[{"type":"paragraph","text":{"fr":"Mercredi soir, salle IMAX, rangée du milieu. Les lumières baissent, le logo Toho apparaît, et pendant quelques secondes, il ne se passe rien. Puis le sol se met à vibrer. Pas l'écran, le sol, sous tes chaussures, comme si un camion passait dans la rue d'à côté. Le premier rugissement arrive, et toute la salle se tasse dans ses fauteuils en même temps. Ce réflexe collectif, des centaines de milliers de spectateurs l'avaient connu fin 2023 avec Godzilla Minus One. Depuis le 4 novembre, il revient en France avec la suite, Godzilla Minus Zero, et le film arrive avec une pression énorme sur ses épaules écailleuses.","en":"Wednesday night, IMAX theater, middle row. The lights dim, the Toho logo appears, and for a few seconds nothing happens. Then the floor starts to shake. Not the screen, the floor, under your shoes, as if a truck were rolling down the next street. The first roar comes, and the whole room sinks into its seats at once. Hundreds of thousands of viewers felt that collective reflex in late 2023 with Godzilla Minus One. Since November 4, it's back in France with the sequel, Godzilla Minus Zero, and the film arrives with enormous pressure on its scaly shoulders."}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Il faut se rappeler d'où vient cette saga. En mars 2024, Minus One remportait l'Oscar des meilleurs effets visuels, une première pour un film japonais, avec un budget qu'on estimait à moins de 15 millions de dollars, une somme minuscule face aux blockbusters hollywoodiens qu'il battait ce soir-là. Takashi Yamazaki, qui en signait à la fois la réalisation, le scénario et les effets spéciaux, était devenu du jour au lendemain le cinéaste dont tout le monde voulait la suite. Il a tenu parole : il reprend les trois casquettes pour Minus Zero, et ramène avec lui le cœur du casting.","en":"It's worth remembering where this saga comes from. In March 2024, Minus One won the Oscar for best visual effects, a first for a Japanese film, on a budget estimated at under $15 million, a tiny sum next to the Hollywood blockbusters it beat that night. Takashi Yamazaki, who handled directing, writing and visual effects all at once, overnight became the filmmaker everyone wanted a sequel from. He delivered: he wears all three hats again for Minus Zero, and brings back the core of the cast."}},{"type":"heading","text":{"fr":"Retour en 1949, deux ans après Ginza","en":"Back to 1949, two years after Ginza"}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"L'histoire reprend en 1949, deux ans après la tragédie de Ginza qui concluait le premier film. Kōichi Shikishima et Noriko élèvent désormais la petite Akiko, et les survivants du premier volet travaillent pour le bureau chargé de répondre aux catastrophes. On retrouve donc Ryūnosuke Kamiki et Minami Hamabe dans les rôles principaux, entourés de Sakura Andō, Hidetaka Yoshioka, Yūki Yamada, Masami Nagasawa et Min Tanaka. Le principe reste le même que dans Minus One, et c'est ce qui faisait sa force : Godzilla n'est pas un super-héros de la destruction, c'est une catastrophe qui tombe sur un pays encore à genoux, qui panse ses blessures de guerre et qui doit, une fois de plus, se relever avec ses propres moyens. Le film fait 2 h 15, dix minutes de plus que son prédécesseur, ce qui en fait le plus long Godzilla japonais de l'histoire de la franchise.","en":"The story picks up in 1949, two years after the Ginza tragedy that closed the first film. Kōichi Shikishima and Noriko are now raising little Akiko, and the first film's survivors work for the office in charge of disaster response. So Ryūnosuke Kamiki and Minami Hamabe return in the lead roles, alongside Sakura Andō, Hidetaka Yoshioka, Yūki Yamada, Masami Nagasawa and Min Tanaka. The principle remains the same as in Minus One, and that's what made it strong: Godzilla isn't a superhero of destruction, it's a disaster striking a country still on its knees, tending its war wounds and forced, once again, to get back up on its own. The film runs 2 hours 15 minutes, ten minutes longer than its predecessor, making it the longest Japanese Godzilla in the franchise's history."