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Carly Rae Jepsen, Day and Night : un double album de 24 titres, son plus audacieux

Quinze ans après Call Me Maybe, la Canadienne coupe son huitième album en deux : une face jour folk et psychédélique, une face nuit taillée pour le club. La critique lui offre la meilleure moyenne de sa carrière.

Par Myriam Aït, le 22 septembre 2026. Catégorie : Musique.

Carly Rae Jepsen, Day and Night : un double album de 24 titres, son plus audacieux

Été 2012. Tu ne peux pas y échapper : à la radio, dans les soirées, dans les vidéos de sportifs qui font du playback dans un bus, partout la même phrase, « Hey, I just met you ». Pendant des années, Carly Rae Jepsen a été ça, la fille de Call Me Maybe, un tube tellement énorme qu'il a failli tout recouvrir. Quatorze ans plus tard, elle sort un double album de 24 titres, le huitième de sa carrière, et la presse musicale anglo-saxonne s'accorde à dire que c'est son disque le plus aventureux. Day and Night est sorti le vendredi 18 septembre chez Schoolboy et Interscope, et il affiche déjà la meilleure moyenne critique de toute sa discographie, 83 sur Metacritic.

Le jour : guitares, soleil et bossa nova

Le principe est simple, douze titres pour le jour, douze pour la nuit, une heure vingt-cinq au total. La face « Day » surprend le plus. Jepsen y abandonne les synthés brillants qui ont fait sa réputation pour des instruments joués en live et des influences pop psychédélique des années 1970. NME décrit Burning Heart comme du rock psychédélique fait pour rouler de nuit sur l'autoroute, Wild Child comme une ballade de feu de camp, et Just A Little Walk On The Moon comme une bossa nova fantaisiste. Good Fine Alright joue la carte du tempo moyen rêveur. C'est la moitié que plusieurs critiques jugent la plus audacieuse, justement parce qu'on ne l'attendait pas là. Derrière une grande partie de ces chansons, on retrouve Cole M.G.N., musicien et producteur qu'elle a épousé l'an dernier, et dont l'influence se sent dans cette envie de sons plus organiques.

La nuit : ABBA, house et disco

La face « Night » ramène Jepsen sur son terrain, mais en mieux habillée. Don't Leave Me On The Dancefloor, sorti en single début août, emprunte ouvertement à ABBA. Motivation tire vers la house et se présente comme une fête de famille, Amalfi Coast fait du disco ensoleillé, et Near Or Far, mélancolique, rappelle Everything But The Girl selon NME. La production passe par des noms que ses fans connaissent bien, comme Noonie Bao et Patrik Berger, déjà au cœur de ses disques précédents. Quatre singles ont préparé le terrain depuis l'annonce du 22 juin : On Wires, After All, Don't Leave Me On The Dancefloor puis Motivation. Écoutés dans l'ordre de l'album, les deux disques racontent une même histoire d'amour, du voyage en tournée à travers l'Europe jusqu'à la vie de couple, avec cette idée qui traverse tout le disque : le désir et la stabilité peuvent cohabiter.

C'est l'œuvre la plus expérimentale et la plus grisante de Jepsen.

Rolling Stone

Rolling Stone lui donne quatre étoiles et parle d'un carnet de voyage amoureux, autant dans la musique que dans les paroles. NME la sacre reine d'une pop accrocheuse mais pleine de nuances, dont les meilleures chansons sonnent comme d'énormes tubes même quand les classements ne suivent pas. Et c'est tout le paradoxe Jepsen : depuis Emotion en 2015, elle a sorti des disques adorés par la critique et par une communauté fidèle, sans jamais retrouver l'impact commercial de 2012. Ce statut d'artiste culte lui laisse une liberté rare, celle de sortir un double album de 85 minutes à une époque où les plateformes poussent à raccourcir. Seul bémol relevé par quelques critiques : cette longueur, justement, qu'on aurait pu resserrer.

Une artiste qui a toujours eu une face B

Au fond, ce double album n'est pas une rupture mais l'aboutissement d'une vieille habitude. Jepsen écrit énormément, et elle a toujours refusé de laisser dormir les chansons qui ne rentraient pas dans un disque. Après Emotion, elle avait publié Emotion: Side B en 2016, huit titres jugés par beaucoup de fans aussi bons que l'album lui-même. Même chose avec Dedicated, suivi de Dedicated Side B en 2020. Puis The Loneliest Time, en 2022, a reçu un an plus tard un disque jumeau, The Loveliest Time, plus lumineux. Day and Night assume enfin ce fonctionnement en deux temps dès le départ : plutôt qu'un album suivi d'une face B, deux faces pensées ensemble, qui se regardent. Pour une chanteuse qu'on a longtemps résumée à un refrain, c'est une manière élégante de rappeler qu'elle est avant tout une autrice, capable de tenir la distance sur vingt-quatre chansons sans se répéter.

Par où commencer ? Si tu viens pour la Carly que tu connais, lance Don't Leave Me On The Dancefloor, puis Amalfi Coast, et laisse la nuit faire son travail. Si tu veux comprendre pourquoi la critique s'enflamme, commence plutôt par Burning Heart, fenêtre ouverte et volume un peu trop fort. Et si tu veux l'écouter d'une traite, comme elle l'a pensé, garde une heure et demie devant toi, casque sur les oreilles. La chanteuse enchaîne avec l'All Things Go Festival le 27 septembre, premier test sur scène de ce disque en deux temps.

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