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Dolly Parton est morte à 80 ans : adieu à la reine du country devenue icône pop mondiale

La légende de Nashville s'est éteinte le 25 août après un bref combat contre le cancer. De « Jolene » aux drag queens de « Dumplin' », de Dollywood aux millions de livres offerts aux enfants, retour sur une vie qui a débordé de partout.

Par Myriam Aït, le 26 août 2026. Catégorie : Icônes.

Tu connais le riff avant même de savoir d'où il vient. Quatre notes de guitare qui tournent, une voix cristalline qui supplie une femme aux cheveux auburn de ne pas lui voler son homme. « Jolene » a 53 ans, et il suffit de deux secondes pour que la salle entière chante. Mardi 25 août, cette voix s'est tue. Dolly Parton est morte à Nashville, à 80 ans, après un bref combat contre le cancer, a confirmé son entourage. Elle avait reporté sa résidence à Las Vegas ces derniers mois pour raisons de santé, sans jamais dramatiser publiquement. Jusqu'au bout, fidèle à elle-même.

De la cabane du Tennessee aux sommets des charts

Née en 1946 dans les montagnes du Tennessee, quatrième de douze enfants, Dolly Rebecca Parton a grandi dans une cabane sans électricité. Elle en a fait une chanson, « Coat of Many Colors », comme elle a fait des chansons de tout ce qui lui arrivait : on lui attribue environ 3 000 titres écrits. Son premier numéro un country, « Joshua », tombe en 1970. Puis tout s'enchaîne : « Jolene » en 1973, « I Will Always Love You » l'année suivante, « Here You Come Again » qui la fait basculer dans la pop en 1977. Le Rock & Roll Hall of Fame l'intronise en 2022, elle qui avait d'abord poliment refusé en expliquant qu'elle ne se sentait pas légitime. C'était elle, ça : la seule superstar qui s'excusait presque d'en être une.

Il y a un détail que les moins de 30 ans découvrent souvent avec stupeur : « I Will Always Love You », le monument planétaire de Whitney Houston, c'est elle. Dolly l'a écrite en 1973 pour dire adieu à son mentor Porter Wagoner, et a touché les royalties de la version de 1992 avec une élégance devenue légendaire. On vous parlait en début d'année de la disparition de Clive Davis, l'architecte de la carrière de Whitney : la boucle se referme tristement. Les deux artisans du plus grand slow de l'histoire moderne sont partis la même année.

9 to 5, Dollywood : bien plus qu'une chanteuse

En 1980, elle débarque à Hollywood avec « 9 to 5 », comédie féministe avant l'heure où trois employées de bureau séquestrent leur patron sexiste. Le film cartonne, la chanson-titre devient un hymne des travailleuses. Cette rage joyeuse ne sortait pas de nulle part : dès 1968, « Just Because I'm a Woman » renvoyait aux hommes leur double standard sur le passé amoureux des femmes. Un sacré culot dans le Nashville de l'époque, une industrie verrouillée par les hommes où elle s'est taillé une place de patronne sans jamais demander la permission. Elle enchaîne avec « The Best Little Whorehouse in Texas » puis « Steel Magnolias », et ouvre en 1986 Dollywood dans ses montagnes natales du Tennessee : un parc d'attractions qui emploie des milliers de personnes de sa région et attire des millions de visiteurs par an. Là où d'autres stars achètent des villas, elle a construit un écosystème économique pour les siens.

Dolly Parton sur scène ces dernières années, en combinaison blanche à strass, saluant le public
Dolly Parton sur scène ces dernières années, en combinaison blanche à strass, saluant le public (© CNN)

Drag queens et droits trans : la famille que Dolly avait choisie

Il faut s'arrêter sur cette partie de son histoire, parce que c'est peut-être la plus audacieuse. Dolly Parton a construit son image en s'inspirant, racontait-elle, de la fille de sa petite ville que tout le monde jugeait trop maquillée, trop blonde, trop voyante. Elle en a fait une armure à paillettes et une punchline devenue culte : « Ça coûte très cher d'avoir l'air aussi vulgaire. » Les drag queens s'y sont reconnues immédiatement et l'ont copiée sur toutes les scènes du monde. Elle le leur rendait bien. Un soir à West Hollywood, elle s'est même glissée incognito dans un concours de sosies d'elle-même, au milieu des drag queens. Elle a perdu. C'est elle qui racontait l'anecdote, hilare, à chaque interview sur son look.

