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Tesla FSD recalé en France : vraie question de sécurité ou protection de l'industrie auto ?

Le ministre des Transports Philippe Tabarot a répondu en vidéo à un citoyen sur la plateforme Agora : le FSD de Tesla ne sera pas autorisé en l'état. Excès de vitesse, attention du conducteur, les arguments sont posés. Mais quand on regarde les chiffres des pays voisins qui l'ont validé, une autre question émerge.

Par Julien S., le 22 juillet 2026. Catégorie : Tech & IA.

Imagine la scène. Tu roules dans une Model 3 du côté d'Amsterdam, les mains posées sur les genoux, prêt à reprendre le volant. La voiture négocie un rond-point, s'insère sur l'autoroute, gère un changement de voie. Tout ça est légal aux Pays-Bas depuis avril. Maintenant tu passes la frontière belge : toujours légal. Tu arrives en France : coupé. Le même logiciel, la même voiture, mais plus le droit. Un citoyen prénommé Ludovic a posé la question qui fâche sur la plateforme gouvernementale Agora : pourquoi ?

Sa question, publiée sur Agora, ce dispositif où les citoyens interrogent directement les ministres et reçoivent une réponse en vidéo : « La conduite autonome supervisée homologuée aux Pays-Bas pourrait contribuer à sauver des vies en limitant les erreurs humaines. La France envisage-t-elle de l'autoriser prochainement ? ». Le 22 juillet 2026, le ministre des Transports Philippe Tabarot lui a répondu face caméra. Et la réponse est un non poli, mais un non quand même.

Ce que le ministre reproche au FSD

Deux griefs principaux. D'abord la vitesse : selon le ministre, le FSD peut caler son allure sur le trafic environnant et rouler à 70 km/h sur une route limitée à 50, sans demande explicite du conducteur. Dans certains cas, l'écart atteindrait 50 % au-dessus de la limite. Ensuite l'attention : le système ne garantirait pas « un niveau d'attention optimal du conducteur » en ville, sur les changements de voie, les intersections et les ronds-points. Et pendant ce temps, la responsabilité pénale en cas d'accident reste entièrement sur les épaules du conducteur.

Les contreparties en termes de sécurité ne sont pas encore suffisantes pour une autorisation en l'état.

Philippe Tabarot, ministre des Transports
Portrait de Philippe Tabarot, ministre des Transports, devant un drapeau européen
Portrait de Philippe Tabarot, ministre des Transports, devant un drapeau européen (© Wikimedia Commons)

Des chiffres qui racontent une autre histoire

Le hic, c'est que les voisins ont regardé le même dossier et conclu autrement. Le 10 avril 2026, la RDW, l'autorité néerlandaise d'homologation, a validé le FSD supervisé après 18 mois de tests, 1,6 million de kilomètres parcourus sur routes européennes et plus de 4 500 scénarios vérifiés sur piste. Depuis, le système roule aux Pays-Bas, en Lituanie, en Estonie, au Danemark et en Belgique. Côté statistiques, le rapport de sécurité publié par Tesla revendique une collision majeure tous les 8,5 millions de kilomètres avec FSD activé, contre environ 1,1 million de kilomètres pour la moyenne des conducteurs nord-américains. Presque un facteur huit.

Soyons honnêtes sur la limite de l'exercice : ces chiffres viennent de Tesla, et le régulateur américain NHTSA a ouvert une enquête sur 3,2 millions de véhicules concernant le comportement du FSD par faible visibilité. La techno n'est pas parfaite, personne ne dit le contraire. Mais l'argument « pas assez fiable » devient plus fragile quand cinq pays européens, avec les mêmes normes UE que nous, ont jugé le niveau de sécurité acceptable. La sécurité routière néerlandaise ne vaut pas moins que la nôtre.

La question qu'on a le droit de poser

Alors on peut légitimement se demander si la sécurité est la seule variable de l'équation. Regarde l'état de l'industrie locale : Stellantis a abandonné en 2026 son programme AutoDrive de conduite autonome de niveau 3, jugé trop coûteux. Renault se concentre sur son « Safety Coach », des aides à la conduite classiques, sans ambition d'autonomie réelle à court terme. Chez les constructeurs européens, seuls Mercedes et BMW proposent un niveau 3 commercial, facturé environ 6 000 euros sur des berlines haut de gamme. Pendant ce temps, Tesla vend son FSD 99 euros par mois, y compris en France où il ne fonctionne qu'en version bridée, comme on te le racontait en mai au moment où la marque a basculé l'Autopilot en abonnement. Tout laisse penser qu'une autorisation du FSD mettrait une pression énorme sur des industriels français et européens qui n'ont rien d'équivalent à vendre. On ne dit pas que c'est la raison du refus. On dit que la question mérite d'être posée, et que la réponse du ministre ne l'aborde jamais.

La réponse vidéo de Philippe Tabarot sur Agora : Voir la vidéo

La porte n'est pas fermée à double tour pour autant. Tabarot promet des échanges techniques continus avec les Pays-Bas et Tesla, une rencontre avec l'écosystème français du véhicule autonome à l'automne, et il vise des véhicules autonomes certifiés sur nos routes d'ici 2027. À surveiller dans les prochains mois : cette réunion d'automne et les ajustements que Tesla acceptera (ou pas) de faire sur la gestion des limitations de vitesse. Si tu roules en Tesla en France, ton FSD à 99 euros par mois reste pour l'instant un abonnement à une promesse.