}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Au Japon, Toho a choisi une date symbolique : le 3 novembre, jour férié de la Culture, que les fans célèbrent aussi comme le « Godzilla Day », en mémoire de la sortie du tout premier Gojira le 3 novembre 1954. En France, le film est sorti dès le lendemain, le mercredi 4 novembre, dans plus de 300 salles, distribué par All The Anime, Apollo Films et CGR Events. Il est proposé en version originale sous-titrée et en version française, avec des séances IMAX et 4DX dans les cinémas équipés. Pour un film japonais, une telle combinaison de salles reste rare, et elle dit à quel point le succès de Minus One a changé le regard des distributeurs sur le kaiju eiga.","en":"In Japan, Toho picked a symbolic date: November 3, Culture Day, a public holiday fans also celebrate as « Godzilla Day », marking the release of the very first Gojira on November 3, 1954. In France, the film came out the very next day, Wednesday, November 4, in more than 300 theaters, distributed by All The Anime, Apollo Films and CGR Events. It's showing in subtitled original version and in French, with IMAX and 4DX screenings in equipped theaters. For a Japanese film, such a wide release is still rare, and it shows how much Minus One's success changed distributors' view of kaiju cinema."}},{"type":"heading","text":{"fr":"Une critique emballée, mais moins unanime","en":"Enthusiastic reviews, but less unanimous"}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Les premiers avis étaient tombés fin septembre, après une présentation au Festival du film de New York, et le ton était euphorique. Depuis, la moyenne s'est stabilisée autour de 90 % d'avis positifs sur Rotten Tomatoes, entre 91 et 95 % selon les relevés, et 74 sur Metacritic. C'est très bon, mais en dessous de Minus One, qui affiche 99 % et 81. Certains critiques sont allés très loin dans l'éloge. D'autres ont été plus mesurés : TheWrap, par exemple, juge le film réussi et prenant, mais nettement plus extravagant que son prédécesseur, qui tirait une partie de sa puissance de sa retenue. C'est le débat qui attend chaque spectateur à la sortie de la salle : faut-il aller plus grand, ou rester intime ?","en":"First reactions landed in late September, after a screening at the New York Film Festival, and the tone was euphoric. Since then, the average has settled around 90% positive on Rotten Tomatoes, between 91 and 95% depending on the snapshot, and 74 on Metacritic. That's very good, but below Minus One, which stands at 99% and 81. Some critics went very far in their praise. Others were more measured: TheWrap, for instance, finds the film accomplished and gripping, but noticeably sillier than its predecessor, which drew part of its power from restraint. That's the debate waiting for every viewer on the way out of the theater: should it go bigger, or stay intimate?"}},{"type":"quote","text":{"fr":"Meilleur que Godzilla Minus One à presque tous les égards.","en":"Better than Godzilla Minus One in almost every way."},"author":"David Ehrlich, IndieWire"},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Le chiffre de Rotten Tomatoes ne dit d'ailleurs pas tout. Un pourcentage mesure la part de critiques qui recommandent un film, pas l'intensité de leur enthousiasme. Minus One avait réussi un exploit rare en mettant presque tout le monde d'accord. Minus Zero, plus ambitieux et plus spectaculaire, divise davantage sur l'équilibre entre le drame humain et le grand spectacle. Pour un deuxième film, c'est presque logique : la surprise ne peut pas se reproduire, alors Yamazaki a choisi de monter d'un cran.","en":"The Rotten Tomatoes figure doesn't tell the whole story, either. A percentage measures the share of critics who recommend a film, not how enthusiastic they are. Minus One pulled off the rare feat of getting almost everyone to agree. Minus Zero, more ambitious and more spectacular, divides more over the balance between human drama and big spectacle. For a second film, that's almost logical: the surprise can't happen twice, so Yamazaki chose to turn it up a notch."