À l'est d'Éden sur Netflix : Florence Pugh, terrifiante en Cathy Ames
Depuis le 1er octobre, la minisérie en sept épisodes de Zoe Kazan adapte le roman de Steinbeck bien plus fidèlement que le film culte réalisé par son grand-père Elia Kazan avec James Dean. La critique salue Florence Pugh et Hoon Lee, avec quelques réserves sur le rythme.
Par Camille D., le 3 octobre 2026. Catégorie : Streaming.
Une jeune femme, le visage couvert de bleus et de croûtes, frappe à la porte d'une ferme du Connecticut. Elle dit ne se souvenir de rien. Les deux frères qui lui ouvrent ne voient pas la même chose : Adam, doux et confiant, tombe immédiatement sous le charme, tandis que Charles devine quelque chose de sombre derrière ce regard. Et dès la première scène, c'est elle qui pose le décor, en voix off : elle croit qu'il existe des monstres nés de parents humains. Elle s'appelle Cathy Ames, et Florence Pugh lui prête un visage dans À l'est d'Éden, disponible sur Netflix depuis le 1er octobre.
Les sept épisodes de la minisérie sont sortis d'un coup, dans le monde entier. Le roman de John Steinbeck, publié en 1952, raconte sur plusieurs générations une relecture de la Genèse dans la Californie du tournant du XXe siècle, avec deux paires de frères rivaux qui rejouent Caïn et Abel. La série a été créée et écrite par Zoe Kazan, avec Jeb Stuart, scénariste de Die Hard et du Fugitif, comme co-showrunner. Garth Davis, réalisateur de Lion, signe les quatre premiers épisodes, et la Française Laure de Clermont-Tonnerre, réalisatrice de Nevada, les trois derniers. Autour de Pugh, on retrouve Christopher Abbott, Mike Faist, Hoon Lee, Tracy Letts, Martha Plimpton et Ciarán Hinds.
Une affaire de famille chez les Kazan
Le détail qui donne tout son sel au projet : Zoe Kazan est la petite-fille d'Elia Kazan, qui avait réalisé la première adaptation en 1955, avec un James Dean inoubliable dans le rôle de Cal. Mais ce film culte ne racontait que le dernier tiers du roman. La petite-fille reprend donc l'histoire là où le grand-père l'avait laissée de côté, c'est-à-dire presque partout. The Hollywood Reporter va jusqu'à juger le film de 1955 désastreux en tant qu'adaptation, et estime que la série s'approche bien davantage des profondeurs de Steinbeck. Variety la trouve même plus fidèle encore que le film, tout en déplaçant les points de vue pour mettre en avant deux personnages : Cathy, et Lee. Le récit suit d'abord Adam et Cathy jusqu'à la vallée de Salinas, où ils croisent le jovial Samuel Hamilton, joué par Ciarán Hinds, avant d'arriver aux événements du film de 1955 : les jumeaux Cal et Aron, interprétés par Joseph Zada et Joe Anders, et Abra, jouée par Zoe Phillips, qui se retrouve entre eux. Côté fabrication, la série soigne chaque plan, avec la photographie de Stuart Dryburgh, les costumes de Kirsty Cameron et une musique signée Laura Karpman.

Pugh en Cathy, Hoon Lee en cœur battant
Pugh, également productrice exécutive, tient là son premier grand rôle à la télévision depuis The Little Drummer Girl de Park Chan-wook en 2018. Nommée à l'Oscar avant ses 30 ans pour Les Filles du docteur March de Greta Gerwig, autre grande adaptation littéraire, elle attendait selon Variety un rôle vraiment à sa mesure. Sa Cathy traverse les décennies, de jeune fille vulnérable à épouse malgré elle, puis tenancière d'une maison close à Salinas. Variety la compare à Scarlett Johansson dans Under the Skin : une créature qui agit moins par méchanceté que par nature. The Hollywood Reporter la trouve terrifiante, et note qu'elle fait encore plus peur quand elle dit la vérité que quand elle ment. Les deux critiques soulignent aussi un choix de Kazan : une origine ajoutée, qui explique comment Cathy est devenue ce qu'elle est. Elle rend le personnage plus humain, au prix d'un peu de sa sauvagerie.
L'autre révélation s'appelle Hoon Lee. Il joue Lee, le cuisinier sino-américain de la famille Trask, un homme cultivé qui prend un accent forcé devant les étrangers racistes qui l'attendent de lui, et débat de philosophie en privé. Le personnage avait été purement et simplement coupé du film de 1955, ce que The Hollywood Reporter qualifie de répréhensible. La série lui consacre un épisode entier, coécrit par le romancier Alexander Chee, et fait de lui la voix du thème central du roman, le mot hébreu timshel, « tu peux », qui place le libre arbitre au-dessus du destin. Les réserves existent : sept épisodes au lieu des huit prévus, un tournage déplacé en Nouvelle-Zélande pour réduire les coûts, un Christopher Abbott jugé monocorde, et une promo Netflix qui vend un triangle amoureux que la série n'est pas.
Florence Pugh n'a pas fini de nous occuper : on racontait au printemps comment Paramount avait déboursé 36 millions de dollars pour l'adaptation de The Midnight Library avec elle en tête d'affiche. En attendant, À l'est d'Éden est le gros binge littéraire du week-end. Garde de l'énergie pour la suite du mois : Lupin revient sur Netflix le 23 octobre pour sa partie 4, avec Omar Sy. Et si la série te donne envie d'ouvrir enfin le roman de Steinbeck, ce sera sans doute le plus beau compliment qu'on puisse lui faire.
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