Warren Spector vend son nouveau jeu 5 euros : aveu d'échec ou geste générationnel ?

Le créateur de Deus Ex et Thief revient le 20 mai 2026 avec Thick as Thieves, jeu de vol coopératif à 5 euros sur Steam. Critiques mitigées (« manque de contenu », « promesse à moitié tenue »), pivot PvPvE vers co-op PvE quelques semaines avant la sortie. L'histoire d'une légende qui se bat encore pour exister.

Par Sarah L., le 24 mai 2026. Catégorie : Gaming.

Tu télécharges Thick as Thieves un mardi soir sur Steam parce que tu as vu passer la news : Warren Spector, le mec derrière Deus Ex (2000) et Thief: Deadly Shadows (2004), sort un nouveau jeu. À cinq euros. Tu te dis « ça doit être bien, vu le pedigree ». Tu lances la partie en co-op avec un ami, vous incarnez deux voleurs dans une ville fictive baptisée Kilcairn, dans une Écosse alternative de 1910 où la technologie magique a remplacé la révolution industrielle. Tu te faufiles dans un manoir victorien sous une pleine lune, tu désactives des pièges, tu balances un chandelier sur la tête d'un garde. Et là, paf, après quatre heures de campagne, c'est fini. Pas d'extension, pas de DLC. Cinq euros, quatre heures. Génial ou bidon ?

Les immersive sims, ces oubliés du grand public

Pour comprendre pourquoi Thick as Thieves existe et coûte aussi peu, il faut remonter à l'histoire des immersive sims. C'est un sous-genre du jeu vidéo lancé par les studios Looking Glass et Ion Storm dans les années 90/2000 (System Shock, Thief, Deus Ex, Ultima Underworld). Le principe : tu joues à un jeu solo qui te laisse trois ou quatre façons d'aborder chaque situation (te battre, te cacher, hacker, parler, persuader). C'est riche, profond, exigeant. Les ventes étaient bonnes à l'époque (Deus Ex a fait 1 million de copies vendues), mais l'évolution du marché vers les blockbusters cinématiques (Call of Duty, Uncharted, Assassin's Creed) a relégué les immersive sims au statut de niche. Warren Spector est l'une des dernières figures actives du genre. Il a tenté Epic Mickey chez Disney (échec critique), puis fondé OtherSide Entertainment en 2014 pour faire Underworld Ascendant (échec commercial). Avec Thick as Thieves, il vise une renaissance.

Capture d'écran de Thick as Thieves : le joueur observe un manoir victorien à la pleine lune avec interface de heist visible
Capture d'écran de Thick as Thieves : le joueur observe un manoir victorien à la pleine lune avec interface de heist visible (© PC Gamer)

Le pivot tardif PvPvE vers PvE qui change tout

L'histoire de production du jeu raconte la fragilité du projet. Annoncé en 2024 comme un jeu PvPvE (joueurs vs joueurs vs environnement, type Hunt: Showdown), Thick as Thieves devait permettre à des équipes de voleurs de s'affronter dans des manoirs pendant qu'elles tentaient d'éviter des PNJ gardes. Quelques semaines avant la sortie, Spector a fait machine arrière : pivot complet vers le mode coopératif PvE (les voleurs s'allient contre les gardes, pas contre d'autres joueurs). La raison officielle : « les tests utilisateurs ont montré que la version PvP créait des frustrations qui contredisaient l'esprit Thief ». La raison probable : l'éditeur ne croyait plus au modèle PvPvE saturé en 2025 (la fin de Destiny 2 dont on parlait il y a quelques semaines en est une autre preuve). Le pivot a fait perdre des mois de développement. Le jeu a souffert : critiques regrettent un manque de contenu, des zones mal optimisées, et un mode coop qui aurait dû être pensé dès le début.

Cinq euros : pari désespéré ou geste pour les fans ?

Le prix de cinq euros n'est pas neutre. Pour comparaison, n'importe quel jeu indie de qualité tourne entre 15 et 25 euros sur Steam. Spector aurait pu sortir Thick as Thieves à 14,99 euros sans choquer personne, et probablement gagner plus d'argent. Le choix des cinq euros est probablement double : (1) absorber les critiques sur le contenu limité (à 5 euros, le rapport qualité/prix devient acceptable), (2) maximiser le nombre de joueurs touchés pour relancer la communauté immersive sim. C'est moins un aveu d'échec qu'un geste générationnel : Spector veut probablement laisser une trace, faire connaître le genre à une nouvelle génération de joueurs qui n'a jamais fait Thief ou Deus Ex. Si l'opération marche (50 000 ventes au moins), OtherSide pourra envisager une suite. Sinon, ce sera probablement le dernier titre du studio. À surveiller dans les semaines qui viennent : les chiffres de vente sur Steam (publics via SteamSpy), et les retours de la communauté speedrun qui adopte généralement vite les immersive sims pour leur potentiel d'exploitation. Pour cinq euros, vraiment, ça vaut le coup d'essayer.

Thick as Thieves sur Steam, 5 euros : Voir la page Steam