La photo argentique tient bon en 2026 : les fabricants renforcent leurs équipes

Loin d'une mode passagère, le retour du film séduit durablement la Gen Z. Les industriels de la chimie photo ajoutent des équipes et réinvestissent pour suivre une demande qui ne retombe pas.

Par Marius L., le 18 juin 2026. Catégorie : Photo.

Tu pousses la porte d'un labo photo un samedi après-midi, et tu tombes sur une file d'attente. Pas des nostalgiques en cheveux gris, mais des gamins de vingt ans venus déposer une pellicule à développer. Cette scène, qui aurait paru absurde il y a dix ans, est devenue banale en 2026. Le retour de la photo argentique n'a rien d'un feu de paille, et les chiffres le prouvent : selon Chemical & Engineering News, le volume de commandes de films a bondi de 127 % entre 2020 et 2026, avec une croissance qui accélère encore au lieu de retomber.

Face à cette demande, les fabricants n'ont pas le choix : ils doivent suivre. Kodak, Fujifilm et Harman-Ilford ajoutent des équipes, investissent dans de nouveaux équipements et augmentent leurs capacités de production. Fujifilm a même annoncé plus de 30 millions de dollars pour moderniser une usine près de Tokyo où il fabrique les cartouches de ses appareils Instax, avec un objectif de hausse de capacité de 10 % d'ici fin 2026. On est loin de l'image d'une industrie moribonde qu'on nous vendait il y a quinze ans.

Un appareil photo argentique 35 mm reflex, symbole du revival analogique porté par la Gen Z en 2026
Un appareil photo argentique 35 mm reflex, symbole du revival analogique porté par la Gen Z en 2026 (© Wikimedia Commons)

Pourquoi la Gen Z choisit l'imparfait

Le plus fascinant, c'est qui porte ce revival. La majorité de la croissance vient de jeunes qui prennent un appareil dédié pour la première fois, des membres de la Gen Z qui n'ont jamais grandi avec l'argentique. Ils ne sont donc même pas nostalgiques : ils découvrent. Ce qui les attire, c'est la matérialité d'une vraie photo, l'authenticité d'une image non filtrée, et surtout cette esthétique imparfaite que le numérique a passé vingt ans à vouloir effacer. Le grain, les fuites de lumière, l'attente du développement : autant de frictions qui deviennent des qualités.

Difficile de ne pas y voir une réaction au tout-numérique et à la déferlante d'images générées par IA. Quand n'importe quelle photo peut être fabriquée de toutes pièces par un algorithme, le geste lent et tangible de l'argentique reprend une valeur. C'est la même logique de comfort culture qu'on retrouvait dans le revival du sportswear vintage ou dans des événements photo comme le festival de Belfast et ses rage rooms d'appareils. À surveiller : la disponibilité des pellicules, qui reste tendue. Le bon réflexe si tu veux t'y mettre, c'est de chiner un reflex d'occasion et de soutenir ton labo local, parce que c'est lui qui fait vivre la chaîne.