Le vide émotionnel : une étude prouve que finir un RPG peut provoquer une vraie dépression
Deux psychologues polonais publient en janvier 2026 la première échelle scientifique pour mesurer la "Post-Game Depression". Verdict : les RPG arrivent en tête, et ce n'est pas un mythe.
Par Jinx_XII, le 5 mai 2026. Catégorie : Gaming.
Tu finis Elden Ring après 120 heures. Le générique défile. Tu poses la manette. Et pendant les jours qui suivent, tu te sens vide, irritable, incapable de te lancer dans un autre jeu. Tu repenses sans cesse à ta build, aux PNJ que t'as croisés, aux moments forts. Pendant longtemps, on a appelé ça le "post-game blues" sans le prendre vraiment au sérieux. Sauf qu'en janvier 2026, deux psychologues polonais ont publié une étude qui change la donne : ce que tu ressens a un nom scientifique, une échelle de mesure, et c'est documenté.
Une étude qui met enfin un nom sur le phénomène
Le 26 janvier 2026, le journal Current Psychology (édité par Springer Nature) a publié l'article "Post-game depression scale - a new measure to capture players' experiences after finishing video games". Les auteurs, Kamil Janowicz et Piotr Klimczyk, ont travaillé sur un échantillon de joueurs européens et ont validé une échelle qu'ils appellent la P-GDS (Post-Game Depression Scale). Le concept : mesurer objectivement ce que vivent les joueurs après avoir terminé un jeu particulièrement immersif. Et surtout, identifier quels facteurs déclenchent une vraie symptomatologie dépressive temporaire.

Quatre composantes identifiées
L'étude isole quatre dimensions dans la P-GD. La première, et la plus intense selon les données, ce sont les ruminations liées au jeu : ces pensées qui reviennent en boucle ("j'aurais dû explorer cette zone", "j'aurais préféré ce choix narratif"). Vient ensuite la difficulté à digérer la fin de l'expérience, particulièrement marquée quand l'épilogue est ouvert ou tragique. La troisième composante, c'est la nécessité ressentie de rejouer (NewGame+, run alternatif, build différent) pour combler le vide. Et enfin, l'anhédonie média : l'impossibilité temporaire de prendre du plaisir avec un autre jeu, un autre film, ou une autre série, parce que rien n'égale ce qu'on vient de vivre.
« Les joueurs de RPG montrent en moyenne des niveaux plus élevés de post-game depression que les joueurs des autres genres. »
Kamil Janowicz et Piotr Klimczyk, Current Psychology, janvier 2026
Pourquoi les RPG plus que les autres
Les chercheurs identifient six facteurs qui rendent les RPG particulièrement propices au phénomène : durée de jeu longue (souvent 60 à 100 heures), personnages écrits avec profondeur, liberté de choix qui crée un sentiment d'agency réelle, interactions sociales récurrentes avec les PNJ, structure narrative ramifiée, et identification forte au protagoniste (surtout si tu construis ton perso comme dans Elden Ring ou Baldur's Gate 3). En clair : plus tu investis affectivement dans un univers, plus la séparation est dure. C'est exactement la même mécanique que la fin d'une série qu'on a binge en deux semaines, sauf que le RPG demande un engagement actif, pas passif.
Côté symptomatologie, l'étude relie la P-GD à des symptômes dépressifs temporaires plus marqués et à un niveau de bien-être subjectif plus bas dans les jours qui suivent la fin du jeu. Ce n'est pas une dépression clinique au sens médical, mais un état émotionnel mesurable qui peut durer de quelques jours à plusieurs semaines. Les joueurs les plus exposés sont ceux qui ont une tendance naturelle à la rumination et ceux qui jouent en sessions très longues. La bonne nouvelle, c'est que comme tout deuil, ça finit par passer. La moins bonne, c'est qu'à part rejouer ou attendre, il n'y a pas de remède magique. Le NewGame+ a finalement une vraie utilité psychologique : il étire l'expérience pour amortir le vide.