« Michael » : le biopic Jackson explose à 903 millions malgré des critiques cinglantes

Porté par Jaafar Jackson dans le rôle de son oncle, le film d'Antoine Fuqua est devenu le 2e plus gros succès de 2026 au box-office. Mais la presse reproche un récit aseptisé qui esquive les zones d'ombre.

Par Fred Ferrer, le 12 juin 2026. Catégorie : Cinéma.

La salle s'éteint, les premières notes tombent, et un jeune homme se dresse sur la pointe des pieds dans un ballroom baigné de lumière. Pendant deux secondes, le public oublie qu'il regarde un acteur : il croit voir Michael Jackson. C'est sur cette illusion que repose tout le film « Michael », biopic d'Antoine Fuqua sorti fin avril, et c'est aussi ce qui explique en partie son raz-de-marée commercial. Le film vient de franchir les 903 millions de dollars de recettes mondiales, devenant le deuxième plus gros succès de l'année 2026.

Un triomphe au box-office, un Jaafar Jackson salué

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : troisième biopic le plus rentable de l'histoire, juste derrière les géants du genre. Au cœur de ce succès, un choix de casting risqué et payant. Jaafar Jackson, fils de Jermaine et donc neveu du chanteur, n'avait jamais tourné de film. Sa grand-mère Katherine Jackson, mère de Michael, avait validé le casting en disant qu'il incarnait son fils. À l'écran, la critique reconnaît unanimement la justesse de sa performance : la démarche, les mouvements de scène, cette présence magnétique difficile à imiter. Réalisé par Antoine Fuqua sur un scénario de John Logan, le film couvre des Jackson 5 des années 60 au Bad World Tour de la fin des années 80.

Jaafar Jackson sur scène dans le rôle de Michael Jackson, devant un stade comble
Jaafar Jackson sur scène dans le rôle de Michael Jackson, devant un stade comble (© Variety)

Le reproche qui revient : un récit aseptisé

C'est là que le bât blesse. Malgré la performance, la presse a accueilli le film avec une grande froideur, et un mot revient dans presque toutes les critiques : aseptisé. Le scénario contournerait les zones d'ombre d'une figure dont les controverses sont publiquement documentées, pour livrer un récit lisse, taillé pour le grand public et la famille. Le film a d'ailleurs été produit avec l'aval de la succession Jackson, ce qui pose mécaniquement la question de l'indépendance du regard. Quand un biopic est validé par les ayants droit de son sujet, que choisit-il de montrer, et surtout que choisit-il de taire ?

Le frisson n'a pas disparu, dans un biopic étonnamment efficace mais résolument médian.

Variety

Il ne s'agit pas de juger l'homme à la place de la justice ni de réécrire l'histoire. Il s'agit de constater une tension réelle : un film peut-il vraiment raconter une vie quand il a écarté d'avance les pages les plus dérangeantes ? Pour les fans, l'émotion de revoir le King of Pop danser suffit. Pour d'autres, ce confort narratif ressemble à un angle mort assumé. Les deux lectures coexistent, et c'est précisément ce qui rend le cas intéressant.

Reste la question que ce succès laisse en suspens : 903 millions de dollars valident-ils le parti pris narratif du film, ou prouvent-ils seulement que la nostalgie d'une icône mondiale pèse plus lourd que l'exigence critique ? Le box-office ne tranche jamais ce genre de débat, il le déplace. À toi de te faire ton idée, idéalement en gardant en tête ce que le film a choisi de ne pas raconter.