[{"type":"paragraph","text":{"fr":"Vendredi soir, tu lances l'album au casque, et dès le titre d'ouverture tu comprends que tu vas devoir choisir un camp. Daughter from Hell, sorti le 17 juillet chez Interscope, est le genre de disque qui ne laisse pas la place au tiède : soit tu fonds devant la mise à nu, soit tu décroches devant l'exercice. La critique anglo-saxonne, elle, a choisi ses camps avec une violence rare. Rolling Stone dégaine un 90 sur 100 et parle du meilleur disque de la chanteuse. NME, à l'inverse, démonte un album qu'il juge poussif. Résultat des courses sur Metacritic : 63 sur 100, la moyenne la plus écartelée de l'été.","en":"Friday night, you press play with headphones on, and from the opening track you understand you are going to have to pick a side. Daughter from Hell, released July 17 on Interscope, is the kind of record that leaves no room for lukewarm: either you melt at the confession, or you check out at the exercise. The English-language press picked its sides with rare violence. Rolling Stone draws a 90 out of 100 and calls it the singer's best record. NME, conversely, takes apart an album it finds strained. Final tally on Metacritic: 63 out of 100, the most stretched average of the summer."}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Sur le papier pourtant, tout était aligné. Trois ans après The Secret of Us, Gracie Abrams a enregistré ce troisième album entre Electric Lady, le studio new-yorkais mythique, et le Long Pond d'Aaron Dessner, le refuge du guitariste de The National devenu l'adresse la plus courue de la pop confessionnelle. Le morceau-titre est une lettre d'excuse à ses parents, un geste d'autant plus chargé quand on s'appelle Abrams et qu'on a grandi dans l'ombre d'un père réalisateur célébrissime. C'est frontal, intime, parfois inconfortable. Exactement ce que ses fans attendaient, et exactement ce que ses détracteurs redoutaient.","en":"On paper, though, everything lined up. Three years after The Secret of Us, Gracie Abrams recorded this third album between Electric Lady, the mythical New York studio, and Aaron Dessner's Long Pond, the National guitarist's refuge turned confessional pop's most sought-after address. The title track is an apology letter to her parents, a loaded gesture when your last name is Abrams and you grew up in the shadow of a very famous director father. It is frontal, intimate, sometimes uncomfortable. Exactly what her fans expected, and exactly what her detractors feared."}},{"type":"heading","text":{"fr":"90 pour Rolling Stone, la porte pour NME","en":"A 90 from Rolling Stone, the door from NME"}},{"type":"quote","text":{"fr":"Son meilleur disque.","en":"Her best record."},"author":"Rolling Stone"},{"type":"quote","text":{"fr":"Plus laborieux qu'éclairé.","en":"More labored than illuminating."},"author":"NME"},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Entre les deux, Pitchfork pose un 6.2 poli et Consequence reste sur la réserve. Ce qui frappe, c'est que tout le monde décrit le même disque : des textes à vif, une production feutrée signée Dessner, une voix qui chuchote plus qu'elle ne chante. Là où Rolling Stone entend une artiste qui atteint enfin sa pleine maturité d'écriture, NME entend une formule, celle de la vulnérabilité mise en musique, appliquée avec application mais sans étincelle. Le désaccord ne porte pas sur l'exécution. Il porte sur la question qui hante toute la pop confessionnelle depuis quelques années : à force d'être un genre à part entière, avec ses studios attitrés et ses codes, la mise à nu est-elle encore un geste ou déjà un format ?","en":"In between, Pitchfork files a polite 6.2 and Consequence stays reserved. What is striking is that everyone describes the same record: raw lyrics, hushed Dessner production, a voice that whispers more than it sings. Where Rolling Stone hears an artist finally reaching full maturity as a writer, NME hears a formula, vulnerability set to music, applied diligently but without a spark. The disagreement is not about execution. It is about the question haunting all of confessional pop these past few years: now that it is a genre of its own, with its dedicated studios and its codes, is baring your soul still a gesture, or already a format?"}},{"type":"heading","text":{"fr":"La vulnérabilité, geste ou format ?","en":"Vulnerability, gesture or format?"}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"C'est la même école d'écriture que celle de Phoebe Bridgers, dont on te parlait au moment de l'annonce de son troisième album et de sa tournée The Lost Tour : le journal intime en chansons, hérité de folklore et porté par toute une génération de songwriteuses. Sauf que le genre arrive à saturation, et Daughter from Hell devient malgré lui le disque-test : celui sur lequel la critique règle ses comptes avec un format plus qu'avec une artiste. Notre conseil : écoute-le sans lire les notes d'abord, en commençant par le morceau-titre. Si la lettre aux parents te serre la gorge, le 90 de Rolling Stone est pour toi. Sinon, tu sauras que NME avait mis des mots sur ton ennui. Dans les deux cas, le vrai verdict tombera sur scène : c'est en live que ces chansons chuchotées se défendent, ou s'effondrent.","en":"It is the same writing school as Phoebe Bridgers, whom we covered when her third album and The Lost Tour were announced: the diary set to song, inherited from folklore and carried by a whole generation of songwriters. Except the genre is reaching saturation, and Daughter from Hell becomes, despite itself, the test record: the one where critics settle scores with a format more than with an artist. Our advice: listen without reading the scores first, starting with the title track. If the letter to her parents tightens your throat, Rolling Stone's 90 is for you. If not, you will know NME put words on your boredom. Either way, the real verdict will come on stage: live is where these whispered songs hold up, or collapse."}}]