[{"type":"paragraph","text":{"fr":"Le communiqué tient en cinq paragraphes et il est glacial. Le 31 août, Toei Animation a publié une mise au point sur le parc à thème Dragon Ball que la France s'apprêtait, selon plusieurs médias, à voir sortir de terre dans le Val-d'Oise. Le studio japonais qui produit la série depuis 1986 y explique, en substance, qu'il n'a rien signé, rien autorisé, et qu'il n'est même pas au courant. Une semaine plus tôt, l'Élysée déroulait pourtant le tapis rouge à un projet à six milliards d'euros.","en":"The statement runs five paragraphs and it is ice cold. On August 31, Toei Animation issued a clarification about the Dragon Ball theme park that France was reportedly about to see rise from the ground in the Val-d'Oise. The Japanese studio that has produced the series since 1986 explains, in substance, that it signed nothing, authorized nothing, and is not even aware of the matter. A week earlier, the Élysée was rolling out the red carpet for a six-billion-euro project."}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Reprenons depuis le début. Le 24 août, à l'occasion de la visite du prince héritier Mohammed ben Salmane, la présidence française officialise un protocole avec Qiddiya Investment Company, la filiale loisirs du fonds souverain saoudien. Au menu : jusqu'à trois grands parcs à thème sur l'ancien site de Mirapolis, à Courdimanche, près de Cergy-Pontoise. Six milliards d'euros sur la durée du projet, 22 000 emplois directs annoncés, 80 000 indirects. Du jamais vu depuis Disneyland Paris, résume la communication officielle. Dans la foulée, la presse s'emballe sur un détail qui parle à toute une génération : l'un de ces parcs serait consacré à Dragon Ball.","en":"Let us rewind. On August 24, during the visit of Crown Prince Mohammed bin Salman, the French presidency formalized a protocol with Qiddiya Investment Company, the leisure arm of the Saudi sovereign wealth fund. On the table: up to three major theme parks on the former Mirapolis site in Courdimanche, near Cergy-Pontoise. Six billion euros across the project's lifecycle, 22,000 direct jobs announced, 80,000 indirect ones. Nothing like it since Disneyland Paris, the official messaging summed up. In the days that followed, the press seized on a detail that speaks to an entire generation: one of those parks would be dedicated to Dragon Ball."}},{"type":"heading","text":{"fr":"Ce que Toei a écrit, noir sur blanc","en":"What Toei wrote, in black and white"}},{"type":"quote","text":{"fr":"Notre société ainsi que les différentes sociétés détentrices des droits concernées n'ont accordé aucune licence concernant ce projet et ne disposent d'aucune information factuelle à son sujet.","en":"Our company and the various rights-holding companies concerned have not granted any license for this project and have no factual information about it."},"author":"Toei Animation, communiqué du 31 août 2026"},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Le studio ne s'arrête pas là. Il ajoute que les images et les vidéos du parc qui ont illustré tous ces articles proviennent d'une autre annonce : celle faite conjointement le 22 mars 2024 avec Qiddiya, pour un parc situé à Qiddiya City, en Arabie saoudite. Ces visuels, précise Toei, n'ont absolument aucun rapport avec le projet français. Traduction : pendant une semaine, une partie de la presse a illustré un parc francilien avec les plans d'un parc saoudien, sans que personne ne remarque le tour de passe-passe.","en":"The studio does not stop there. It adds that the park images and videos used to illustrate all those articles come from a different announcement: the one made jointly with Qiddiya on March 22, 2024, for a park located in Qiddiya City, Saudi Arabia. Those visuals, Toei states, have no connection whatsoever to the French project. Translation: for a week, part of the press illustrated a park in the Paris region with the blueprints of a Saudi one, and nobody spotted the sleight of hand."}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Le détail est savoureux, parce que le parc saoudien a été vendu en 2024 comme le seul parc Dragon Ball au monde. Plus de 500 000 mètres carrés, sept zones inspirées des sept boules de cristal, une trentaine d'attractions et un Shenron géant enroulé autour d'une tour. Difficile de promettre l'exclusivité mondiale à un partenaire et d'ouvrir un second parc à 4 000 kilomètres de là sans que le sujet soit au moins abordé.","en":"The detail is delicious, because the Saudi park was sold in 2024 as the world's only Dragon Ball park. More than 500,000 square meters, seven zones inspired by the seven dragon balls, around thirty attractions and a giant Shenron coiled around a tower. It is hard to promise worldwide exclusivity to one partner and open a second park 4,000 kilometers away without the subject at least coming up."