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Parc Dragon Ball en France : Toei Animation dément avoir accordé la moindre licence

Une semaine après l'annonce en fanfare d'un méga-projet saoudien à six milliards d'euros près de Cergy-Pontoise, le studio japonais publie une mise au point sèche : aucune licence accordée, aucune information factuelle sur ce parc. Et les visuels qui circulaient venaient en réalité du parc saoudien de Qiddiya.

Par Maïa Devos, le 3 septembre 2026. Catégorie : Animé.

Parc Dragon Ball en France : Toei Animation dément avoir accordé la moindre licence

Le communiqué tient en cinq paragraphes et il est glacial. Le 31 août, Toei Animation a publié une mise au point sur le parc à thème Dragon Ball que la France s'apprêtait, selon plusieurs médias, à voir sortir de terre dans le Val-d'Oise. Le studio japonais qui produit la série depuis 1986 y explique, en substance, qu'il n'a rien signé, rien autorisé, et qu'il n'est même pas au courant. Une semaine plus tôt, l'Élysée déroulait pourtant le tapis rouge à un projet à six milliards d'euros.

Reprenons depuis le début. Le 24 août, à l'occasion de la visite du prince héritier Mohammed ben Salmane, la présidence française officialise un protocole avec Qiddiya Investment Company, la filiale loisirs du fonds souverain saoudien. Au menu : jusqu'à trois grands parcs à thème sur l'ancien site de Mirapolis, à Courdimanche, près de Cergy-Pontoise. Six milliards d'euros sur la durée du projet, 22 000 emplois directs annoncés, 80 000 indirects. Du jamais vu depuis Disneyland Paris, résume la communication officielle. Dans la foulée, la presse s'emballe sur un détail qui parle à toute une génération : l'un de ces parcs serait consacré à Dragon Ball.

Ce que Toei a écrit, noir sur blanc

Notre société ainsi que les différentes sociétés détentrices des droits concernées n'ont accordé aucune licence concernant ce projet et ne disposent d'aucune information factuelle à son sujet.

Toei Animation, communiqué du 31 août 2026

Le studio ne s'arrête pas là. Il ajoute que les images et les vidéos du parc qui ont illustré tous ces articles proviennent d'une autre annonce : celle faite conjointement le 22 mars 2024 avec Qiddiya, pour un parc situé à Qiddiya City, en Arabie saoudite. Ces visuels, précise Toei, n'ont absolument aucun rapport avec le projet français. Traduction : pendant une semaine, une partie de la presse a illustré un parc francilien avec les plans d'un parc saoudien, sans que personne ne remarque le tour de passe-passe.

Le détail est savoureux, parce que le parc saoudien a été vendu en 2024 comme le seul parc Dragon Ball au monde. Plus de 500 000 mètres carrés, sept zones inspirées des sept boules de cristal, une trentaine d'attractions et un Shenron géant enroulé autour d'une tour. Difficile de promettre l'exclusivité mondiale à un partenaire et d'ouvrir un second parc à 4 000 kilomètres de là sans que le sujet soit au moins abordé.

Le texte officiel ne parle jamais de Dragon Ball

Voilà où l'affaire devient intéressante. En allant lire la déclaration commune publiée par l'Élysée, on ne trouve nulle part les mots Dragon Ball. Le texte évoque la volonté de Qiddiya de développer une destination à parcs multiples à Cergy-Pontoise, mêlant divertissement, loisirs, hôtellerie, culture et sport, avec jusqu'à trois grands pôles de divertissement pour environ six milliards d'euros. Pas une licence, pas un personnage, pas une franchise. Le nom de Dragon Ball vient d'ailleurs : de la passion pour la série que Macron et le prince héritier se sont découverte en 2024, et du parc saoudien déjà existant. Le raccourci s'est fait tout seul, et personne côté français n'a pris la peine de le corriger avant que Tokyo ne s'en charge.

Autre nuance qui compte : un protocole n'est pas un contrat. Le document signé le 24 août ouvre une phase de travail commun destinée à définir le périmètre du projet, son modèle de développement et son cadre contractuel. Le président de la région a lui-même reconnu qu'il restait beaucoup de travail et de coordination locale à mener. Autrement dit, on est à l'étape où l'on se serre la main, pas à celle où l'on coule le béton.

Au Japon, le projet passe déjà mal

Le démenti de Toei arrive dans un climat qui n'a rien de neutre. Kazuhiko Torishima, l'éditeur historique qui a façonné Dragon Ball aux côtés d'Akira Toriyama, a critiqué publiquement la logique de ces parcs : agir uniquement pour le profit à court terme, c'est perdre de vue ce qu'est le manga. Il a même affirmé qu'il n'aurait pas validé le projet saoudien s'il était encore aux commandes. À Kiyosu, la ville natale de Toriyama, le maire Sumio Nagata s'est dit surpris d'apprendre par la presse qu'un parc européen s'apprêtait à exploiter l'œuvre de son plus illustre habitant, rappelant qu'il faut prendre soin de son patrimoine culturel.

Rien de tout cela n'enterre le projet de Cergy-Pontoise. Six milliards d'euros et un fonds souverain motivé, ça ne s'évapore pas à cause d'un communiqué. Mais l'épisode rappelle une règle simple que l'enthousiasme fait souvent oublier : dans le manga, les droits appartiennent à des ayants droit japonais qui décident seuls, et qui n'ont visiblement pas apprécié d'apprendre la nouvelle en même temps que tout le monde. Le vrai signal à guetter dans les mois qui viennent n'est pas une maquette ni un rendu 3D, c'est une ligne beaucoup plus sobre : un communiqué conjoint de Toei Animation et de Shueisha confirmant une licence pour la France. Tant qu'il n'existe pas, le parc s'appelle juste parc.

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