[{"type":"paragraph","text":{"fr":"Été 2012. Tu ne peux pas y échapper : à la radio, dans les soirées, dans les vidéos de sportifs qui font du playback dans un bus, partout la même phrase, « Hey, I just met you ». Pendant des années, Carly Rae Jepsen a été ça, la fille de Call Me Maybe, un tube tellement énorme qu'il a failli tout recouvrir. Quatorze ans plus tard, elle sort un double album de 24 titres, le huitième de sa carrière, et la presse musicale anglo-saxonne s'accorde à dire que c'est son disque le plus aventureux. Day and Night est sorti le vendredi 18 septembre chez Schoolboy et Interscope, et il affiche déjà la meilleure moyenne critique de toute sa discographie, 83 sur Metacritic.","en":"Summer 2012. You cannot escape it: on the radio, at parties, in videos of athletes lip-syncing on a bus, the same line everywhere, 'Hey, I just met you'. For years, Carly Rae Jepsen was that, the Call Me Maybe girl, a hit so huge it nearly buried everything else. Fourteen years later, she releases a 24-track double album, the eighth of her career, and the English-language music press agrees it is her most adventurous record. Day and Night came out on Friday, September 18 on Schoolboy and Interscope, and it already holds the best critical average of her entire discography, 83 on Metacritic."}},{"type":"heading","text":{"fr":"Le jour : guitares, soleil et bossa nova","en":"Day: guitars, sunshine and bossa nova"}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Le principe est simple, douze titres pour le jour, douze pour la nuit, une heure vingt-cinq au total. La face « Day » surprend le plus. Jepsen y abandonne les synthés brillants qui ont fait sa réputation pour des instruments joués en live et des influences pop psychédélique des années 1970. NME décrit Burning Heart comme du rock psychédélique fait pour rouler de nuit sur l'autoroute, Wild Child comme une ballade de feu de camp, et Just A Little Walk On The Moon comme une bossa nova fantaisiste. Good Fine Alright joue la carte du tempo moyen rêveur. C'est la moitié que plusieurs critiques jugent la plus audacieuse, justement parce qu'on ne l'attendait pas là. Derrière une grande partie de ces chansons, on retrouve Cole M.G.N., musicien et producteur qu'elle a épousé l'an dernier, et dont l'influence se sent dans cette envie de sons plus organiques.","en":"The principle is simple, twelve tracks for day, twelve for night, an hour and twenty-five minutes in total. The 'Day' side is the most surprising. Jepsen drops the shiny synths that made her name for live-played instruments and 1970s psychedelic pop influences. NME describes Burning Heart as psychedelic drivetime rock, Wild Child as campfire balladry, and Just A Little Walk On The Moon as whimsical bossa nova. Good Fine Alright plays the dreamy midtempo card. It is the half several critics consider the boldest, precisely because nobody expected her there. Behind many of these songs is Cole M.G.N., the musician and producer she married last year, and his influence can be felt in this taste for more organic sounds."}},{"type":"heading","text":{"fr":"La nuit : ABBA, house et disco","en":"Night: ABBA, house and disco"}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"La face « Night » ramène Jepsen sur son terrain, mais en mieux habillée. Don't Leave Me On The Dancefloor, sorti en single début août, emprunte ouvertement à ABBA. Motivation tire vers la house et se présente comme une fête de famille, Amalfi Coast fait du disco ensoleillé, et Near Or Far, mélancolique, rappelle Everything But The Girl selon NME. La production passe par des noms que ses fans connaissent bien, comme Noonie Bao et Patrik Berger, déjà au cœur de ses disques précédents. Quatre singles ont préparé le terrain depuis l'annonce du 22 juin : On Wires, After All, Don't Leave Me On The Dancefloor puis Motivation. Écoutés dans l'ordre de l'album, les deux disques racontent une même histoire d'amour, du voyage en tournée à travers l'Europe jusqu'à la vie de couple, avec cette idée qui traverse tout le disque : le désir et la stabilité peuvent cohabiter.","en":"The 'Night' side brings Jepsen back to her home turf, but better dressed. Don't Leave Me On The Dancefloor, released as a single in early August, openly borrows from ABBA. Motivation leans toward house and presents itself as a family celebration, Amalfi Coast is sun-dappled disco, and the melancholy Near Or Far recalls Everything But The Girl according to NME. Production goes through names her fans know well, such as Noonie Bao and Patrik Berger, already at the heart of her previous records. Four singles paved the way since the June 22 announcement: On Wires, After All, Don't Leave Me On The Dancefloor, then Motivation. Played in album order, the two discs tell the same love story, from touring across Europe to life as a couple, with one idea running through the whole record: desire and stability can coexist."