Sony prépare sa propre monnaie numérique pour payer jeux et abonnements en dollars
Le régulateur bancaire américain vient d'accorder à Sony Bank un feu vert conditionnel pour créer Connectia Trust, une banque dédiée à l'émission d'un stablecoin adossé au dollar. Objectif : régler jeux vidéo, anime et abonnements de l'écosystème Sony dès 2027. On fait le tri entre ce qui est acté et ce qui reste flou.
Par Tom Valois, le 10 juillet 2026. Catégorie : Tech & IA.
Payer son abonnement PlayStation ou son mois de Crunchyroll avec une monnaie estampillée Sony : ce n'est plus de la science-fiction, c'est un dossier réglementaire qui avance vite. Le 6 juillet, l'OCC, le régulateur des banques nationales américaines, a accordé à Sony Bank une approbation conditionnelle pour créer Connectia Trust, une banque fiduciaire installée aux États-Unis avec une mission unique : émettre un stablecoin adossé au dollar pour l'écosystème numérique de Sony. Avant de t'emballer ou de paniquer, posons les faits, parce que tout n'est pas encore joué.
Un stablecoin, c'est quoi au juste ?
Contrairement au Bitcoin, dont le cours fait du yo-yo, un stablecoin est une monnaie numérique conçue pour valoir toujours la même chose : ici, un jeton égale un dollar, garanti par de vraies réserves. L'intérêt pour Sony est très concret : chaque paiement par carte bancaire sur le PlayStation Store ou Crunchyroll laisse des frais au passage, prélevés par les réseaux de cartes. Une monnaie maison qui circule directement entre ton portefeuille et les caisses de Sony court-circuite ces intermédiaires. À l'échelle d'un écosystème qui vend des jeux, des films, de la musique et des abonnements à des dizaines de millions de personnes, l'économie potentielle se chiffre vite.
Connectia Trust, la banque que Sony installe aux États-Unis
Dans le détail, Connectia Trust sera une filiale à 100 % de Sony Bank, la branche bancaire du groupe au sein de Sony Financial Group, dotée de 40 millions de dollars de capital. Pour la tuyauterie technique, Sony s'appuie sur Bastion, un spécialiste qui gérera l'émission du jeton, les réserves et la conservation des fonds. Le statut de trust bank nationale a ses limites : pas de dépôts en espèces, pas de crédits. C'est une banque taillée pour une seule chose, faire vivre le stablecoin. Selon le dossier, le jeton servira à payer « jeux vidéo, anime, abonnements et autres contenus numériques » de l'écosystème Sony aux États-Unis. PlayStation et Crunchyroll sont cités noir sur blanc.
Officiel, mais pas encore opérationnel
Attention au mot « conditionnel » : l'approbation de l'OCC autorise la création de la banque, pas le lancement du jeton. Connectia Trust doit encore remplir une série d'exigences du régulateur avant d'ouvrir boutique, avec des opérations visées en 2027. Sony rejoint là une file d'attente prestigieuse : Circle, Ripple, Fidelity et Paxos courent après les mêmes chartes fédérales, et BitGo a déjà décroché son approbation complète. La démarche fait aussi grincer à Washington, où la sénatrice Elizabeth Warren accuse l'OCC de distribuer ces licences trop généreusement. Voilà pour l'acté. Côté inconnues : le nom du jeton n'est pas annoncé, la blockchain retenue non plus, et rien ne dit pour l'instant si le dispositif sortira un jour des États-Unis ou ce que tu y gagneras concrètement en tant que joueur.
Une longue marche crypto commencée sur Polygon
Ce projet ne sort pas de nulle part. Dès avril 2024, Sony Bank testait un stablecoin adossé au yen sur la blockchain Polygon avec le spécialiste belge SettleMint, un galop d'essai révélé par le quotidien japonais Nikkei. Début 2025, le groupe lançait Soneium, sa propre blockchain de seconde couche construite sur Ethereum, sur laquelle son partenaire Startale a émis un stablecoin dollar fin 2025. Étape par étape, Sony a appris le métier. Connectia Trust est la suite logique : cette fois, c'est Sony qui émet, sous licence bancaire américaine.
Un timing qui n'a rien d'un hasard
Difficile de ne pas relier les pointillés avec l'autre grande annonce du mois. Le 1er juillet, PlayStation officialisait la fin de la production de disques pour ses nouveaux jeux à partir de janvier 2028, le physique ne pesant plus que 3 % de ses revenus gaming en 2024. Les boutiques PS3 et PS Vita fermeront, elles, en juillet 2027. Autrement dit, l'avenir de Sony est intégralement numérique, et dans un monde tout-numérique, celui qui contrôle le paiement contrôle la marge. Un stablecoin maison opérationnel en 2027, juste avant l'arrêt des disques : le calendrier s'emboîte presque trop bien.
Pour toi, rien ne change demain matin : le projet vise d'abord les États-Unis, et 2027 laisse le temps de voir venir. Mais garde un œil dessus. Si le jeton de Sony tient ses promesses, ta prochaine console pourrait bien être vendue avec son propre porte-monnaie numérique. Et si d'autres géants du divertissement suivent, c'est toute la façon de payer nos jeux et nos abonnements qui pourrait basculer d'ici la fin de la décennie.
L'analyse de Decrypt sur le feu vert de l'OCC accordé à Sony Bank : Lire l'article