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Instagram bannit les vidéos filmées en douce avec les lunettes Ray-Ban Meta

Des créateurs se sont construit des audiences entières en filmant des inconnues sans leur accord, lunettes sur le nez. Meta ferme le robinet, supprime les vidéos, bannit les récidivistes, et coupe la caméra si le témoin lumineux est trafiqué.

Par Maïa Devos, le 30 juillet 2026. Catégorie : Culture.

Tu es dans le métro, assise en face de quelqu'un qui porte des lunettes de soleil épaisses. Rien d'anormal, il fait 33 degrés dehors. Sauf que tu n'as aucun moyen de savoir si ces lunettes-là sont en train de te filmer, ni où la vidéo finira dans deux heures. C'est exactement le problème que Meta vient de reconnaître, huit ans après avoir lancé le produit.

Fin juillet, Adam Mosseri, le patron d'Instagram, a confirmé que la plateforme supprimait désormais les vidéos filmées avec des lunettes connectées quand elles servent à harceler des inconnus dans l'espace public. Dans le viseur : les vidéos dites de drague, où un créateur aborde des femmes dans la rue en filmant leur réaction à leur insu, et les pranks du même acabit.

Si vous publiez du contenu qui profite des gens et les harcèle, comme beaucoup de ces vidéos de drague...

Adam Mosseri, patron d\

Ce ne sont pas des sanctions théoriques. Deux comptes majeurs de ce créneau, chacun au-dessus du million d'abonnés, ont été désactivés. Pour des audiences bâties précisément sur ce format, la mesure ne se contourne pas avec un changement de titre.

Le vrai correctif est ailleurs

La partie la plus intéressante de l'annonce n'est pas la modération, c'est la mise à jour logicielle qui l'accompagne. Les Ray-Ban Meta désactivent désormais leur caméra si l'utilisateur cherche à masquer la petite LED qui clignote pendant l'enregistrement. Certains perçaient des trous, d'autres collaient un morceau de film opaque. Le correctif revient à admettre une chose gênante : le voyant, seule garantie visible pour les personnes filmées, ne servait à rien du moment qu'on avait un cutter.

Il faut quand même mesurer ce que ça règle et ce que ça ne règle pas. Meta modère la diffusion sur ses propres plateformes, pas la captation. Les mêmes vidéos continuent de circuler sur TikTok, sur Telegram, dans des boucles privées. Et la personne filmée n'a toujours aucun moyen de savoir qu'elle l'a été, ni de demander le retrait d'un contenu qu'elle ne verra probablement jamais.

On parlait ici il y a quelques semaines des lunettes connectées de Samsung présentées au Galaxy Unpacked, et avant ça du pari Gemini de Google. Trois grands acteurs poussent le même produit vers le grand public en même temps. Chacun arrivera avec sa propre politique de modération, écrite par ses propres équipes, révisable quand ça l'arrange. Ce qui pose une question qu'aucun communiqué produit ne traite : quand la vie privée dans l'espace public ne tient plus qu'aux conditions d'utilisation d'une entreprise, qu'est-ce qui protège réellement les gens filmés ?