}},{"type":"quote","text":{"fr":"C'est l'œuvre la plus expérimentale et la plus grisante de Jepsen.","en":"It's Jepsen's most experimental and exhilarating work."},"author":"Rolling Stone"},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Rolling Stone lui donne quatre étoiles et parle d'un carnet de voyage amoureux, autant dans la musique que dans les paroles. NME la sacre reine d'une pop accrocheuse mais pleine de nuances, dont les meilleures chansons sonnent comme d'énormes tubes même quand les classements ne suivent pas. Et c'est tout le paradoxe Jepsen : depuis Emotion en 2015, elle a sorti des disques adorés par la critique et par une communauté fidèle, sans jamais retrouver l'impact commercial de 2012. Ce statut d'artiste culte lui laisse une liberté rare, celle de sortir un double album de 85 minutes à une époque où les plateformes poussent à raccourcir. Seul bémol relevé par quelques critiques : cette longueur, justement, qu'on aurait pu resserrer.","en":"Rolling Stone gives it four stars and calls it a travelogue of love, in the music as much as the lyrics. NME crowns her the queen of catchy but nuanced pop, whose best songs sound like huge hits even when the charts do not follow. And that is the whole Jepsen paradox: since Emotion in 2015, she has released records beloved by critics and a loyal community, without ever matching the commercial impact of 2012. That cult status gives her a rare freedom, releasing an 85-minute double album at a time when streaming platforms push for shorter. The only drawback a few critics raise: that very length, which could have been tightened."}},{"type":"heading","text":{"fr":"Une artiste qui a toujours eu une face B","en":"An artist who always had a B-side"}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Au fond, ce double album n'est pas une rupture mais l'aboutissement d'une vieille habitude. Jepsen écrit énormément, et elle a toujours refusé de laisser dormir les chansons qui ne rentraient pas dans un disque. Après Emotion, elle avait publié Emotion: Side B en 2016, huit titres jugés par beaucoup de fans aussi bons que l'album lui-même. Même chose avec Dedicated, suivi de Dedicated Side B en 2020. Puis The Loneliest Time, en 2022, a reçu un an plus tard un disque jumeau, The Loveliest Time, plus lumineux. Day and Night assume enfin ce fonctionnement en deux temps dès le départ : plutôt qu'un album suivi d'une face B, deux faces pensées ensemble, qui se regardent. Pour une chanteuse qu'on a longtemps résumée à un refrain, c'est une manière élégante de rappeler qu'elle est avant tout une autrice, capable de tenir la distance sur vingt-quatre chansons sans se répéter.","en":"Deep down, this double album is not a break but the culmination of an old habit. Jepsen writes a huge amount, and she has always refused to let the songs that did not fit on a record gather dust. After Emotion, she released Emotion: Side B in 2016, eight tracks many fans consider as good as the album itself. Same thing with Dedicated, followed by Dedicated Side B in 2020. Then The Loneliest Time, in 2022, got a twin record a year later, the brighter The Loveliest Time. Day and Night finally embraces this two-step approach from the start: rather than an album followed by a B-side, two sides conceived together, facing each other. For a singer long reduced to a chorus, it is an elegant way of reminding everyone that she is first and foremost a songwriter, able to go the distance over twenty-four songs without repeating herself."}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Par où commencer ? Si tu viens pour la Carly que tu connais, lance Don't Leave Me On The Dancefloor, puis Amalfi Coast, et laisse la nuit faire son travail. Si tu veux comprendre pourquoi la critique s'enflamme, commence plutôt par Burning Heart, fenêtre ouverte et volume un peu trop fort. Et si tu veux l'écouter d'une traite, comme elle l'a pensé, garde une heure et demie devant toi, casque sur les oreilles. La chanteuse enchaîne avec l'All Things Go Festival le 27 septembre, premier test sur scène de ce disque en deux temps.","en":"Where to start? If you are here for the Carly you know, put on Don't Leave Me On The Dancefloor, then Amalfi Coast, and let the night do its work. If you want to understand why critics are raving, start instead with Burning Heart, windows down and volume a little too loud. And if you want to hear it in one go, the way she designed it, set aside an hour and a half, headphones on. The singer moves on to the All Things Go Festival on September 27, the first live test for this two-sided record."}}]