The Mandalorian and Grogu : un très bon épisode de série, un film moyen
Vu en avant-première : le duo fonctionne toujours, Grogu vole chaque scène et la musique de Göransson porte l'ensemble. Mais Jon Favreau filme un long épisode au lieu d'un vrai film, et le grand écran ne pardonne pas cette confusion.
Testé par Fred Ferrer, le 7 juillet 2026. Note : 6.8/10.
Verdict : Le charme du duo Mando-Grogu survit au passage sur grand écran, pas la structure. Une succession de péripéties sympathiques ne fait pas un film de cinéma, et celui-ci se repose sur son capital tendresse. À voir en famille sans en attendre un grand Star Wars.
Il faut reconnaître une chose à Jon Favreau : quand Grogu apparaît à l'écran, la salle entière fond. L'avant-première parisienne n'a pas fait exception, et pendant deux heures douze, le premier film Star Wars depuis 2019 déroule exactement ce qu'on attendait de lui : Din Djarin et son petit protégé vert, des chasseurs de primes, un seigneur de guerre impérial à faire tomber, et Rotta, le fils de Jabba doublé par Jeremy Allen White. Le problème, c'est que « exactement ce qu'on attendait » est à la fois la force et la limite du film.
Commençons par ce qui marche. Pedro Pascal, dont on ne voit presque jamais le visage, fait exister Mando par la voix et le langage corporel, un petit exploit d'acteur. Sigourney Weaver débarque en Colonel Ward de la Nouvelle République avec cette autorité tranquille qui n'appartient qu'à elle. Et Ludwig Göransson signe une partition qui donne au film une ampleur que son scénario n'atteint jamais. Les scènes entre Mando et Grogu, cœur battant du projet, fonctionnent toutes : la tendresse bourrue du duo reste la meilleure idée de l'ère Disney.
Le grand écran ne ment pas
Mais le cinéma est un révélateur impitoyable. Ce qui passait crème en épisodes de quarante minutes s'effondre sur une durée de film : The Mandalorian and Grogu enchaîne les péripéties comme une saison compressée, une planète, une mission, une créature, au suivant. Aucune ne construit sur la précédente. Les enjeux, la chute d'un seigneur de guerre impérial de seconde zone, semblent minuscules pour un écran de vingt mètres. Et visuellement, des pans entiers trahissent les habitudes du tournage en volume : des arrière-plans qui sentent le plateau LED, là où un film Star Wars devrait respirer. La critique américaine ne s'y est pas trompée, avec un accueil parmi les plus tièdes de la saga, quand le public, lui, a adoré. Les deux ont raison.
C'est tout le paradoxe de ce film : pris scène par scène, on passe un bon moment. Pris comme un tout, on cherche le film. Il y avait ici la matière d'une saison 4 très correcte de The Mandalorian, étirée et regonflée pour justifier le ticket de cinéma. Le box-office a d'ailleurs raconté cette hésitation : gros démarrage porté par la curiosité, chute brutale dès le deuxième week-end. Star Wars reviendra au cinéma, c'est certain. Mais il faudra y revenir avec une histoire pensée pour le format, pas avec une série en habits du dimanche.
Le trailer officiel de The Mandalorian and Grogu (source : Star Wars)