Xbox ferme des studios : Ninja Theory tombe, Arkane Lyon et Compulsion sur la sellette
Neuf jours après avoir dévoilé un nouveau jeu au Xbox Showcase, Ninja Theory apprend sa fermeture. Compulsion et Double Fine seraient en négociation, Arkane Lyon tremble. Microsoft n'a presque rien confirmé officiellement.
Par Sarah L., le 18 juin 2026. Catégorie : Gaming.
Tu arrives au bureau un lundi matin, comme tous les lundis, et on te convoque en réunion. Sauf que cette fois, ce n'est pas pour parler du prochain sprint. C'est pour t'annoncer que ton studio ferme, et que ton poste disparaît. C'est ce qu'ont vécu les équipes de Ninja Theory à Cambridge le 15 juin 2026, neuf jours seulement après avoir présenté leur nouveau jeu, Senua, sous les applaudissements du Xbox Games Showcase.
Le timing a quelque chose d'absurde, presque cruel. Selon plusieurs rapports concordants relayés par Engadget, Windows Central et Wccftech, la révélation de Senua aurait servi à attirer un éventuel acquéreur pour le studio, avant que Microsoft n'acte sa fermeture. Autrement dit : on a sorti la vitrine pour mieux vendre le magasin. Et derrière le mot "restructuration", il y a des dizaines de personnes qui ne savaient pas, en montant sur scène par procuration, qu'elles signaient peut-être leur dernier projet.
Une vague qui dépasse un seul studio
Ninja Theory n'est pas seul dans la tourmente. Les rapports évoquent aussi Double Fine (le studio de Tim Schafer, derrière Psychonauts) et Compulsion Games, le studio canadien qui venait de sortir South of Midnight, comme étant en négociation de fermeture ou de rachat. Certaines équipes auraient été informées de la situation et autorisées à chercher un autre emploi, tout en étant maintenues dans l'incertitude la plus totale sur le sort de leur studio. Un entre-deux épuisant, où l'on continue de bosser sans savoir si on aura un bureau le mois suivant.

Arkane Lyon, le studio français derrière Dishonored et Deathloop, fait partie des noms cités comme "inquiets pour leur sécurité". Là, les informations sont plus floues : elles reposent surtout sur des conversations internes et des craintes diffuses, pas sur une confirmation directe. Mais quand on connaît l'histoire récente d'Arkane, l'angoisse se comprend. Arkane Austin, le studio frère, a été fermé en 2024 juste après le naufrage de Redfall, un jeu live-service que l'équipe ne voulait pas vraiment faire. Le souvenir est encore frais.
La stratégie des grosses franchises, et son coût humain
D'un point de vue business, on devine la logique. Ces coupes s'inscrivent dans un "Xbox Reset" piloté par Asha Sharma, dont on suivait déjà l'arrivée à la tête de Xbox il y a quelques semaines. La direction concentre ses moyens sur les franchises qui rapportent (Call of Duty, Halo, Forza, les licences Bethesda à fort volume) et resserre tout ce qui ressemble à un pari créatif moins rentable. Microsoft clôture son année fiscale le 30 juin 2026, et l'industrie redoute une seconde salve de licenciements juste après. C'est froid, c'est comptable, c'est la suite logique des restructurations qu'on voyait déjà chez Embracer.
Même un rachat réussi, où le studio se rachète à Microsoft, finira probablement par des pertes d'emplois importantes.
Selon les rapports relayés par Wccftech
Mais derrière la logique comptable, il y a des gens. Des développeuses et développeurs qui ont passé des années à façonner des univers qu'on adore, et qui apprennent leur licenciement par une réunion expédiée un lundi matin. On peut comprendre la stratégie d'un groupe sans la trouver neutre. Fermer des studios qui osaient des jeux singuliers comme Hellblade, Psychonauts ou South of Midnight, ce n'est pas juste "rationaliser un portefeuille". C'est rétrécir la diversité de ce que le jeu vidéo peut raconter, et précariser des centaines de personnes au passage. Ça mérite d'être dit clairement.
À surveiller dans les prochaines semaines : le 30 juin, fin de l'exercice fiscal de Microsoft, qui pourrait déclencher la seconde vague redoutée. Et le sort exact d'Arkane Lyon, toujours suspendu à une confirmation officielle. Pour les studios concernés, l'espoir réside dans un éventuel rachat indépendant, comme on en a vu après la scission d'Embracer. Si tu veux soutenir le travail de ces équipes, le meilleur réflexe reste concret : achète et fais vivre leurs jeux, parce que derrière chaque licence, il y a un studio qui se bat pour exister.