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IA et style Ghibli : le débat copyright qui agite Internet

Quand chaque utilisateur peut faire un Ghibli avec un prompt, où s'arrête le droit d'auteur ?

Par Camille D., le 21 avril 2026. Catégorie : Culture.

IA et style Ghibli : le débat copyright qui agite Internet

Tu te souviens forcément de la vague Ghibli de mars 2025. OpenAI met à jour son générateur d'images, et du jour au lendemain n'importe qui transforme une photo de vacances en illustration façon Totoro avec un prompt de six mots. Photos de profil, mèmes politiques, avatars d'entreprises : en une semaine, le style d'un studio devient un filtre. Derrière la blague, une question sèche restait posée : est-ce qu'on a le droit ?

Ce que Ghibli en pense

Hayao Miyazaki n'a jamais eu besoin d'être sollicité sur le sujet. En 2016, face à une démonstration d'animation générée par ordinateur, il lâchait déjà une phrase restée célèbre : il y voyait une insulte à la vie elle-même. Le studio, lui, n'a fait aucune déclaration officielle après la vague de 2025. Ce silence a été lu comme du mépris poli. Il traduisait surtout un problème juridique concret : un style graphique n'est pas protégeable en tant que tel, seules les oeuvres précises le sont.

La réponse est finalement venue par le collectif. Le 28 octobre 2025, la CODA, l'organisation japonaise de défense des contenus, a envoyé une lettre à OpenAI pour lui demander de cesser d'utiliser les oeuvres de ses membres dans l'entraînement de Sora 2, son générateur de vidéos. Parmi les signataires : Studio Ghibli, Square Enix, Bandai Namco, Shueisha. L'argument de la CODA est plus solide qu'un débat sur le style, il porte sur les sorties du modèle, dont une grande partie ressemble de très près à des oeuvres japonaises identifiables. Et le droit japonais ne connaît pas l'opt-out a posteriori : l'autorisation se demande avant, pas après.

Le vrai point de friction

Le sujet n'est pas seulement juridique, il est économique. Les modèles ont été entraînés sur des millions d'images sans accord ni rémunération. Quand un utilisateur génère un faux Ghibli, il puise dans ce stock. Pour les artistes, c'est du vol structurel : leur travail sert de matière première à un produit qui les concurrence. Les défenseurs de l'IA répondent qu'un dessinateur humain s'inspire lui aussi de ce qu'il a vu. La différence tient à l'échelle et à la vitesse, et c'est précisément ce que le droit d'auteur n'avait pas prévu.

Le levier le plus concret aujourd'hui est européen, et il est déjà en vigueur. Le règlement européen sur l'IA impose depuis le 2 août 2025 aux fournisseurs de modèles à usage général de publier un résumé détaillé des contenus utilisés pour l'entraînement. La Commission a publié le modèle de document à remplir le 24 juillet 2025 : sources publiques, données sous licence, contenus aspirés sur le web, mesures prises pour respecter les réserves de droits. Les modèles déjà sur le marché avant août 2025 ont jusqu'au 2 août 2027 pour se mettre en conformité.

Concrètement, ça veut dire qu'on saura bientôt, noir sur blanc, ce qui a nourri ces modèles. Et c'est le point de bascule : tant que la liste reste secrète, aucun studio ne peut prouver grand-chose. Le jour où elle est publique, les procédures deviennent jouables. À surveiller dans les mois qui viennent : le contenu réel des premiers résumés publiés, et la réponse d'OpenAI à la CODA, toujours attendue.

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