[{"type":"paragraph","text":{"fr":"Samedi 25 avril 2026, 14 h, salle Hydro-Québec de la Cinémathèque québécoise, à Montréal. Le public s'installe pour Amour Apocalypse, le dernier film d'Anne Émond. Sauf que la séance dure 67 minutes au lieu de 100. Le film est projeté en vitesse x1,5, du début à la fin, voix comprises. Ce n'est pas un bug de projection : c'est le programme. Les Rendez-vous Québec Cinéma ont baptisé l'opération « Les Moins Longs Métrages », et l'idée assumée est d'aller chercher la génération Z là où elle se trouve, c'est-à-dire sur le bouton d'accélération.","en":"Saturday, April 25, 2026, 2 pm, the Hydro-Québec room at the Cinémathèque québécoise in Montreal. The audience settles in for Amour Apocalypse, Anne Émond's latest film. Except the screening lasts 67 minutes instead of 100. The film is projected at 1.5x speed, start to finish, voices included. It's not a projection glitch: it's the program. The Rendez-vous Québec Cinéma called the operation \"Les Moins Longs Métrages\" (the shorter features), and the stated idea is to meet Gen Z where it lives, meaning on the speed button."}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"La réalisatrice a donné son accord, le producteur et le distributeur aussi. Anne Émond n'a pas caché son ambivalence : elle a trouvé l'idée « à la fois audacieuse et risquée », et quand on lui a demandé si l'émotion survivait à l'accélération, elle a répondu qu'elle avait l'impression que non. Elle a quand même dit oui. Pour la directrice du festival, Laura Rohard, il s'agissait de reprendre « un des codes de la génération Z » que le festival cherchait à interpeller cette année. Le choix du film n'est pas neutre non plus : Amour Apocalypse parle de santé mentale et d'écoanxiété, deux sujets qui touchent d'abord les moins de 30 ans.","en":"The director gave her consent, so did the producer and the distributor. Anne Émond didn't hide her ambivalence: she found the idea \"both bold and risky,\" and when asked whether the emotion survives the acceleration, she answered that she had the feeling it didn't. She still said yes. For festival director Laura Rohard, it was about borrowing \"one of Gen Z's codes\" that the festival wanted to engage with this year. The choice of film isn't neutral either: Amour Apocalypse deals with mental health and eco-anxiety, two subjects that hit under-30s first."}},{"type":"heading","text":{"fr":"Un chiffre qui pèse : 50 % des 18-34 ans","en":"A telling number: 50% of 18-34s"}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Le festival ne sort pas ce pari de nulle part. Selon l'Observateur des technologies médias, l'organisme canadien qui mesure les usages numériques, 42 % des adultes canadiens ont regardé une vidéo en accéléré au cours du mois précédant l'enquête de janvier 2026. Chez les 18-34 ans, c'est un sur deux. Le speed watching n'est plus un gadget de YouTube, c'est un réflexe : podcasts en x1,5, séries en x1,25, cours en ligne en x2. Netflix propose la fonction depuis 2020, YouTube depuis bien plus longtemps. La logique des organisateurs tient en une phrase : si les jeunes le font chez eux, autant leur proposer la même chose en salle pour qu'ils y remettent les pieds.","en":"The festival isn't pulling this bet out of thin air. According to the Media Technology Monitor, the Canadian body that measures digital habits, 42% of Canadian adults watched a video at accelerated speed in the month before its January 2026 survey. Among 18-34s, it's one in two. Speed watching is no longer a YouTube gimmick, it's a reflex: podcasts at 1.5x, series at 1.25x, online courses at 2x. Netflix has offered the feature since 2020, YouTube for much longer. The organizers' logic fits in one sentence: if young people do it at home, why not offer them the same thing in theaters so they set foot there again."}},{"type":"quote","text":{"fr":"« La salle de cinéma n'a pas vocation à devenir une extension de TikTok. »","en":"\"The movie theater is not meant to become an extension of TikTok.\""},"author":"Causeur, tribune (avril 2026)"},{"type":"heading","text":{"fr":"Le débat brûlant : sacrilège ou survie ?","en":"The hot debate: sacrilege or survival?"}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"La réaction a été immédiate et elle polarise. Le critique Michel Coulombe a demandé pourquoi créer « ce rapport factice, mensonger, travesti, altéré avec une œuvre ». L'actrice Adélaïde Schoofs a écrit sur Instagram : « J'espère que c'est une blague… ». Dans La Presse, des chroniqueurs ont parlé de choc utile, à condition qu'il serve à nourrir la discussion plutôt qu'à devenir une norme. D'un côté, donc, les défenseurs du langage cinématographique : la lenteur fait partie de l'écriture, les silences sont voulus, accélérer revient à changer la partition. De l'autre, les pragmatiques : les salles perdent les jeunes au profit du streaming et du téléphone, et une séance provocatrice qui fait parler d'un film québécois vaut mieux qu'une salle vide.","en":"The reaction was immediate and it polarizes. Critic Michel Coulombe asked why create \"this artificial, deceitful, distorted, altered relationship with a work.\" Actress Adélaïde Schoofs wrote on Instagram: \"I hope this is a joke…\". In La Presse, columnists spoke of a useful shock, provided it feeds the discussion rather than becoming a norm. On one side, then, the defenders of film language: slowness is part of the writing, silences are intentional, speeding up amounts to changing the score. On the other, the pragmatists: theaters are losing young people to streaming and phones, and a provocative screening that gets people talking about a Quebec film beats an empty room."}},{"type":"paragraph","text":{"fr":"Ce qu'il faut retenir, c'est que la séance de Montréal reste une expérience unique, pas une nouvelle offre commerciale. Aucun réseau de salles, au Québec comme en France, n'a annoncé de séances accélérées régulières. La vraie question se joue ailleurs : au montage. Si les réalisateurs de demain ont grandi avec des vidéos de quinze secondes, ils ne projetteront pas leurs films en x2, ils les monteront plus serrés dès le départ. À surveiller : le bilan que tireront les RVQC de cette séance, et si d'autres festivals osent le même coup. Si tu fais 3 h 26 dans ton siège pour Killers of the Flower Moon, tu as déjà ton avis sur la question.","en":"The takeaway is that the Montreal screening remains a one-off experiment, not a new commercial offer. No theater chain, in Quebec or in France, has announced regular accelerated screenings. The real question plays out elsewhere: in the edit. If tomorrow's directors grew up on fifteen-second videos, they won't project their films at 2x, they'll cut them tighter from the start. One to watch: the conclusions the RVQC draw from this screening, and whether other festivals dare the same stunt. If you sit 3 hours 26 minutes for Killers of the Flower Moon, you already have your opinion on the matter."}}]