[{"type":"paragraph","text":{"fr":"Mercredi soir, 22 h 40, tu ressors d'une salle en te demandant ce qui vient de t'arriver. Tu étais entré pour un Resident Evil, c'est-à-dire, dans ta tête, pour un film qu'on regarde par fidélité à la licence et qu'on oublie le lendemain. Tu as sursauté, oui, tu as détourné les yeux deux fois, mais surtout tu as ri. Pas du film. Avec lui. Et autour de toi, une salle de mercredi de rentrée, pas très remplie, faisait exactement la même chose. Ce sentiment étrange, des dizaines de critiques américains l'ont ressenti au même moment : l'embargo est tombé le 16 septembre, jour de la sortie française, et le film de Zach Cregger a immédiatement pris la tête d'un classement que personne n'imaginait le voir dominer.","en":"Wednesday night, 10:40pm, you walk out of a theater wondering what just happened. You went in for a Resident Evil, meaning, in your head, a film you watch out of loyalty to the franchise and forget by the next morning. You jumped, yes, you looked away twice, but mostly you laughed. Not at the film. With it. And around you, a half-empty mid-September Wednesday crowd was doing exactly the same thing. Dozens of American critics felt that odd sensation at the same moment: the embargo lifted on September 16, the French release day, and Zach Cregger's film immediately took the top of a ranking nobody expected it to lead."}},{"type":"heading","text":{"fr":"Un record que la licence n'avait jamais approché","en":"A record the franchise had never come near"}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Les chiffres bougent d'heure en heure à mesure que les critiques s'ajoutent, mais l'ordre de grandeur est clair : entre 96 et 98 % de critiques positives sur Rotten Tomatoes, sur près d'une centaine d'avis au moment où on écrit. C'est le meilleur score jamais obtenu par une adaptation de jeu vidéo en prises de vues réelles, devant Sonic 3 et Werewolves Within, tous deux à 86 %. Et dans la licence elle-même, la comparaison fait mal : le premier Resident Evil de Paul W. S. Anderson, en 2002, plafonnait à 36 %, et Welcome to Raccoon City, la tentative de reboot de 2021, s'était écrasée à 30 %. La saga Anderson avec Milla Jovovich, six films entre 2002 et 2016, a rapporté beaucoup d'argent et n'a jamais convaincu la critique. Cregger vient de faire l'inverse en un seul film, et il l'a fait en 90 minutes montre en main.","en":"The numbers shift by the hour as reviews come in, but the order of magnitude is clear: between 96 and 98% positive on Rotten Tomatoes, on close to a hundred reviews at the time of writing. That is the best score ever for a live-action video game adaptation, ahead of Sonic 3 and Werewolves Within, both at 86%. Within the franchise itself, the comparison hurts: Paul W. S. Anderson's first Resident Evil in 2002 topped out at 36%, and Welcome to Raccoon City, the 2021 reboot attempt, crashed to 30%. The Anderson saga with Milla Jovovich, six films between 2002 and 2016, made a lot of money and never won over critics. Cregger has just done the opposite in a single film, and he did it in a tight 90 minutes."}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Pour mesurer d'où on vient, il faut se rappeler que l'expression « malédiction des adaptations de jeux vidéo » n'était pas une blague de fan. Super Mario Bros. en 1993, Street Fighter en 1994, les films d'Uwe Boll dans les années 2000, Assassin's Creed en 2016 : pendant vingt-cinq ans, Hollywood a traité le jeu vidéo comme un réservoir de logos, et le public a répondu en restant chez lui. Le retournement date de 2019 avec Détective Pikachu, puis Sonic, qui a fait de la licence une trilogie rentable, et surtout de 2023, l'année où The Last of Us a raflé les Emmy sur HBO et où Super Mario Bros. le film a dépassé 1,3 milliard de dollars au box-office mondial. Depuis, on adapte les jeux comme on adaptait les comics dix ans plus tôt : avec des réalisateurs qui connaissent la matière. Cregger est le dernier exemple de cette bascule, et son score fait de lui, pour l'instant, le mieux noté de tous.","en":"To measure how far we have come, remember that the phrase video game adaptation curse was not a fan joke. Super Mario Bros. in 1993, Street Fighter in 1994, Uwe Boll's films in the 2000s, Assassin's Creed in 2016: for twenty-five years, Hollywood treated video games as a reservoir of logos, and audiences answered by staying home. The reversal dates to 2019 with Detective Pikachu, then Sonic, which turned the franchise into a profitable trilogy, and above all to 2023, the year The Last of Us swept the Emmys on HBO and The Super Mario Bros. Movie passed 1.3 billion dollars worldwide. Since then, games get adapted the way comics were ten years earlier: by directors who know the material. Cregger is the latest example of that shift, and his score makes him, for now, the best-reviewed of them all."