}},{"type":"heading","text":{"fr":"Le texte officiel ne parle jamais de Dragon Ball","en":"The official text never mentions Dragon Ball"}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Voilà où l'affaire devient intéressante. En allant lire la déclaration commune publiée par l'Élysée, on ne trouve nulle part les mots Dragon Ball. Le texte évoque la volonté de Qiddiya de développer une destination à parcs multiples à Cergy-Pontoise, mêlant divertissement, loisirs, hôtellerie, culture et sport, avec jusqu'à trois grands pôles de divertissement pour environ six milliards d'euros. Pas une licence, pas un personnage, pas une franchise. Le nom de Dragon Ball vient d'ailleurs : de la passion pour la série que Macron et le prince héritier se sont découverte en 2024, et du parc saoudien déjà existant. Le raccourci s'est fait tout seul, et personne côté français n'a pris la peine de le corriger avant que Tokyo ne s'en charge.","en":"Here is where it gets interesting. Reading the joint statement published by the Élysée, the words Dragon Ball appear nowhere. The text refers to Qiddiya's ambition to develop a multi-park destination in Cergy-Pontoise, mixing entertainment, leisure, hospitality, culture and sport, with up to three major entertainment anchors for around six billion euros. No license, no character, no franchise. The Dragon Ball name comes from elsewhere: the shared passion for the series that Macron and the crown prince discovered in 2024, and the existing Saudi park. The shortcut took care of itself, and nobody on the French side bothered to correct it before Tokyo did."}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Autre nuance qui compte : un protocole n'est pas un contrat. Le document signé le 24 août ouvre une phase de travail commun destinée à définir le périmètre du projet, son modèle de développement et son cadre contractuel. Le président de la région a lui-même reconnu qu'il restait beaucoup de travail et de coordination locale à mener. Autrement dit, on est à l'étape où l'on se serre la main, pas à celle où l'on coule le béton.","en":"Another nuance that matters: a protocol is not a contract. The document signed on August 24 opens a phase of joint work meant to define the project's scope, its development model and its contractual framework. The regional president himself acknowledged that plenty of work and local coordination remained. In other words, we are at the handshake stage, not the pouring-concrete stage."}},{"type":"heading","text":{"fr":"Au Japon, le projet passe déjà mal","en":"In Japan, the project is already going down badly"}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Le démenti de Toei arrive dans un climat qui n'a rien de neutre. Kazuhiko Torishima, l'éditeur historique qui a façonné Dragon Ball aux côtés d'Akira Toriyama, a critiqué publiquement la logique de ces parcs : agir uniquement pour le profit à court terme, c'est perdre de vue ce qu'est le manga. Il a même affirmé qu'il n'aurait pas validé le projet saoudien s'il était encore aux commandes. À Kiyosu, la ville natale de Toriyama, le maire Sumio Nagata s'est dit surpris d'apprendre par la presse qu'un parc européen s'apprêtait à exploiter l'œuvre de son plus illustre habitant, rappelant qu'il faut prendre soin de son patrimoine culturel.","en":"Toei's denial lands in a climate that is anything but neutral. Kazuhiko Torishima, the veteran editor who shaped Dragon Ball alongside Akira Toriyama, publicly criticized the logic behind these parks: acting purely for short-term profit means losing sight of what manga is. He even said he would not have approved the Saudi project had he still been in charge. In Kiyosu, Toriyama's hometown, mayor Sumio Nagata said he was surprised to learn from the press that a European park was about to exploit the work of his most illustrious resident, adding that cultural heritage deserves care."}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Rien de tout cela n'enterre le projet de Cergy-Pontoise. Six milliards d'euros et un fonds souverain motivé, ça ne s'évapore pas à cause d'un communiqué. Mais l'épisode rappelle une règle simple que l'enthousiasme fait souvent oublier : dans le manga, les droits appartiennent à des ayants droit japonais qui décident seuls, et qui n'ont visiblement pas apprécié d'apprendre la nouvelle en même temps que tout le monde. Le vrai signal à guetter dans les mois qui viennent n'est pas une maquette ni un rendu 3D, c'est une ligne beaucoup plus sobre : un communiqué conjoint de Toei Animation et de Shueisha confirmant une licence pour la France. Tant qu'il n'existe pas, le parc s'appelle juste parc.","en":"None of this buries the Cergy-Pontoise project. Six billion euros and a motivated sovereign fund do not evaporate over a press release. But the episode is a reminder of a simple rule that enthusiasm tends to erase: in manga, rights belong to Japanese holders who decide alone, and who clearly did not enjoy learning the news at the same time as everyone else. The real signal to watch in the coming months is not a model or a 3D render, it is a far more sober line: a joint statement from Toei Animation and Shueisha confirming a license for France. Until that exists, the park is just called a park."}}]