[{"type":"paragraph","text":{"fr":"Fall River, Massachusetts, 4 août 1892, un jeudi de canicule. Vers 11 h, Lizzie Borden, 32 ans, appelle la domestique en criant que quelqu'un a tué son père. Andrew Borden gît sur le canapé du salon, le visage méconnaissable. À l'étage, on découvre sa belle-mère, Abby, tuée un peu plus tôt à coups de hache. Il n'y a pas d'effraction, pas d'arme retrouvée avec certitude, et une seule personne adulte dans la maison en dehors de la bonne. Un an plus tard, en juin 1893, un jury de douze hommes acquitte Lizzie en moins de deux heures. Et une comptine que les enfants américains chantent encore, quarante coups pour la mère, quarante et un pour le père, fait le reste. C'est ce fait divers de 134 ans que Netflix met en ligne aujourd'hui, 17 septembre, en huit épisodes, sous le titre Monster: The Lizzie Borden Story.","en":"Fall River, Massachusetts, August 4, 1892, a sweltering Thursday. Around 11am, Lizzie Borden, 32, calls the maid, shouting that someone has killed her father. Andrew Borden lies on the sitting room sofa, his face unrecognizable. Upstairs, they find her stepmother, Abby, killed a little earlier with an axe. No break-in, no weapon found with certainty, and only one adult in the house besides the maid. A year later, in June 1893, a jury of twelve men acquits Lizzie in under two hours. And a rhyme American children still sing, forty whacks for the mother, forty-one for the father, does the rest. That 134-year-old case is what Netflix puts online today, September 17, in eight episodes, under the title Monster: The Lizzie Borden Story."}},{"type":"heading","text":{"fr":"La première saison sans coupable établi","en":"The first season without an established culprit"}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"C'est ce qui rend cette quatrième saison différente des trois premières. Jeffrey Dahmer a avoué. Lyle et Erik Menendez ont été condamnés. Ed Gein a été interné après des aveux. Lizzie Borden, elle, a été acquittée, et personne n'a jamais été condamné pour les meurtres de Fall River. Pour une anthologie dont le titre même désigne le coupable, c'est un problème de départ que Ryan Murphy et son co-créateur Ian Brennan ont choisi de transformer en sujet. Brennan ne cache pas son opinion : il pense qu'elle l'a fait, tout en précisant que la série envisage d'autres théories. Et il assume le choix d'une femme, pour la première fois, en expliquant qu'il était temps d'enquêter sur une tueuse. Ce déplacement change tout au regard porté sur le personnage : le soupçon, en 1892, se heurtait à l'idée qu'une jeune femme de bonne famille, protestante, pieuse, puisse tenir une hache. Le jury n'a pas pu l'imaginer. La série, elle, imagine.","en":"That is what makes this fourth season different from the first three. Jeffrey Dahmer confessed. Lyle and Erik Menendez were convicted. Ed Gein was committed after confessing. Lizzie Borden was acquitted, and nobody was ever convicted for the Fall River murders. For an anthology whose very title names the culprit, that is a starting problem Ryan Murphy and co-creator Ian Brennan chose to turn into the subject. Brennan does not hide his opinion: he thinks she did it, while noting the show entertains other theories. And he owns the choice of a woman, for the first time, explaining it was time to investigate a female killer. That shift changes everything about how the character is seen: in 1892, suspicion ran into the idea that a well-bred, Protestant, pious young woman could hold an axe. The jury could not imagine it. The series does."}},{"type":"quote","text":{"fr":"Nous avions vraiment le sentiment qu'il était temps d'enquêter sur une tueuse.","en":"We really felt like it was time to investigate a female killer."},"author":"Ian Brennan"},{"type":"heading","text":{"fr":"Ella Beatty et une distribution qui ne plaisante pas","en":"Ella Beatty and a cast that means business"}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Le pari du casting, c'est Ella Beatty, 26 ans, fille d'Annette Bening et de Warren Beatty, vue chez Murphy dans Feud: Capote vs. The Swans. Brennan explique l'avoir choisie pour son visage qu'il décrit comme une page blanche, capable de dégager une innocence totale, ce qui, pour un rôle dont toute la tension repose sur ce qu'on ne sait pas, est l'outil principal. Beatty, de son côté, dit avoir voulu être aussi précise que possible sur l'humanité de Lizzie pour aider le public à explorer ses propres questions. Autour d'elle, Charlie Hunnam joue Andrew Borden, le père autoritaire et avare, Rebecca Hall la belle-mère Abby, Billie Lourd la sœur aînée Emma, et Vicky Krieps la domestique irlandaise Bridget Sullivan, que la famille appelle Maggie sans se soucier de son vrai prénom. Jessica Barden incarne Nance O'Neil, l'actrice dont Lizzie fut proche après le procès. Et Sarah Paulson apparaît en Aileen Wuornos, un rôle qui ressemble fort à une porte ouverte vers une saison future. La réalisation est confiée à Max Winkler, et Rebecca