}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Cette durée n'est pas un détail. Frank Scheck, dans The Hollywood Reporter, salue un thrill ride propulsif, à la fois terrifiant et hilarant, qui ne s'arrête jamais. À l'heure où le moindre blockbuster dépasse les deux heures et demie, Cregger a fait le choix d'un film d'horreur à l'ancienne, celui qui te lâche avant que tu aies eu le temps de regarder ta montre. Tom Jorgensen, chez IGN, note que le film est souvent très drôle, mais jamais aux dépens de la licence. Et David Ehrlich, dans IndieWire, y voit un doigt d'honneur mutant à l'idée, très Comic-Con, qu'une adaptation doit cocher des cases pour plaire aux fans.","en":"That running time is not a detail. Frank Scheck, in The Hollywood Reporter, praises a propulsive thrill ride, terrifying and hilarious at once, that never lets up. At a time when every blockbuster runs past two and a half hours, Cregger chose an old-school horror film, the kind that lets you go before you have had time to check your watch. Tom Jorgensen at IGN notes the film is often very funny, but never at the franchise's expense. And David Ehrlich, in IndieWire, sees it as a mutating middle finger to the very Comic-Con idea that an adaptation must tick boxes to please fans."}},{"type":"quote","text":{"fr":"Oui, Resident Evil est souvent très drôle, mais jamais aux dépens de la licence.","en":"Yes, Resident Evil is often very funny, but never at the franchise's expense."},"author":"Tom Jorgensen, IGN"},{"type":"heading","text":{"fr":"Un coursier plutôt que Leon ou Jill","en":"A courier instead of Leon or Jill"}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"On l'avait pressenti fin juillet en décortiquant le trailer : pas de Leon Kennedy, pas de Jill Valentine, pas de manoir Spencer. Cregger a écrit une histoire originale dans l'univers des jeux de Capcom, avec pour héros Bryan, un coursier médical joué par Austin Abrams, embarqué dans une nuit qui tourne au cauchemar. Autour de lui, Paul Walter Hauser en Paul, l'acteur récompensé d'un Emmy pour Black Bird, Zach Cherry, le collègue de bureau de Severance, Kali Reis, la boxeuse devenue actrice dans True Detective: Night Country, et Johnno Wilson. Des visages qu'on reconnaît sans pouvoir les nommer, ce qui est exactement ce qu'un film d'horreur demande. Le trailer de juillet annonçait déjà la structure : une seule nuit d'hiver, la neige qui tombe sur une ville qui se ferme, et un personnage que rien ne prédestine à survivre. Aucune star, aucun personnage iconique à protéger, et c'est précisément ce qui libère le film. Quand le héros n'est pas un membre du S.T.A.R.S. entraîné, chaque zombie redevient dangereux, et chaque décision idiote redevient humaine. Julian Roman, chez MovieWeb, parle d'un rôle qui fait naître une star, et plusieurs critiques insistent sur le côté maladroit, presque bête, de ce Bryan qui court dans la neige en serrant sa glacière de transport d'organes.","en":"We sensed it in late July when we picked apart the trailer: no Leon Kennedy, no Jill Valentine, no Spencer mansion. Cregger wrote an original story inside the universe of Capcom's games, with Bryan as the hero, a medical courier played by Austin Abrams, caught in a night that turns into a nightmare. Around him, Paul Walter Hauser as Paul, the Emmy winner for Black Bird, Zach Cherry, the office colleague from Severance, Kali Reis, the boxer turned actress from True Detective: Night Country, and Johnno Wilson. Faces you recognize without being able to name them, which is exactly what a horror film asks for. The July trailer already laid out the structure: a single winter night, snow falling on a city sealing itself off, and a character nothing predestines to survive. No star, no iconic character to protect, and that is precisely what frees the film. When the hero is not a trained S.T.A.R.S. member, every zombie becomes dangerous again, and every dumb decision becomes human again. Julian Roman at MovieWeb calls it a star-making turn, and several critics dwell on the clumsy, almost dim side of this Bryan running through the snow clutching his organ transport cooler."