World Press Photo 2026 : Carol Guzy gagne avec « Separated by ICE »
57 376 photos, 3 747 photographes, 141 pays. Le palmarès le plus important du photojournalisme.
Par Marius L., le 23 avril 2026. Catégorie : Photo.
Un couloir de tribunal, un néon, un homme qu'on emmène. Deux petites filles s'accrochent à sa chemise. Voilà la Photo de l'année 2026. Le 23 avril, la fondation World Press Photo a dévoilé à Amsterdam le palmarès de son 69e concours, et la récompense suprême revient à Carol Guzy, photojournaliste américaine, pour « Separated by ICE ». L'image a été prise le 26 août 2025 dans le Jacob K. Javits Federal Building, à New York, pour ZUMA Press et le Miami Herald. Elle montre l'arrestation par les agents de l'ICE (Immigration and Customs Enforcement) de Luis, un Équatorien sans casier judiciaire, à la sortie de son audience d'immigration, sous les yeux de sa femme Cocha et de ses trois enfants de 7, 13 et 15 ans.
Les chiffres du concours donnent la mesure du prix : 57 376 photos envoyées par 3 747 photographes de 141 pays. La Photo de l'année, c'est une image sur 57 000.
Une image qui dérange
Le jury mondial, présidé cette année par Kira Pollack (ancienne directrice photo de Time, aujourd'hui chercheuse au Shorenstein Center de Harvard), n'a pas choisi cette image pour son seul choc émotionnel. Pollack l'explique sans détour : « Ce qui est documenté ici n'est pas un malheur au hasard. Cela fait partie d'un schéma : une politique gouvernementale qui sépare les familles, appliquée systématiquement, à grande échelle. » Et d'ajouter : « La photo n'est pas seulement émouvante. C'est un document. » Le jury reconnaît que le choix a fait débat en interne, certains redoutant une image de plus de femmes latinas en détresse. C'est la valeur de témoignage direct qui a tranché.
Carol Guzy a 70 ans. Elle est la première journaliste à avoir remporté quatre fois le prix Pulitzer (1986, 1995, 2000 et 2011), pour le Miami Herald puis le Washington Post, et couvre les catastrophes et les drames humains depuis quarante ans. Sa réaction à l'annonce tient en une phrase : « Je ne pense pas que ce prix soit pour moi. Il est pour les gens sur les photos et pour tous ceux qui sont concernés par cette question en ce moment. » Son image vient d'un travail au long cours sur les audiences d'immigration à New York, pas d'un coup de chance.
Les deux finalistes
Deux finalistes accompagnent Guzy. Le photographe palestinien Saber Nuraldin, pour « Aid Emergency in Gaza », pris pour EPA Images au point de passage de Zikim le 27 juillet 2025 : des Palestiniens grimpent sur un camion d'aide humanitaire pendant une pause dans les combats, le chaos de la distribution en une seule image. Et Victor J. Blue, pour The New York Times Magazine, avec « The Trials of the Achi Women » : des femmes mayas achi devant un tribunal de Guatemala City le 30 mai 2025, le jour où trois anciens patrouilleurs de défense civile ont été condamnés à 40 ans de prison pour viols et crimes contre l'humanité. Trois continents, trois façons de dire la violence sans la montrer frontalement.
Pas d'IA dans les images primées
Rappel utile : World Press Photo interdit toute image générée ou modifiée par IA générative en compétition, et chaque photo primée passe par une vérification forensique des fichiers bruts. Kira Pollack le dit elle-même : « À l'ère de l'intelligence artificielle et de la manipulation numérique accélérée, le processus de vérification de World Press Photo est sans compromis. » Chaque lauréat, précise-t-elle, a gagné sa place « sur la force de sa vision, mais aussi sur la base de son authenticité ». Dans un monde où une image synthétique se fabrique en dix secondes, c'est devenu l'argument principal du prix.
L'exposition des lauréats ouvre le 24 avril 2026 à la Nieuwe Kerk d'Amsterdam, jusqu'au 27 septembre, avant de tourner dans plus de quarante villes, dont Londres, Vienne, Turin et Montréal. Aucune étape française n'est annoncée pour l'instant : si tu veux voir ces images en grand, le plus simple reste un aller-retour à Amsterdam.
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