bonus capables de renverser un affrontement. Les Bénédictions, accordées par les dieux du panthéon, fonctionnent comme des faveurs divines qui modifient ta stratégie. IGN estime que le jeu fait progresser son art tactique d'une manière que son testeur n'avait pas anticipée, et Gamereactor parle sans détour de l'un des meilleurs titres de l'année. Ce qui revient le plus, c'est la sensation d'un épisode qui reprend tout ce qui a fait la réussite de la série et le pousse plus loin, plutôt que de repartir de zéro comme Engage l'avait tenté.

Le reproche qui revient partout
Même chez ceux qui lui donnent 10, un mot revient : trop. Trop de contenu, trop de personnages, un rythme qui s'étire. Nintendo Life, qui met 8, pointe des problèmes de rythme et une hiérarchie entre protagonistes inutilement compliquée, qui finit par alourdir les chapitres tardifs. VGC, pourtant conquis, trouve que la montée des rangs de soutien tient un peu de la corvée, et que les batailles Clash, des donjons simplifiés où une équipe de cinq partage une seule barre de vie, ne constituent pas un grand système de combat, même s'il fonctionne. Autrement dit, le jeu est généreux jusqu'à l'excès. Pour un joueur qui cherche une aventure dense à savourer sur des mois, c'est une qualité. Pour celui qui a trois soirées par semaine et une pile de jeux en attente, ça peut vite devenir un mur.
La durée de vie illustre bien le problème. Le testeur de RPG Site a bouclé sa partie complète au bout de 161 heures. GamesRadar+ note qu'une semaine après la sortie, le site How Long To Beat n'avait toujours pas de données exploitables, tout simplement parce que les joueurs n'avaient pas encore eu le temps d'en voir le bout. VGC résume en parlant de ce qui pourrait bien être l'une des histoires les plus longues et les plus complexes jamais publiées par Nintendo. Pour une série qui a longtemps vécu dans l'ombre de Mario et Zelda avant que Awakening ne la sauve de l'arrêt, c'est une drôle de revanche : Fire Emblem est désormais assez gros pour qu'on lui reproche d'en faire trop.
La bande-annonce de lancement de Fire Emblem : Fortune's Weave, en version française. (source : Nintendo France)
Pour qui, et à quel rythme y jouer
Si tu as aimé Three Houses, la question ne se pose presque pas : tu retrouves son monde, sa logique de liens entre personnages et une ambition encore supérieure. Si tu découvres la série, le jeu reste abordable, à condition d'accepter que la première partie serve de longue mise en place. Un conseil pratique : choisis ton premier héros selon le ton que tu préfères, l'aventure classique avec Cai, le récit plus sombre avec Leda, la politique avec Theodora, et ne cherche pas à tout voir dès le premier passage. La possibilité de sauter la deuxième partie lors d'une nouvelle partie montre que le jeu est pensé pour être parcouru plusieurs fois, pas englouti d'une traite.
Bonne nouvelle pour les nouveaux venus : la mort permanente reste un choix, pas une obligation. En mode Classique, un personnage tombé au combat disparaît pour de bon, et chaque décision pèse. En mode Débutant, l'unité vaincue se retire simplement de la bataille et revient au chapitre suivant. Ce réglage se combine avec deux niveaux de difficulté, Normal pour ceux qui découvrent la série ou se situent entre deux eaux, Difficile pour les habitués des RPG tactiques. Côté technique, l'analyse de Digital Foundry rassure en partie : le jeu vise 30 images par seconde et les tient de façon stable, avec une image calculée en 720p sur téléviseur et 540p en portable, puis agrandie grâce au DLSS jusqu'à 1440p et 1080p. Ce n'est pas la vitrine graphique de la Switch 2, et l'absence de mode 60 images par seconde en décevra certains, mais c'est nettement plus stable que Fire Emblem Engage. Pour un jeu où l'on passe l'essentiel du temps à réfléchir sur une carte, c'est un compromis qui se défend.
Reste le calendrier, et il est cruel. Grand Theft Auto VI est attendu le 19 novembre, et la fin d'année va aspirer une bonne partie du temps de jeu de tout le monde. Fortune's Weave n'est pas un jeu qu'on termine en sept semaines sans sacrifier ses nuits. La bonne approche, c'est peut-être de le traiter comme une série télé au long cours : deux ou trois chapitres par semaine, sans pression, en acceptant de le reprendre après les fêtes. Il sera toujours là en janvier, et ses 161 heures aussi, qui ne vont nulle part en attendant que tu reviennes. Alors, ton archère, tu la joues prudente ou tu tentes le coup ?
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