}},{"type":"image","src":"/images/articles/857-body-1.webp","alt":{"fr":"Godzilla dans Godzilla Minus Zero, visuel illustrant l'accueil critique du film","en":"Godzilla in Godzilla Minus Zero, an image illustrating the film's critical reception"},"credit":"ComicBookMovie / Toho"},{"type":"heading","text":{"fr":"Le pari du box-office américain","en":"The US box office bet"}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"C'est là que l'histoire devient vraiment intéressante. En Amérique du Nord, où le film sort ce vendredi 6 novembre, les avant-premières ont rapporté autour de 6 millions de dollars, en comptant les séances spéciales du Godzilla Day plus tôt dans la semaine. À titre de comparaison, Minus One avait encaissé 2,1 millions en avant-premières avant de démarrer à 11,4 millions de dollars sur son premier week-end. Les projections donnaient déjà plus de 30 millions pour Minus Zero, et le site World of Reel estime désormais qu'un démarrage à 40 millions n'est plus hors de portée. Pour situer, Godzilla II : Roi des Monstres, superproduction hollywoodienne de 2019, avait réalisé 6,3 millions en avant-premières pour un démarrage à 47 millions. Un film japonais qui jouerait dans la même cour qu'un blockbuster américain, ce serait du jamais vu pour la franchise.","en":"That's where the story gets really interesting. In North America, where the film opens this Friday, November 6, previews brought in around $6 million, counting the special Godzilla Day screenings earlier in the week. By comparison, Minus One took $2.1 million in previews before opening to $11.4 million on its first weekend. Projections already had Minus Zero above $30 million, and World of Reel now reckons a $40 million opening is within reach. For context, Godzilla: King of the Monsters, a 2019 Hollywood blockbuster, made $6.3 million in previews on its way to a $47 million opening. A Japanese film playing in the same league as an American blockbuster would be unheard of for the franchise."}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Ce succès possible raconte quelque chose de plus large sur le cinéma d'aujourd'hui. Le public américain, longtemps réputé allergique aux sous-titres, va voir en masse un film tourné en japonais, porté par des acteurs qu'il ne connaissait pas il y a trois ans. Les animés ont ouvert la voie, de Demon Slayer à Jujutsu Kaisen, et Minus One a prouvé qu'un film live action non anglophone pouvait suivre. Pour les studios hollywoodiens, qui dépensent dix fois plus pour des résultats parfois moins bons, la leçon est cruelle : une vision d'auteur claire et des effets maîtrisés valent mieux qu'un budget infini.","en":"That possible success says something broader about today's cinema. American audiences, long reputed to be allergic to subtitles, are turning out in droves for a film shot in Japanese, led by actors they didn't know three years ago. Anime paved the way, from Demon Slayer to Jujutsu Kaisen, and Minus One proved a non-English live-action film could follow. For Hollywood studios, which spend ten times as much for sometimes weaker results, the lesson stings: a clear authorial vision and well-crafted effects are worth more than an infinite budget."}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Si tu hésites entre les versions, l'IMAX vaut vraiment le détour pour un film pensé autour de l'échelle et du son, et la VOSTF permet de garder les voix originales du casting, qui portent une bonne partie de l'émotion. Les estimations du week-end américain tomberont dimanche soir, heure de Paris, et les chiffres définitifs lundi. D'ici là, la meilleure façon de savoir dans quel camp tu te ranges, celui d'Ehrlich ou celui de TheWrap, reste de t'asseoir dans le noir et de sentir le sol trembler.","en":"If you're torn between versions, IMAX is truly worth it for a film built around scale and sound, and the subtitled version keeps the cast's original voices, which carry much of the emotion. US weekend estimates will land Sunday night, Paris time, with final figures on Monday. Until then, the best way to find out which camp you're in, Ehrlich's or TheWrap's, is to sit in the dark and feel the floor shake."}}]