Ils ont fait renaître la Terre du Milieu dans la Vienne, et 2,5 millions de personnes ont regardé
Par Marius L., le 29 juillet 2026. Catégorie : Photo.
Il y a des projets qui commencent par un budget et un plan de financement. Celui-là a commencé par une envie, et par les soirées d'un auditeur comptable de la Vienne.
Jean Aballea photographie depuis douze ans. Auditeur comptable de profession, il consacre le reste de son temps à construire patiemment une série consacrée à l'univers du Seigneur des Anneaux, sous le nom d'ABL Photographie. En janvier 2026, il organise un premier shooting avec une vingtaine de personnes. L'ambiance est bonne, les images fonctionnent, et tout le monde repart avec la même idée en tête : recommencer, en plus grand.
Six mois plus tard, ils sont une soixantaine.
Les coulisses des deux journées de tournage à Nouaillé-Maupertuis (source : Benjamin Tantot)
Cinq mois dans l'ombre
Les 4 et 5 juillet 2026 ne représentent que deux journées. Elles sont le résultat de près de cent cinquante jours de préparation. Pendant cinq mois, les soirées passent en repérages, demandes d'autorisation, coordination d'équipes et logistique équestre. Six espaces de discussion sont créés pour faire avancer les groupes en parallèle : soldats, vidéastes, logistique, chevaux, assistants, organisation générale.
Les repérages se font en fonction de la lumière attendue le jour du tournage. À quelle heure le soleil traverse-t-il cette clairière ? Dans quelle direction partira la fumée ? Où placer les cavaliers ? Autant de questions tranchées avant la première prise de vue.
Le casting se construit de la même façon, au fil des semaines. L'association Galadhrim Dagnir confirme la présence de quatorze rôdeurs. Depuis Lyon, plusieurs Gondoriens répondent présents avec leurs armures réalisées par le créateur Vexod14. Sept orcs complètent les factions. Côté image, Benjamin Tantot, connu sous le nom de Derrière la Caméra, apporte son expertise vidéo et drone, rejoint par Thibault Perroy d'Arkenys Productions.
Trente-deux d'entre eux porteront un costume. Les autres font tourner les deux journées sans jamais apparaître à l'image : vidéastes, photographes, assistants techniques, intendance, bénévoles.

Un village médiéval en guise de plateau
Reste à trouver le décor. Il est à quelques centaines de mètres de chez lui.
Nouaillé-Maupertuis, village médiéval de la Vienne connu pour son abbaye, offre exactement ce qu'il cherchait. Le Bois de la Garenne, ses arbres centenaires et ses reliefs naturels évoquent la Terre du Milieu sans qu'il soit besoin d'ajouter quoi que ce soit.
Le soutien de Frédéric Didier, propriétaire de l'aile Sud des bâtiments monastiques, change la dimension du projet. Avec son fils Damien et son frère Christophe, il ouvre les portes du lieu pour accueillir le quartier général et héberger une partie des participants. L'association Nouaillé 1356, qui fait vivre l'histoire médiévale de la commune depuis des années, prête du matériel de reconstitution.
Le 4 juillet, à six heures du matin, le calme règne encore dans l'aile Sud des bâtiments monastiques. Puis les véhicules affluent. Armures, arcs, épées, caisses de matériel vidéo, drones et dizaines de costumes sortent des coffres. Beaucoup se rencontrent physiquement pour la première fois, après des mois d'échanges en ligne. Quelques heures plus tard, les orcs et les rôdeurs disparaissent entre les arbres du Bois de la Garenne.

Tout ne se passe pas exactement comme prévu, comme sur n'importe quel tournage. À un moment de la journée, l'un des chevaux part brusquement au galop, son cavalier n'ayant pas anticipé la réaction. L'incident se termine sans conséquence. L'anecdote fait encore sourire l'équipe.
2,5 millions de vues plus tard
Les premières vidéos sont publiées quelques jours après. La réaction dépasse tout ce que l'équipe avait imaginé.
La première publication atteint plus de 2,5 millions de vues sur Facebook. Instagram dépasse les 400 000. Les commentaires arrivent d'Allemagne, d'Italie, des États-Unis. Depuis, les messages continuent d'affluer : de très nombreuses personnes demandent à participer à la prochaine édition, y compris depuis l'étranger. Une dimension internationale qui n'était absolument pas envisagée au départ.
Pour mesurer le chemin parcouru par les participants de cette première édition, Jean Aballea a réalisé une carte. On y voit Valenciennes, Bordeaux, Lyon, Deauville, Les Herbiers, Limoges, Rouen ou Annonay converger vers un village de moins de 3 000 habitants. Vingt-neuf communes au total.

La Terre du Milieu n'est pas un lieu. C'est ce qui rassemble les gens qui rêvent ensemble.
Jean Aballea, ABL Photographie
Des photos au service d'une autre cause
Cette série a une destination que peu de projets de ce type revendiquent : les couloirs du Pôle Régional de Cancérologie du CHU de Poitiers.
Le lien est familial. Sa sœur est médecin dans le service de soins palliatifs de l'établissement, et c'est par elle que l'idée est née, il y a plusieurs années, de proposer ses images aux murs de l'hôpital.
Rendez-vous en 2027
L'aventure ne s'arrête pas là. Une nouvelle édition est envisagée pour septembre ou octobre 2027, cette fois à proximité de Vendôme. Rien n'est officiellement arrêté, mais les premiers échanges sont en cours.
Le prochain projet sera porté juridiquement par l'association Galadhrim Dagnir, qui rassemble aujourd'hui quarante-cinq membres. Un cadre plus structuré, pour un événement qui tient à rester ce qu'il est : entièrement bénévole, sans objectif financier.
« Je n'ai jamais voulu reproduire les films », résume Jean Aballea. « Je voulais retrouver ce qu'ils m'ont fait ressentir. » À en juger par les millions de vues et les messages venus du monde entier, le pari est tenu.