}},{"type":"image","src":"/images/articles/784-body-1.webp","alt":{"fr":"Austin Abrams en bonnet de laine jaune, le regard inquiet, dans une scène de Resident Evil","en":"Austin Abrams in a yellow wool beanie, looking worried, in a scene from Resident Evil"},"credit":"Sony Pictures / SlashFilm"},{"type":"heading","text":{"fr":"Cregger, le réalisateur du moment","en":"Cregger, the director of the moment"}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Il y a quatre ans, Zach Cregger était un ancien de la troupe comique The Whitest Kids U' Know qui sortait un petit film d'horreur, Barbarian, avec une maison à Detroit et un sous-sol qu'on préfère ne pas décrire ; tourné pour moins de 5 millions de dollars, il en avait rapporté plus de 45 dans le monde. L'an dernier, Weapons a confirmé que le premier n'était pas un accident : une classe entière d'enfants qui disparaît à 2 h 17 du matin, un récit éclaté en chapitres, et un mélange de terreur et d'humour noir devenu sa signature. Resident Evil est son premier film de commande sur une licence qui ne lui appartient pas, avec un budget de studio et des attentes de fans. Le risque était de le voir se plier au cahier des charges. Les critiques disent l'inverse : le film ressemble à un Cregger qui aurait eu accès aux zombies de Capcom, pas à un produit Capcom réalisé par Cregger. Plusieurs y voient aussi son film le plus proche de John Carpenter, dans la mise en scène de l'espace et dans la manière de faire peur avec très peu.","en":"Four years ago, Zach Cregger was a veteran of the comedy troupe The Whitest Kids U' Know releasing a small horror film, Barbarian, with a house in Detroit and a basement best left undescribed; shot for under 5 million dollars, it grossed more than 45 million worldwide. Last year, Weapons confirmed the first was no accident: an entire class of children vanishing at 2:17am, a story broken into chapters, and a blend of terror and black humor that became his signature. Resident Evil is his first assignment on a franchise he does not own, with a studio budget and fan expectations. The risk was seeing him bend to the brief. Critics say the opposite: the film looks like a Cregger who got access to Capcom's zombies, not a Capcom product directed by Cregger. Several also see it as his closest film to John Carpenter, in how it stages space and in how it scares with very little."}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Il faut aussi rappeler ce que représente cette licence pour Sony, qui la produit avec Constantin Film, détenteur des droits depuis le premier film. Les six films de Paul W. S. Anderson ont rapporté plus de 1,2 milliard de dollars dans le monde entre 2002 et 2016, ce qui en faisait la saga tirée d'un jeu la plus rentable de l'histoire jusqu'à l'arrivée de Sonic. Le studio avait donc tout intérêt à refaire de la même chose, du grand spectacle avec une héroïne bondissante, et il a choisi l'inverse : un budget contenu, un réalisateur d'horreur, pas de star, un film de 90 minutes. C'est un pari qui ressemble à ceux de Blumhouse plus qu'à ceux d'un grand studio, et il s'inscrit dans une tendance lourde : l'horreur est devenue, ces trois dernières années, le genre le plus fiable du box-office américain, celui où un film à 40 millions peut en rapporter 250 sans effets numériques hors de prix. Weapons en était déjà la preuve l'an dernier. Resident Evil veut être la suivante.","en":"It is also worth recalling what this franchise represents for Sony, which produces it with Constantin Film, holder of the rights since the first film. Paul W. S. Anderson's six films grossed more than 1.2 billion dollars worldwide between 2002 and 2016, which made it the most profitable game-based saga in history until Sonic came along. The studio therefore had every reason to do more of the same, big spectacle with a leaping heroine, and it chose the opposite: a contained budget, a horror director, no star, a 90-minute film. It is a bet that looks more like Blumhouse's than a major studio's, and it fits a heavy trend: horror has become, over the past three years, the most reliable genre at the American box office, the one where a 40-million film can bring back 250 without ruinous digital effects. Weapons was already proof of that last year. Resident Evil wants to be the next."