Supergirl : à deux doigts du grand film, et c'est bien ça le plus frustrant

Vu en avant-première : visuellement superbe, porté par une Milly Alcock magnétique, le film de Craig Gillespie bride son héroïne trop longtemps et survole ses plus belles scènes. Le paradoxe d'un film qu'on aime et qui déçoit.

Testé par Neva Vidal, le 8 juillet 2026. Note : 6.5/10.

Verdict : Un beau film qui n'ose pas assez. Milly Alcock mérite déjà sa suite, mais entre une héroïne bridée les trois quarts du film et des scènes fortes systématiquement écourtées, je suis sortie de la salle avec plus de frustration que d'émotion.

Je suis sortie de l'avant-première avec un sentiment bizarre : j'ai aimé ce film, et il m'a déçue. Les deux en même temps, sans contradiction. Parce que Supergirl est beau, vraiment. Sombre, classe, avec une direction visuelle qui tranche net avec le DC pop et solaire du Superman de Gunn. Et parce qu'au centre, il y a Milly Alcock, et qu'elle est exceptionnelle.

Sa Kara n'a rien d'une Superman au féminin. Elle a un côté punk, une rage rentrée, une vie cabossée qui la place dans une zone bien plus grise que son cousin. Une héroïne qui se bat d'abord contre ses propres émotions avant de se battre contre qui que ce soit. Sur le papier, c'est le personnage DC le plus intéressant depuis des années. Et c'est exactement là que le film me perd : il tient ce personnage en or, et il ne creuse pas. Trop court, trop pressé.

Une héroïne qu'on fait trop attendre

Premier vrai problème : on bride Kara pendant les trois quarts du film. Dans les comics, Supergirl est au moins aussi puissante que Superman, souvent plus rapide, plus fine dans l'usage de ses pouvoirs. À l'écran, on sent en permanence qu'elle donne 15 % de ce qu'elle a dans le ventre, et on attend, on attend, jusqu'à une seconde moitié où elle se déchaîne enfin. Le procédé est connu : affaiblir l'héroïne pour rendre son réveil spectaculaire. Sauf que c'est mal amené. On passe le film à se demander pourquoi elle ne règle pas le problème tout de suite, et ça abîme la tension au lieu de la construire. Superman a droit d'être badass en permanence ; Kara méritait le même traitement.

Second problème, encore plus frustrant : le montage coupe l'émotion. Chaque fois que le film touche à quelque chose de fort, une perte, un souvenir de Krypton, un lien qui se noue, il embraye sur la scène suivante avant que ça n'infuse. Parfois, il tente même une scène émotive sans avoir pris le temps de construire ce qui devait la porter. Il manque 30 à 45 minutes à ce film, celles qui nous auraient laissés nous attacher. Là où un Zack Snyder aurait donné du poids et de la gravité à ces moments, Gillespie les survole. Et c'est l'ironie cruelle du film : il survole tout, comme Supergirl vole.

Le verdict tient en une phrase : Supergirl était à deux doigts d'être un excellent film, et ces deux défauts le rendent moyen. 6,5/10, la note de la frustration. Le pire, c'est que j'ai envie de voir la suite que Milly Alcock mérite. J'espère juste que le box-office lui en laissera la chance, parce qu'en l'état, c'est exactement le genre de film qui met en péril la suite qu'il appelle.