Derrière l'humour, un engagement très concret. Dolly Parton a défendu le mariage pour tous des années avant que la Cour suprême américaine ne le légalise. En 2016, quand la Caroline du Nord vote sa « bathroom bill », une loi qui obligeait les personnes trans à utiliser les toilettes correspondant à leur sexe de naissance, elle est l'une des premières célébrités de cette envergure à prendre publiquement leur défense, avec ses mots à elle, simples et désarmants. La même année, elle revendiquait dans le New York Times son immense public gay : « J'en suis fière. Certains me ressemblent plus que moi. » Dit depuis le Tennessee, terre conservatrice où elle a vécu toute sa vie, sans jamais y perdre ni son public country ni les églises baptistes, c'était tout sauf anodin. Beaucoup de célébrités ont soutenu la communauté LGBT quand c'est devenu confortable. Elle l'a fait quand ça ne l'était pas, depuis l'endroit où ça l'était le moins.

« Je ne juge pas les gens. J'espère que chacun aura la chance d'être qui il est, et ce qu'il est. »

Dolly Parton, en 2016, au moment de la « bathroom bill »
Ginger Minj et Harold Perrineau en drag queens inspirées de Dolly Parton dans le film Dumplin' (Netflix, 2018)
Ginger Minj et Harold Perrineau en drag queens inspirées de Dolly Parton dans le film Dumplin' (Netflix, 2018) (© Netflix)

Tout ça tient en un film : « Dumplin' », sur Netflix depuis 2018, à voir ou revoir cette semaine. Adapté du roman de Julie Murphy, il suit Willowdean, une ado ronde du Texas qui s'inscrit au concours de beauté dirigé par sa mère, ex-reine de beauté jouée par Jennifer Aniston, avec les chansons de Dolly comme boussole. Et quand elle doute, ce sont des drag queens fans de Dolly, emmenées par Harold Perrineau et Ginger Minj de « RuPaul's Drag Race », qui la remettent debout. Dolly a signé la bande originale avec Linda Perry, dont un duo avec Sia et « Girl in the Movies », nommée aux Golden Globes. Aucun biopic n'a jamais aussi bien montré ce qu'elle représentait pour ses fans : pas une discographie, une permission d'exister. Si tu ne devais découvrir Dolly Parton que par une seule porte, c'est probablement celle-là.

La sainte patronne officieuse de la pop culture

Ces vingt dernières années, Dolly Parton était devenue autre chose qu'une star : un refuge. Son Imagination Library, lancée en hommage à son père qui ne savait pas lire, envoie chaque mois un livre gratuit aux enfants de la naissance à 5 ans, et a dépassé les 200 millions d'ouvrages offerts. En 2020, elle a donné un million de dollars au centre médical de l'université Vanderbilt pour financer la recherche qui a contribué au vaccin Moderna. Et sur les réseaux, elle était ce phénomène rare : un mème vivant que personne ne moquait vraiment, adorée des drag queens comme des églises baptistes, des gamers qui la croisaient en égérie improbable comme des grands-mères qui l'écoutaient depuis 1967.

« Une vie de strass qui a brillé assez fort pour que le monde entier la voie. »

Bryan Seaver, son neveu

Les hommages ont afflué toute la nuit, de Nashville à Hollywood. À sa demande, les funérailles resteront privées, en famille. Pas de cérémonie géante, pas de cortège : une sortie discrète pour la femme la plus flamboyante de la musique américaine. Le paradoxe lui ressemble.

« Jolene », le classique de 1973, sur la chaîne officielle de Dolly Parton (source : Dolly Parton)

Par où commencer si tu ne connais que « Jolene » ? Prends une heure ce soir : « Coat of Many Colors » pour l'enfance, « The Bargain Store » pour la plume, « 9 to 5 » pour la rage joyeuse, et la version originale de « I Will Always Love You » pour comprendre d'où venait tout le reste. Dolly Parton a passé 60 ans à répéter qu'elle n'était qu'une fille de la campagne qui avait eu de la chance. Personne n'a jamais eu autant de talent en prétendant en avoir si peu.