}},{"type":"video","provider":"youtube","videoId":"JvUuW2n4lC4","caption":{"fr":"La bande-annonce VF de Resident Evil, en salles en France depuis le 16 septembre.","en":"The French trailer for Resident Evil, in French theaters since September 16."},"source":"Metropolitan Films"},{"type":"heading","text":{"fr":"Pour les fans, ou pour tout le monde ?","en":"For the fans, or for everyone?"}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"C'est la vraie question, et les réponses des critiques convergent : les deux. Le fan reconnaîtra l'ADN des jeux, la gestion de la pénurie, la ville qui se ferme, le virus et sa société pharmaceutique, sans qu'on lui récite le lore. Le spectateur qui n'a jamais touché une manette verra un film d'horreur nerveux, drôle et gore, qui fonctionne sans notice. Ce double public, c'est exactement ce que la licence n'avait jamais réussi à réunir : les films Anderson parlaient aux abonnés de l'action, pas aux joueurs, et Welcome to Raccoon City parlait aux joueurs en oubliant de faire un film. Pour un média comme le nôtre, qui a un pied dans chaque univers, c'est presque rassurant de voir qu'on peut respecter un jeu sans le recopier. Côté pratique, le film est distribué en France par Metropolitan FilmExport, en salles depuis mercredi, en VF et en VO sous-titrée selon les cinémas, deux jours avant la sortie américaine. Si tu hésites entre VF et VO, la bande-annonce ci-dessus te donne le ton du doublage français, et à 90 minutes, c'est un film qui se voit d'une traite, sans entracte ni scène post-générique à attendre.","en":"That is the real question, and the critics' answers converge: both. The fan will recognize the games' DNA, scarcity management, the city sealing itself off, the virus and its pharmaceutical company, without the lore being recited. The viewer who has never held a controller will see a nervous, funny, gory horror film that works without a manual. That dual audience is exactly what the franchise had never managed to gather: the Anderson films spoke to action fans, not players, and Welcome to Raccoon City spoke to players while forgetting to make a movie. For an outlet like ours, with a foot in each world, it is almost reassuring to see that you can respect a game without copying it. On the practical side, the film is distributed in France by Metropolitan FilmExport, in theaters since Wednesday, dubbed or subtitled depending on the cinema, two days ahead of the American release. If you are torn between dubbed and original, the trailer above gives you the tone of the French dub, and at 90 minutes it is a film you watch in one sitting, with no intermission and no post-credits scene to wait for."}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Aux États-Unis, le film sort ce vendredi 18 septembre face à Practical Magic 2, et son week-end d'ouverture dira si l'enthousiasme critique se transforme en billets. Sony n'a rien annoncé sur une suite, et Cregger n'a pas signé pour une trilogie. Mon pari personnel : si le film dépasse les 40 millions de dollars sur trois jours, la question d'un deuxième volet sera posée avant Halloween, et elle viendra avec une autre, plus intéressante. Est-ce que Cregger voudra y retourner, ou est-ce qu'il aura déjà prouvé ce qu'il avait à prouver ? Un réalisateur qui n'a pas besoin de la licence, c'est justement ce qui a rendu ce film possible.","en":"In the United States, the film opens this Friday, September 18, against Practical Magic 2, and its opening weekend will tell whether the critical enthusiasm turns into tickets. Sony has announced nothing about a sequel, and Cregger has not signed on for a trilogy. My personal bet: if the film clears 40 million dollars over three days, the question of a second installment will be raised before Halloween, and it will come with a more interesting one. Will Cregger want to go back, or will he already have proven what he set out to prove? A director who does not need the franchise is precisely what made this film possible."}}]