EA racheté 55 milliards par l'Arabie saoudite : 3e vague de licenciements en pleine clôture

Les actionnaires ont validé le plus gros rachat par endettement de l'histoire (210 dollars l'action). La clôture est attendue d'ici fin juin, mais une troisième vague de licenciements frappe déjà les équipes.

Par Sarah L., le 24 juin 2026. Catégorie : Gaming.

Imagine la scène. Tu bosses chez EA depuis cinq ans, au support technique ou au recrutement. Un matin, deux messages tombent dans ta boîte mail. Le premier annonce, en grande pompe, le plus gros rachat de l'histoire du jeu vidéo, 55 milliards de dollars. Le second t'informe que ton poste est supprimé. Le même jour. C'est exactement ce que vivent une partie des salariés d'Electronic Arts en ce mois de juin 2026.

Le 23 juin, alors que le rachat entre dans sa dernière ligne droite, EA a confirmé une nouvelle vague de coupes, la troisième, touchant notamment des équipes aux États-Unis et en Inde. Les milliards et les licenciements avancent main dans la main.

Le plus gros rachat par endettement jamais signé

Décodons le mécanisme, parce qu'il est au cœur de l'affaire. Un consortium composé du fonds souverain saoudien (le PIF), du fonds d'investissement Silver Lake et d'Affinity Partners (la société de Jared Kushner) met 55 milliards de dollars sur la table pour racheter EA, soit 210 dollars par action. Une grosse partie de la somme, environ 20 milliards, est de la dette empruntée auprès de banques comme JPMorgan. C'est ce qu'on appelle un rachat par endettement : tu achètes l'entreprise en grande partie à crédit, et c'est l'entreprise rachetée qui devra rembourser. Les actionnaires ont validé l'opération, qui n'attend plus que le feu vert des autorités de la concurrence, avec une échéance fixée côté européen vers le 22 juillet.

Qui paie la note ?

C'est là que la question humaine doit être posée. Quand une entreprise se charge d'une montagne de dette pour financer son propre rachat, il faut dégager de la trésorerie pour rembourser. Et la variable d'ajustement, comme souvent, ce sont les emplois jugés non essentiels au produit : support, informatique interne, recrutement, fonctions transverses. Des centaines de personnes qui ne décident rien des stratégies à milliards mais qui en encaissent les conséquences directes. Cette restructuration brutale n'est pas un cas isolé : c'est toute l'industrie qui se contracte en 2026, comme on l'a vu avec la vague de fermetures de studios chez Xbox, d'Arkane Lyon à Ninja Theory.

Reste une question de fond qu'on ne peut pas balayer : que signifie voir une licorne du divertissement occidental, propriétaire de FIFA devenu EA Sports FC, de Battlefield et des Sims, passer sous le contrôle d'un fonds d'État ? Au-delà du chiffre vertigineux, c'est une stratégie d'influence qui se joue, et les salariés en sont les premiers témoins, parfois malgré eux. Le prochain jalon à surveiller : la décision des autorités européennes de la concurrence, attendue autour du 22 juillet. Tant qu'elle n'est pas tombée, rien n'est tout à fait clos.