Hall résume le ton en parlant d'un film d'époque irrévérencieux et punk, pas d'un drame en costumes classique.","en":"The casting bet is Ella Beatty, 26, daughter of Annette Bening and Warren Beatty, seen under Murphy in Feud: Capote vs. The Swans. Brennan says he chose her for a face he describes as a blank slate, able to exude total innocence, which, for a role whose whole tension rests on what we do not know, is the main tool. Beatty, for her part, says she wanted to be as precise as possible about Lizzie's humanity to help the audience explore its own questions. Around her, Charlie Hunnam plays Andrew Borden, the authoritarian, miserly father, Rebecca Hall stepmother Abby, Billie Lourd older sister Emma, and Vicky Krieps the Irish maid Bridget Sullivan, whom the family calls Maggie without caring about her real name. Jessica Barden plays Nance O'Neil, the actress Lizzie grew close to after the trial. And Sarah Paulson appears as Aileen Wuornos, a role that looks very much like an open door to a future season. Direction goes to Max Winkler, and Rebecca Hall sums up the tone by calling it an irreverent, punk-rock period piece, not a classic costume drama."}},{"type":"image","src":"/images/articles/792-body-1.webp","alt":{"fr":"Ella Beatty en Lizzie Borden et Charlie Hunnam en Andrew Borden, debout devant un cercueil dans un salon sombre","en":"Ella Beatty as Lizzie Borden and Charlie Hunnam as Andrew Borden, standing by a coffin in a dark parlor"},"credit":"Netflix"},{"type":"heading","text":{"fr":"La relecture féministe, et la question qui reste","en":"The feminist reading, and the question that remains"}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Le trailer le promettait, les premiers échos le confirment : la série lit l'affaire à travers la rage et l'enfermement des femmes dans une maison sans électricité, sans salle de bain, sous la coupe d'un père qui compte chaque cent. Brennan parle d'une Lizzie traitée comme un animal, dans des scènes qu'il décrit lui-même comme difficiles à regarder. C'est l'angle qui a fait le succès de Monster depuis Dahmer : montrer le monstre, mais surtout le monde qui l'a fabriqué. Et c'est aussi ce qui a valu à Murphy ses critiques les plus dures, de la part de familles de victimes qui n'avaient rien demandé. Avec Lizzie Borden, ce reproche tombe presque de lui-même : les victimes sont mortes depuis 134 ans, il n'y a plus personne à blesser, et l'accusée elle-même n'a jamais été reconnue coupable. Reste la question, plus inconfortable, de ce que nous cherchons dans ces séries. Le fait divers en costumes rassure, parce qu'il est loin. Il devrait peut-être inquiéter, parce qu'il montre que le système qui n'a pas su juger une femme en 1893 n'était pas si différent de celui qui n'a pas su la protéger.","en":"The trailer promised it, the first reactions confirm it: the show reads the case through the rage and confinement of women in a house with no electricity, no bathroom, under a father who counts every cent. Brennan speaks of a Lizzie treated like an animal, in scenes he himself calls hard to watch. That angle is what has made Monster's success since Dahmer: show the monster, but above all the world that made it. And it is also what earned Murphy his harshest criticism, from victims' families who had asked for none of it. With Lizzie Borden, that objection nearly falls away on its own: the victims have been dead for 134 years, there is nobody left to hurt, and the accused herself was never found guilty. What remains is the more uncomfortable question of what we look for in these shows. A crime in period costume is reassuring, because it is far away. Maybe it should worry us instead, because it shows that the system that could not judge a woman in 1893 was not so different from the one that could not protect her."}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Les huit épisodes sont en ligne depuis ce matin, et les critiques agrégées n'existent pas encore : on te dira dans quelques jours si la saison tient la comparaison avec Dahmer, la seule des trois précédentes qui ait marqué durablement. Netflix, en tout cas, tient sa rentrée, après The Gentlemen saison 2 il y a deux semaines. Et si tu regardes le premier épisode ce soir, pose-toi la question que le jury de 1893 n'a pas eu le droit de se poser : est-ce que tu la crois coupable parce que les faits le disent, ou parce que la comptine te l'a chantée avant que tu saches lire ?","en":"The eight episodes have been online since this morning, and aggregated reviews do not exist yet: we will tell you in a few days whether the season holds up against Dahmer, the only one of the three previous seasons to leave a lasting mark. Netflix, in any case, has its autumn lined up, after The Gentlemen season 2 two weeks ago. And if you watch the first episode tonight, ask yourself the question the 1893 jury was not allowed to ask: do you believe she is guilty because the facts say so, or because the rhyme sang it to you before you could read?"}}]