Cannes 2026 : la Palme d'or à Cristian Mungiu pour Fjord, drame familial Sebastian Stan
Le réalisateur roumain prend sa seconde Palme d'or (après 2007), avec un drame tourné en Norvège qui oppose une famille évangélique roumaine aux services sociaux. Sebastian Stan livre une performance saluée par toute la critique, et profite de la promo pour critiquer ouvertement Donald Trump. Une cérémonie politique autant que cinématographique.
Par Fred Ferrer, le 24 mai 2026. Catégorie : Cinéma.
Samedi soir, 23 mai 2026, Cannes. La salle du Grand Théâtre Lumière vibre quand Park Chan-wook, président du jury de cette 79e édition, ouvre l'enveloppe finale et prononce les mots qui changent une carrière : la Palme d'or 2026 revient à Fjord, de Cristian Mungiu. Le cinéaste roumain monte sur scène et fait une chose qu'on voit rarement : il pleure. Pas le sanglot photogénique du primé moyen. Le vrai, contenu mais visible, de celui qui sait à quel point la deuxième Palme est plus dure à arracher que la première. Mungiu en a déjà une, décrochée en 2007 pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours. Près de vingt ans entre les deux, et un club de doubles palmés qui reste minuscule.
Un film qui pose une question brutale au public
Fjord suit une famille évangélique roumaine installée en Norvège, dans la ville natale de la mère. Le père, Mihai, est joué par Sebastian Stan ; la mère, Lisbet, par Renate Reinsve, révélée par Julie (en 12 chapitres). Les services sociaux locaux s'invitent dans leur quotidien et regardent leurs méthodes d'éducation, châtiments corporels compris, comme de la maltraitance. Le film n'épargne personne : ni les parents, montrés dans une conviction sincère et aveugle, ni l'institution, filmée dans sa froideur procédurale, ni les enfants, dont les regards portent toute la charge. C'est exactement le terrain que Mungiu travaille depuis 4 mois, 3 semaines, 2 jours : la collision frontale entre l'individu et le système, sans bons ni méchants, juste des humains coincés dans des règles plus grandes qu'eux.

Sebastian Stan, en plein virage cinéma d'auteur
Le casting de Sebastian Stan avait fait lever quelques sourcils à l'annonce du film. Stan, c'est Bucky Barnes dans le Marvel Cinematic Universe, c'est aussi le Tommy Lee de Pam & Tommy. Pas franchement le profil pour porter un drame roumain tourné en Norvège. La projection du 18 mai a réglé le débat : dix minutes d'ovation debout, et une critique européenne largement conquise. Stan a par ailleurs réitéré à Cannes ses critiques publiques de Donald Trump, sujet qu'il n'évite plus depuis The Apprentice. Ses fans parlent de renaissance, après un virage déjà entamé avec Sharper en 2023 et A Different Man en 2024. Tout indique qu'il vise une nomination aux Oscars, et une Palme d'or ne nuit jamais à ce genre de trajectoire.
Une famille, un État, et personne à qui donner tort : c'est exactement le genre de film que Cannes existe pour couronner.
Une Palme qui tranche avec la saison des blockbusters
Fjord n'a pas gagné qu'une Palme. Le film est reparti avec le prix François Chalais, le prix de la FIPRESCI, celui du jury œcuménique et le prix de la Citoyenneté, un carton plein rare pour un même titre. Récompenser un drame social roumano-norvégien porté par des acteurs peu identifiés du grand public américain, au moment où l'industrie ne parle que de la promotion géante de Dune 3 à CinemaCon dont on parlait récemment, c'est une déclaration d'intention. Le festival se recale sur son ADN : distinguer un cinéma d'auteur exigeant, même quand il ne vend pas. Côté distribution, Neon a préempté les droits américains avant le festival, et signe ainsi sa septième Palme d'or consécutive, une série qui commence à ressembler à un flair industriel plus qu'à de la chance. À surveiller : la date de sortie française et la campagne américaine, qui décideront si Fjord existe encore en janvier prochain, au moment des nominations.
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