« The Odyssey » de Nolan : le trailer le plus détesté de sa carrière, et le vrai débat derrière
À deux semaines de la sortie du 17 juillet, la dernière bande-annonce du film à 250 millions de dollars croule sous les dislikes sur la chaîne Universal. Accents américains, casting attaqué de toutes parts : au-delà du review-bombing, qu'est-ce qui se joue vraiment ?
Par Fred Ferrer, le 5 juillet 2026. Catégorie : Cinéma.
Tu cliques sur la bande-annonce, curieux. Nouveau Nolan, épopée à 250 millions, casting à faire tourner la tête. Et sous la vidéo, avant même les premières images, il y a cette barre. Rouge, longue, écrasante. La dernière bande-annonce de The Odyssey affiche autour de 338 000 dislikes contre 55 000 likes sur la chaîne officielle Universal. Le film n'est pas encore sorti, et il est déjà, statistiquement, le trailer le plus détesté de toute la carrière de Christopher Nolan.
Le chiffre exact reste flou, YouTube ayant masqué le compteur public de dislikes depuis 2021, et les extensions de mesure varient. Mais l'ordre de grandeur est là, et il est brutal : un ratio proche de 6 contre 1, du jamais-vu pour le cinéaste. Plusieurs médias parlent du trailer hollywoodien le plus rejeté depuis le Blanche-Neige de Disney. Hier encore, on te racontait comment les billets IMAX 70mm de ce même film s'étaient arrachés un an à l'avance. Adoration d'un côté, rage de l'autre, pour exactement le même objet. C'est ça qui mérite qu'on s'arrête.
Ce que les critiques disent vraiment
Une partie du rejet tient à des reproches de cinéphiles, légitimes et discutables comme tout avis de cinéma. Beaucoup tiquent sur les accents américains modernes dans une histoire ancrée dans la Grèce antique : l'oreille accroche, ça sort du monde. D'autres pointent des costumes et des armures jugés peu fidèles à l'époque de la guerre de Troie, ou une palette de couleurs trop lisse. Ces critiques-là, on peut les recevoir, en débattre, ne pas être d'accord. C'est le jeu normal d'une bande-annonce qui divise.
Mais une autre partie de la vague vise ailleurs. Pas le film, ni sa mise en scène : les visages de son casting, attaqués pour ce qu'ils sont plus que pour ce qu'ils jouent. Et là, la frontière change de nature. Reprocher un accent, c'est parler d'un choix artistique. Harceler un acteur ou une actrice pour son origine ou son identité, c'est parler de la personne. Les deux se sont mélangés dans le même flot de dislikes, comme si tout se valait. Ça ne se vaut pas.

À qui profite la colère ?
Voilà le paradoxe qui devrait faire réfléchir tout le monde. Malgré, ou plutôt grâce à ce raz-de-marée de dislikes, la bande-annonce a grimpé en tête des tendances YouTube. Chaque commentaire outré, chaque vidéo de réaction indignée, chaque partage rageur nourrit l'algorithme et fait remonter le trailer. La colère n'enterre pas le film : elle le propulse. En mai, on te parlait déjà des 121 millions de vues du premier trailer en 24 heures. Universal n'a sans doute pas prévu ce déferlement précis, mais l'industrie sait depuis longtemps qu'un objet qui déchaîne les passions, même négatives, se vend.
Un immense rituel d'humiliation collectif.
Une réaction virale relayée par la presse
Cette formule, largement partagée, résume l'ambiance. Mais un rituel, ça se choisit. Se demander pourquoi un tel besoin collectif de démolir un film avant même de l'avoir vu, en pointant souvent les mêmes profils dans un casting, c'est peut-être plus utile que de compter les dislikes. Est-ce qu'on juge une adaptation d'Homère, ou est-ce qu'on règle autre chose au passage ? La question mérite d'être posée sans y répondre à ta place.
La bande-annonce finale de The Odyssey, celle qui cristallise le débat. (source : Universal Pictures)
Reste le vrai juge de paix : la salle. The Odyssey sort le 17 juillet et se traîne, selon les premières projections, un démarrage estimé entre 80 et 100 millions de dollars, ce qui reste énorme. On saura vite si le bruit en ligne se transforme en désertion des cinémas, ou si, comme souvent, la controverse a surtout fait de la pub gratuite. Le meilleur réflexe d'ici là : aller voir le film avant de choisir un camp, et se méfier des barres rouges qui décident à notre place.