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Gracie Abrams divise la critique avec Daughter from Hell, son album le plus personnel

Sorti le 17 juillet, le troisième album de la songwriteuse oscille entre « son meilleur disque » pour Rolling Stone et « plus laborieux qu'éclairé » pour NME. Un grand écart qui raconte quelque chose de la pop confessionnelle en 2026.

Par Myriam Aït, le 21 juillet 2026. Catégorie : Musique.

Vendredi soir, tu lances l'album au casque, et dès le titre d'ouverture tu comprends que tu vas devoir choisir un camp. Daughter from Hell, sorti le 17 juillet chez Interscope, est le genre de disque qui ne laisse pas la place au tiède : soit tu fonds devant la mise à nu, soit tu décroches devant l'exercice. La critique anglo-saxonne, elle, a choisi ses camps avec une violence rare. Rolling Stone dégaine un 90 sur 100 et parle du meilleur disque de la chanteuse. NME, à l'inverse, démonte un album qu'il juge poussif. Résultat des courses sur Metacritic : 63 sur 100, la moyenne la plus écartelée de l'été.

Sur le papier pourtant, tout était aligné. Trois ans après The Secret of Us, Gracie Abrams a enregistré ce troisième album entre Electric Lady, le studio new-yorkais mythique, et le Long Pond d'Aaron Dessner, le refuge du guitariste de The National devenu l'adresse la plus courue de la pop confessionnelle. Le morceau-titre est une lettre d'excuse à ses parents, un geste d'autant plus chargé quand on s'appelle Abrams et qu'on a grandi dans l'ombre d'un père réalisateur célébrissime. C'est frontal, intime, parfois inconfortable. Exactement ce que ses fans attendaient, et exactement ce que ses détracteurs redoutaient.

90 pour Rolling Stone, la porte pour NME

Son meilleur disque.

Rolling Stone

Plus laborieux qu'éclairé.

NME

Entre les deux, Pitchfork pose un 6.2 poli et Consequence reste sur la réserve. Ce qui frappe, c'est que tout le monde décrit le même disque : des textes à vif, une production feutrée signée Dessner, une voix qui chuchote plus qu'elle ne chante. Là où Rolling Stone entend une artiste qui atteint enfin sa pleine maturité d'écriture, NME entend une formule, celle de la vulnérabilité mise en musique, appliquée avec application mais sans étincelle. Le désaccord ne porte pas sur l'exécution. Il porte sur la question qui hante toute la pop confessionnelle depuis quelques années : à force d'être un genre à part entière, avec ses studios attitrés et ses codes, la mise à nu est-elle encore un geste ou déjà un format ?

La vulnérabilité, geste ou format ?

C'est la même école d'écriture que celle de Phoebe Bridgers, dont on te parlait au moment de l'annonce de son troisième album et de sa tournée The Lost Tour : le journal intime en chansons, hérité de folklore et porté par toute une génération de songwriteuses. Sauf que le genre arrive à saturation, et Daughter from Hell devient malgré lui le disque-test : celui sur lequel la critique règle ses comptes avec un format plus qu'avec une artiste. Notre conseil : écoute-le sans lire les notes d'abord, en commençant par le morceau-titre. Si la lettre aux parents te serre la gorge, le 90 de Rolling Stone est pour toi. Sinon, tu sauras que NME avait mis des mots sur ton ennui. Dans les deux cas, le vrai verdict tombera sur scène : c'est en live que ces chansons chuchotées se défendent, ou s'effondrent.