L'Odyssée : Nolan touche au sublime, et nous emmène avec lui
Deux heures cinquante-trois tournées entièrement en IMAX 70 mm, Matt Damon en Ulysse usé jusqu'à l'os, Tom Holland en Télémaque qui grandit sous nos yeux. Le film le plus cher de Nolan est aussi l'un de ses plus beaux.
Testé par Neva Vidal, le 2 septembre 2026. Note : 9.5/10.
Verdict : Un péplum qui n'a peur de rien : ni de la durée, ni du silence, ni du mythe. Nolan filme Homère comme un film de guerre et une histoire de famille à la fois, et chaque plan justifie le prix du billet IMAX. On sort de la salle sonné. Un des meilleurs films de sa carrière.
Christopher Nolan a fait ce que personne n'avait osé : tourner un film entier avec des caméras IMAX 70 mm. Pas quelques séquences comme dans Oppenheimer, la totalité, plus de 600 kilomètres de négatif 65 mm. Et il l'a fait pour Homère. L'Odyssée est sorti le 15 juillet chez nous, deux jours avant les États-Unis, avec le plus gros budget de sa carrière, 250 millions de dollars. On l'a vu sur le plus grand écran qu'on a trouvé, et on va être directs : c'est le film de l'été, et probablement de l'année.
Tu connais l'histoire : Ulysse rentre de Troie, dix ans d'errance, des monstres, des dieux qui jouent avec lui. À Ithaque, Pénélope tient tête aux prétendants, dont un Antinoos joué par Robert Pattinson, et leur fils Télémaque part chercher un père qu'il n'a jamais connu. La surprise, c'est la structure. Nolan, le roi du puzzle temporel, choisit ici une narration presque linéaire, qui alterne le voyage du père et celui du fils comme un Parrain 2 antique, avec des récits enchâssés qui s'ouvrent au coin d'un feu. C'est limpide, et cette clarté donne au film une force de frappe qu'on ne lui avait pas vue depuis Dunkerque.
Le plus grand écran du monde, et il le remplit
Ce que l'IMAX 70 mm fait à ce film ne se raconte pas, ça se vit. La mer couleur de vin, les torches dans la nuit, les visages en très gros plan sur six étages d'écran. Tout est tourné en décors réels, en Italie, en Islande, en Grèce, au Maroc, en Écosse, avec des effets pratiques partout où c'était possible. La séquence du Cyclope est de celles qu'on se raconte en sortant, les Sirènes coupent le souffle, et la bataille navale te colle au fauteuil. Hoyte van Hoytema signe ici le plus beau travail de sa carrière, et il avait déjà Interstellar et Oppenheimer derrière lui. Une précision : il n'existe qu'une quarantaine de salles IMAX 70 mm dans le monde, une seule en France. Même en IMAX laser ou sur un grand écran classique, l'échelle du film reste écrasante.

Damon, Hathaway, Holland : trois façons d'attendre
Matt Damon joue l'épuisement. Son Ulysse ne fanfaronne jamais, il encaisse, il ruse, il se tait, et quand il craque enfin, la salle craque avec lui. Anne Hathaway est la révélation du film : sa Pénélope tient Ithaque à bout de bras avec une intelligence et une colère rentrée qui font d'elle la vraie héroïne du récit. Et Tom Holland. On l'attendait au tournant, on l'a trouvé au sommet. Son Télémaque passe de l'adolescent en colère à l'homme qui comprend ce qu'être un fils veut dire, avec une retenue qu'on ne lui avait jamais vue. Plusieurs critiques parlent du meilleur rôle de sa carrière, et c'est exactement ce Holland-là, plus intérieur, qu'on retrouve ensuite dans Brand New Day. Autour d'eux, Zendaya campe une Athéna glaciale, Samantha Morton une Circé inoubliable, Charlize Theron une Calypso qui aurait mérité plus de scènes.
Ce qu'on peut lui reprocher
Un film de 2 h 53 n'est jamais parfait, et celui-ci a ses creux. Deux batailles sont montées trop serré et perdent en lisibilité, certains plans nocturnes tirent vers le trop sombre, et le deuxième tiers respire un peu plus qu'il ne devrait. Les déesses, aussi bien jouées soient-elles, servent souvent de somptueux décors plutôt que de personnages, alors que le texte d'Homère leur donnait un vrai pouvoir. Les puristes grinceront aussi devant quelques libertés prises avec le mythe. Une partie de la critique a trouvé le film « plus facile à respecter qu'à aimer ». On n'est pas d'accord : nous, on a été émus, et pas qu'un peu.
9,5, et pourquoi pas 10
Les chiffres confirment ce que la salle ressent. 96 % sur Rotten Tomatoes, un record pour Nolan, 91 sur Metacritic, son deuxième meilleur score derrière Dunkerque. En France, 4,1/5 pour la presse sur AlloCiné, 4,3/5 côté spectateurs, 233 000 entrées le premier jour et près de 7 millions au total. Dans le monde, 1,56 milliard de dollars, ce qui fait de L'Odyssée le plus gros succès de la carrière de Nolan et le film interdit aux moins de 17 ans le plus rentable de l'histoire aux États-Unis. Pour nous, il rejoint Dunkerque et Interstellar tout en haut de sa filmographie. Le demi-point manquant, c'est ce milieu de film un peu lâche. Le reste est du grand cinéma. Va le voir sur le plus grand écran que tu trouves, tant qu'il est encore à l'affiche.